H. E., VI, 19, d'après Porphyre
10. Il serait intéressant de savoir quelle fut réellement, dans la pratique, l'action réciproque du christianisme sur la philosophie et de la philosophie sur le christianisme. Malheureusement, nous ne disposons pas de textes assez pré-
philosophie ; il garda pour elle une répugnance qui n'eut pas toujours la franche brutalité de Tertullien, mais qui n'en fut pas moins tenace. Ce ne fut pourtant pas la doctrine de l'abstention qui triompha et, finalement, la philosophie conquit et garda sa place dans l'éducation des chrétiens instruiis ; elle y fut — elle y est encore — surveillée et contrainte, mais elle y acquit parfois assez de puissance pour y former des esprits très libres.
L'évolution du christianisme vers la science ne se fit pas non plus sans résistance et les concessions en ce sens ne sont point très larges aux premiers siècles de l'Église. Il est d'abord plusieurs points sur lesquels tous les docteurs, sans exception, demeurent d'accord en toutes circonstances. C'est, par exemple, que la science humaine, réduite à ses seules forces, n'est que vanité pure ' ; qu'elle est impuissante à résoudre le problème primordial des causes premières, que la foi tranche sans aucun effort ^ La révélation, elle, atteint l'incompréhensible ^ et écrase, du poids de la vérité absolue, la relativité des sciences fondées sur la démonstration *. Par rapport à la foi pure et ferme qu'est-ce que l'hypothèse? Elle demeure aussi loin de la certitude que le loup l'est du chien, ou le flatteur de l'ami '; aussi les sciences physiques et naturelles, par exemple, qui ne vont guère sans hypothèses, prêtent
cis et assez nombreux pour élucider cette question. Si la philosophie a amené au christianisme des hommes comme Tatien et Saint Justin, elle a pu aussi lui en prendre et il est vraisemblable qu'elle Ta fait. Je ne parle pas seulement d'individus comme Pérégrinus, sur lesquels l'impression exacte est difficile à saisir, entre les témoignages divergents de Lucien et d'Aulii Gelle (Lucien, Peregr., pass., le représente comme un charlatan et un faiseur; A. Gelle Noctes att., XII, ii, comme « virum gravem atque constantem »); je veux parler d'hommes certainement sérieux, comme Ammonios, premier maître d'Origène, qui, chrétien de naissance, aurait abandonné le christianisme pour la philosophie (Eus., £. H., VI, 19, d'après Porphyre; il est vrai qu'Eusèbe affirme que cet Ammonios demeura chrétien). On entrevoit, à travers Clément d'Alexandrie, que tous ceux qui vinrent au christianisme n'humilièrent pas définitivement leur raison devant la foi, et Eusèbe {H. E., V, 28), nous parle d'hommes qui se contentent d'être officiellement chrétiens et appliquent à l'Écriture les procédés de la dialectique philosophique, au point de n'ctre plus dans la foi.
1. Orig., C. Celse, VII, 23, rappelle simplement / Cor., 111, 19, que je retrouve également dans l'interrogatoire d'un martyre de date incertaine : Acta