Idées développées dans / Cor., I, ig et s
clair : il y a incompatibilité entre la philosophie, la science et le christianisme, et jamais le chrétien ne doit se laisser aller à argumenter avec les prétendus sages du siècle ; il doit se taire quand ils parlent, et les fuir. Les premiers chrétiens n'eurent, sans doute, aucune peine à suivre un tel précepte, car la philosophie païenne ne les touchait guère, et ils n'avaient d'autre philosophie que celle que donne la misère. Il n'en fut plus tout à fait de même quand le christianisme atteignit les philosophes, pénétra sur le terrain ordinaire de leurs discussions, et que certains d'entre eux l'adoptèrent, comme la plus parfaite, la seule satisfaisante des philosophies. Il se produisit, parmi ces chrétiens éclairés, une scission ; les uns rompirent sans restriction avec leurs études passées et se conformèrent strictement aux préceptes de TApôtre; tel fut, par exemple, Tatien, qui, après avoir brillé au premier rang des philosophes — c'est lui qui nous le dit — ne trouve rien de mieux, pour qualifier ses anciens confrères, que de les comparer aux grenouilles. Et il ne dédaigne pas d-'appeler Aristophane à la rescousse pour être plus mordant. Leurs occupations, dit-il, sont des feuilles stériles, c'est un babillage d'hirondelles au nid et eux-mêmes sont des malfaiteurs publics '. Il insiste sur leur orgueil et, examinant l'un après l'autre chacun des plus célèbres d'entre eux, il s'efforce de mettre en lumière quelque trait de son caractère ou de sa vie capable de le rendre ridicule ou odieux; il va de soi qu'il ne se montre pas critique très difficile dans le choix de ses arguments et de ses preuves \ D'autres, au contraire, conservent quelque tendresse de cœur à des études qui les ont, en définitive, conduits indirectement à la vérité, puisqu'elles ont pu les amener au christianisme. Tel est Saint Justin : à ses yeux, tout n'est pas mauvais / dans la philosophie ; chaque secte a su découvrir quelque parcelle ' de la vérité divine, et celle qu'elle a vue, elle l'a admirablement exprimée. Sans doute, tout ce qui est bon appartient aux chrétiens, qui ont toute la vérité \ mais enfin, il y a un peu de leur bien chez les philosophes païens. La doctrine de Platon, par exemple, n'est pas l'opposé de celle du Christ '; les stoïciens, par leur grandeur morale, ont mérité d'être haïs et persécutés, car le démon déteste toujours ceux qui s'appliquent à vivre selon la raison et à fuir le vice ^
1. Adv. Grâce, i : ... ir^v^-JWi^z^ Taux' Èjtl xal TTtoijiûX[iaTa /£>kt5ôvtov (lounEra, )>(«)6T,Tat -zéyyr,;.