‹ TertullienChapitre 392 sur 561 · Sur répicurismc de Lucien, Alexandre, ^'] cl · texte numérisé non relu

Sur répicurismc de Lucien, Alexandre, ^'] cl

g. Hermot., 12-1 3, sur le dogmatisme et l'intolérance des stoïciens: c'est surtout contre eux qu'est dirige VHcrmotimus ; ailleurs, Hist. ve'rit., 18, Lucien raille encore leur raideur en passant. Sur les cyniques, voyez le Banquet, 12 ; 19; 46; 47; Percgrinus, 17.

plus niaises, les plus faciles à réduire par rexpérience, sont discutées par eux sérieusement. Sur ce chapitre, Lucien n'exagère pas : les traits épars dans Pline l'Ancien, dans Galien, dans Apulée, sans compter ceux que rapportent les écrivains chrétiens, sans aucune intention de moquerie, sont là pour le prouver.

Si nous essayons de fixer notre impression d'ensemble sur la philosophie païenne à peu près contemporaine de Tertullien, nous concluons que nous sommes en présence d'un effort de l'esprit humain qui a les caractères suivants : partant de l'illusion d'une culture scientifique, qui n'est réellement qu'un rapetassage de lieux communs, sans esprit de contrôle ni d'expérience, il en lait le fondement d'une série de raisonnements métaphysiques, sortis d'une simple application intellectuelle et logique de principes pseudoscientifiques ; parallèlement, il se préoccupe d'établir une morale dont la base n'est pas très sûre, dont les règles sont variables dans leur détail, et différentes dans leurs applications, différentes les unes des autres, et aussi différentes d'elles-mêmes; car, s'il y a une grande distance entre le stoïcisme et le cynisme, il y en a une presque égale entre le stoïcisme et le stoïcien. Mais comme cette morale est surtout affaire de pratique, il se trouve des hommes pour l'exprimer, pour l'afficher^ pour ainsi dire, de leur personne, et la représenter en public, ce qui fait qu'en définitive et contrairement à toute vraisemblance, ces spéculations morales aboutissent à quelque chose. De l'aveu même des païens, il y a donc dans cette philosophie une grande incertitude fondamentale, de nombreuses divergences, de multiples querelles, et de violentes querelles sur toutes les questions; quelques beaux principes, brochant sur beaucoup de tartuferie; le tout sans aucun autre résultat que l'enfantement de quelques nobles personnalités morales.

Tout cela, qui n'est point suffisant pour faire une philosophie, ne l'est pas non plus pour stimuler une science. Si, en effet, la philosophie sort de la science, elle peut avoir à son tour une singulière action sur la science, car rien n'influe plus sur la féconde hypothèse scientifique que l'esprit philosophique, quand il est précis et méthodique. Il y a, à ce point de vue, entre la science et la philosophie un perpétuel échange d'influences, indispensables au développement de l'une comme de l'autre. Or, à l'époque ou nous nous plaçons, la philosophie piétine, les sectes vont toutes chercher leurs chefs dans le passé; c'est l'esprit d'autorité qui domine dans l'école et toute l'ambition du philosophe est de donner un commentaire plus ou moins ample ou plus ou moins clair des maîtres. Aussi bien, la science, considérée en elle-même et en dehors de la philosophie, est-elle très médiocre.

Dès l'époque d'Auguste, cette médiocrité éclate. Voyez, par exemple, comme Manilius prend soin d'insister sur les notions les plus vulgaires, tout en étalant les plus lourdes erreurs '. Lisez ce que dit Sénèque dans ses qiiestiojis naturelles sur la terreur des éclipses \ Songez surtout à la suggestive histoire que nous rapporte Philostrate ' : des tremblements de terre ayant désolé les villes de la rive gauche de l'Hellespont, des Chaldéens et des Egyptiens se mettent à faire la quête, afin d'apaiser Poséidon par un sacrifice de dix talents ; ils ont fixé eux-mêmes la somme qui doit être atteinte pour que le sacrifice soit efficace ; villes et gens contribuent de leur mieux, quand Apollonius survient et chasse ces charlatans exploiteurs \ Rapprochez enfin de tout cela les énormités que débitent, par la plume de Lucien, des hommes qui représentent assurément la moyenne des gens instruits ■'; ou encore celles qui s'étalent sous les ouvrages de Censorinus ^ et de Julius Obsequens ', celles que nous relèverons dans les écrits de chrétiens qui ont certainement été initiés aux sciences du siècle ^ La science n'est donc pas vulgarisée ; c'est déjà une forte présomption de médiocrité, car des principes scientifiques, fortement et clairement établis, s'imposent de toute nécessité à l'attention des hommes d'instruction moyenne.

Y a-t-il au moins une science d'école? Les stoïciens l'affirment : mais qu'est-ce que cette science telle qu'elle apparaît à travers Manilius, Sénèque, Pline, Pomponius Mêla, Censorinus, même Galien " ? Des remarques traditionnelles, des on dit pseudo-scientifiques, présentés sans aucune précaution et sans critique. Bien plus, Sénèque, par exemple, tient la critique pour chose accessoire '", et tout le monde n'a pas dans la raison la belle confiance

1 . Tout le premier chant des Astronomiques, consacré aux notions générales de cosmographie.

2. Quaest. nat., VI, 3; VII, i ; Havet, Le Christ., II, p. 2i3 et s.

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