ApoL
Il faut avouer que le point de vue de Saint Justin n'est pas celui auquel se placent le plus fréquemment les chrétiens avant Tertullien, et que c'est selon le premier type marqué par Tatien que se présentent à nous deux écrivains qui se sont arrêtés d'une manière spéciale sur la question de savoir ce qu'un chrétien doit penser de la philosophie : je veux dire Saint Théophile, et Hermias. Pour le premier, la philosophie vaut ce que valent les philosophes, et presque tous préconisent quelque crime affreux : Platon, la communauté des femmes ; Épicure, l'inceste ; les stoïques, la pédérastie '; Zenon, Diogène et Cléanthe ne veulent-ils pas qu'on mange la chair humaine ^ ? Toutes les légendes malveillantes et tous les préceptes falsifiés, probablement par les rivaux des diverses écoles, se retrouvant sous la plume de Théophile comme articles de foi et prennent la forme d'affirmations péremptoires qu'il est inutile de démontrer. Hermias a écrit, tout exprès pour persifler les « philosophes du dehors », un petit traité qui nous est parvenu \ Il est intéressant parce qu'il est très nettement œuvre de vulgarisation; c'est comme une espèce de sermon *. L'argumentation de l'auteur, d'ailleurs très médiocre et très plate, se résume à cette idée : les philosophes se contredisent tous; ils n'arrivent pas à se mettre d'accord ni sur la nature de l'âme \ ni sur ce qui peut faire son bonheur ^ ni sur son immortalité, ni sur le monde extérieur \ D'un mot, Hermias, sur un ton semi-plaisant, examine et détruit le principe fondamental de chaque système. Un détail de son opuscule est curieux, parce qu'il montre à quel point les chrétiens s'aveuglaient sur leurs propres procédés de raisonnement : Hermias raille beaucoup les Pythagoriciens qui enseignent leur doctrine secrète en l'appuyant de cette unique preuve : C'est lui qui le dit (ATTOS E*H). Cette critique de l'argument d'autorité est, au premier abord, étrange sous la plume d'un chrétien \ mais elle s'explique, parce