Mommsen, Droit public, V, p
6. Orig., C. Celse, VllI, 68 : Asôoxat yàp toûto) xà èitl yfiç • xal oti àv 'k%\x&ivT^^ év T(L ,3'.ùj, TTapà TOUTOU >,a[j.6âvcii;.
été désavouée par Louis XIV. En second lieu, on prit l'habitude de compter comme un sacrilège, non seulement toute désobéissance formelle, mais encore toute attaque contre la majesté de l'Empereur, si indirecte, si inconsciente même qu'elle fût. La terrible accusation de lèse-majesté devint un péril permanent ' et l'application qu'on en faisait prouvait bien que tous étaient réellement des esclaves devant le prince, car tous ceux qu'elle frappait, même les citoyens, étaient exposés aux tortures et aux supplices des esclaves '. Contre ceux qu'elle menaçait, tout le monde était de la police ^ ; les délateurs se tenaient aux aguets de la moindre infraction et, particulièrement autour du prince, tous s'observaient « comme des gladiateurs qui cherchent leur point faible pour se porter un coup mortel * ».
Il semble bien qu'à l'époque des Antonins une autre conception du principat aurait pu se faire jour : celle de la monarchie paternelle \ Elle supposait l'hérédité et peut-être l'Empire s'y acheminait il par l'adoption, quand Commode vint tout gâter; il fallait, en effet, de la bonne volonté pour le regarder comme le père de ses sujets. La réaction' fut violente et le gouvernement de Sévère n'eut plus rien de paternel, malgré le soin que prit ce prince de se rattacher aux Antonins.
C'est donc, en définitive, devant un empereur conçu comme un Dieu et comme un maître que se trouve Tertullien; devant un souverain qui exige une obéissance absolue et en quelque sorte préalable à ses ordres ^ ainsi que le peut faire un chef militaire.
1. Il y en a un très bon exemple dans Pline, Ep., X, 85 : au milieu d'une simple contestation relative à des travaux publics, on voit s'élever contre un architecte l'accusation d'avoir enterré sa femme et son fils dans un endroit où se trouve une statue de Trajan. Pline, très ému, hésite sur les suites à donner à l'atïaire et il faut que Trajan lui-même {Ep., 86) lui rappelle qu'il n'a jamais été dans ses intentions d'abuser des accusations de majesté et d'en faire un instrument de terreur pour forcer le respect des hommes.
2. Claude jura, à son arrivée au pouvoir, de ne point laisser traiter des citoyens comme des esclaves sous prétexte de lèse-majesté et il oublia son serment (Dion Cass., 6o, i5); Néron fit de même (Tac, Ann., i5, 56). Cette pratique devint on peut dire de règle sous Sévère (Mommsen, Droit public, V, p. 12).
3. Tert., ApoL, 2 : In reos maiestatis et publicos hostes omnis homo
miles est.
4. Lucien, Qu'il ne faut pas croire légèrement à la délation, 10.
5. Pline, Paneg., 2 : Nusquam ut Deo, nusquam ut numini blandiamur; non enim de tyranno, sed de cive, non de domino, sed de parento loquimur.
Unum ille se ex nobis putat nec minus hominem se quam hominibus
praeesse meminit.
6. Cette idée s'affirme souvent dans les rapports entre chrétiens et magistrats romains. Cf. par exemple, Acta SS. Agapes, Chioniae, etc., IV (Ruinart) : Dulcetius (Praeses) ait : Manifestum illud est quod omncs vos devotioni nostrorum potentium Impcratorum... subjecios esse oportct.
LE PRINCIPE DU POUVOIR IMPÉRIAL ET l'eMPEREUR 33
III. — Si donc nous examinons les textes que Tertullien a mis en pleine lumière dans ceux de ses écrits qu'il destinait au grand public, nous voyons que les idées essentielles qu'il y exprime peuvent se renfermer en trois propositions : c'est Dieu qui a donné à l'Empereur la vie et la puissance '. — Il est le représentant de Dieu sur la terre, mais il n'est pas Dieu \ — Il faut le respecter, le vénérer, prier pour lui, mais il faut se garder de lui reconnaître en paroles et en actions la qualité divine qu'il n'a pas \
Un texte de V Apologétique paraît, au premier abord, offrir un sens très séduisant; le voici : civilis non tyrannica dominatio vestra est [Apol. 2). On serait tenté de traduire civilis par légale^ en l'opposant à tyrannica dominatio et de voir là une reconnaissance formelle de la légalité du pouvoir impérial. Mais cette interprétation entraîne à admettre que {"Apologétique est adressée à Sévère et à Caracalla et cette hypothèse ne me paraît pas soutenable ^ D'abord la façon dont Tertullien y parle de l'Empereur, toujours à la troisième personne, prouve bien qu'il ne s'adresse pas à lui \ Il suffit d'ailleurs de s'en tenir au développement du chapitre deuxième pour établir que le prince n'est pas directement en cause, Tertullien veut prouver que la loi commune est sans cesse violée au détriment des chrétiens : on les poursuit comme chrétiens; ils avouent qu'ils le sont et on les torture pour leur faire dire qu'ils ne le sont pas. Cela ne devrait point se faire : on ne torture pas un criminel qui avoue; les persécuteurs, en agissant comme ils le font, sortent donc de la loi pour tomber dans l'arbitraire tyrannique ^. Tout ce raisonnement ne saurait s'appliquer- qu'à des magistrats, à ceux dont l'initiative fut si souvent funeste aux chrétiens; ce sont eux que Tertullien désigne par ce titre de praesides '
1. Apol., 3o : Inde est imperator unde et homo antequam imperator, inde potestas illi unde et spiritus. ApoL, 32 ; 33. AdScap., 2.
2. ApoL, 3o ; 32 ; 33 : Satis habeat appellari imperator. Grande et hoc nomen est, quod a Deo traditur. Ad. nat., I, 17 ; Ad. Scap., 2 : Colimus ergo Imperalorem sic quomodo et nobis licet et ipsi expedit, ut hominem a Deo secundum, et quicquid est a Deo consecutum. solo Deominorem. Scorp., 14.
3. Apol., 3o : precantes sumus semper pro omnibus imperatoribus. Ad.
Scap., 1 : Christianus necesse est ut et ipsum (Imperatorem) diligat et reve-
reatur et honoret et salvum velit.... Itaque et sacrificamus pro salute imperatoris, sed Deo nostro. Scorp., 14; De Idol., i5, etc. contiennent des textes analogues : nous ne citons ici que les plus caractéristiques, nous réservant de revenir ultérieurement sur les autres.
4. Sur la controverse à laquelle a donné lieu la dédicace de V Apologétique, voy. Tillemont, III, p. 65i.