‹ TertullienChapitre 40 sur 561 · Suet., Tib · texte numérisé non relu

Suet., Tib

11. Tert., ApoL, 28 : Citius deniquc apud vos per omnes deos, quam per unum genium Caesaris peieratur. C'est d'ailleurs exact, si nous nous en rapportons aux diverses autorités qui nous représentent ce serment comme particulièrement sacré : Tac, Ann., i, 73 ; Dig., XII, i3, 6; Min. Félix, Octav., 29 : est eis tutius per Jovis genium peierare quam régis.

3o CHAPITRE II

OU à l'entretien des routes, enferme dans une cage, ou simplement, livre aux bêtes, des citoyens d'excellente famille, qui n'ont pas commis d'autre crime '.

L'Empereur-Dieu est, en même temps, \e Dominus ; ce mot est très fort, car c'est celui qu'emploient les esclaves pour désigner leur maître ; le prononcer, en parlant de l'Empereur ou à l'Empepereur, c'est proclamer qu'on se considère comme son esclave. Usité dans la domesticité d'Auguste, le mot lui fut appliqué par sa famille même et presque malgré lui \ Il eut, depuis, une fortune officielle assez variée"; tantôt interdit, tantôt accepté, il s'imposa peu à peu ; à l'époque des Antonins, il était de style; avec Sévère, il passa sur les monuments; avec Aurélien, sur les monnaies; au Bas Empire, ce sera un lourd manquement à l'étiquette que de ne pas l'employer ''.

Ces deux mots Deus et Domimis sont d'ordinaire accouplés, car c'est surtout parce qu'il est Dieu que l'Empereur est maître et c'est sa divinité qui explique la servilité de ses sujets. Lui-même peut être poussé à l'Empire par la naissance ou l'adoption; il peut être l'élu impuissant du sénat, l'acheteur des prétoriens, ou le général heureux de quelque armée provinciale; il peut être de basse extraction, n'être pas même né Romain, devoir la pourpre à un crime, être haï et méprisé, ne garder son rang que quelques Jours; peu importe : Empereur, il est Dieu et Maître. Il demeure l'un et l'autre, alors même qu'il devient un monstre, ou un aliéné ^, ce qui arriva au moins quatre fois durant les deux premiers siècles de l'Empire.

Dans l'impossibilité de trouver en dehors de la force un autre fondement à l'autorité impériale, les Romains s'attachaient à celuilà ^ C'est à peine si le Dieu s'exposait à mal finir en abusant trop

1. Suet., Calig., 27 : Quod numquam per genium suum deierassent.

2. Ovide, Fastes, 2, 142 : Tu (Romule) domini nomen, principis ille tenet. Mommsen, Droit public, V, p. 35, n. 3 cite d'ailleurs plusieurs textes très nets.

3. Je dis fortune officielle, car, dès le i" siècle, il devient formule banale de politesse entre citoyens, quelque chose d'analogue à notre Mousiettr; il finit même par être une simple expression de tendresse, comme en témoigne l'inscription : Domino filio... qui vix. an. VI (Le Blant, Ins. chrét., I, pp. 280-281 et n., donne de nombreux exemples en dehors de celui-là). Mais le titre de Dominus, appliqué à l'empereur, conserve toujours son sens précis : j'en vois la preuve dans ce fait que, très tard, des hommes comme Alex. Sévère et Julien le repoussèrent encore (Mommsen, op. cit., p. 21, n. 6 et 7) ; ils n'auraient pas repoussé une simple formule de politesse appliquée à tout le monde.

4. Mommsen, Droit public, V, p. 21 et n. donne les textes essentiels.

5. Le sénat, du vivant de Commode, l'appelle Dieu et Hercule et il lui offre des sacrifices comme s'il croyait à cette identification : Lampride, Commode, 8 et 9.

6. Tert., ApoL, 35, insiste sur la distance qu'il y a souvent entre les sentiments vrais des Romains à l'égard de l'Empereur et ceux qu'ils affichent; peu importe au point de vue qui nous occupe. A Rome, comme en Orient, la qua-

LE PRINCIPE nu POUVOIR IMPÉRIAL ET l'empEREUR 3i

de son autorité divine : il avait la marge large. Néron, qui avait volontiers flatté le populaire, avait encore si bon renom après sa mort, qu'Othon, pour se faire bien voir à son tour, permit qu'on relevât quelques-unes de ses statues et accepta sans honte de joindre son nom au sien propre '. Élagabal, pour nous en tenir à celui de ces Empereurs qui semble être allé le plus loin dans l'insanité, Elagabal avait des distractions terribles : il prenait, par exemple, plaisir à lâcher des serpents venimeux dans l'amphithéâtre un jour de grand spectacle ; mais le peuple lui passait cette fantaisie cruelle, parce que ses excentricités l'amusaient et parce qu'il savait à l'occasion descendre dans la rue et y faire raison à tout venant la coupe au poing \ Maint empereur est tel que nous ne concevons pas qu'il puisse être toléré un seul jour dans un État moderne; il se maintenait quelquefois assez longtemps à Rome et s'il finissait mal, à peine risquait-il d'être, une fois mort, dépouillé de la dignité divine qu'il avait revêtue de son vivant ^ Encore un habile tyran avait-il le moyen d'éviter cette déchéance posthume. Le peuple hurlait de joie en apprenant la mort de Tibère et s'en allait vociférant : au Tibre, Tibèrel Mais le testament du défunt est ouvert; il est plein de legs généreux, aux Vestales, aux soldats, au peuple lui-même et à ses quarteniers; aussitôt les colères tombent, les haines s'oublient, les hqntes s'effacent et Tibère reste Dieu \

D'ailleurs, l'indignité de la personne impériale, qui paraissait moindre aux Romains qu'à nous-mêmes, ne se voyait d'ordinaire bien qu'à Rome, et l'Empereur, souvent mal connu de la province, pouvait y garder du prestige et y trouver du respect.

Cette conception du principat qui, sans doute, ne fut pas officielle de bonne heure ■', mais le devint à peu près vers l'époque de Sévère, amena, entre autres, deux conséquences très graves. Le prince Dieu et Maître, devant qui tous étaient semblables à des esclaves, fut considéré comme le légitime propriétaire de toutes choses dans l'Empire. Celse soutient expressément que tout ce qui est sur la terre a été donné à l'Empereur et que tous les biens dont jouissent ses sujets lui viennent de lui ^ C'est là une doctrine qui n'eût pas

lité divine du maître le gardait mal des complots; mais son successeur héritait de sa dignité; un Dieu chassait l'autre.

Page 1