Strom., VI
g. Hieron., Ep., LUI, 6.
La tolérance devint plus large quand le christianisme, sûr de sa victoire, crut avoir moins à craindre de la philosophie profane appuyée sur la science. S. Jérôme, par exemple, après avoir préalablement affirmé que la science des philosophes ne peut rien contre l'Ecriture, admet la science courante, à la condition qu'elle se fortifie d'abord d'une foi solide ' ; tel est aussi le sens de ce passage du De moribus ecclesiae catholicae où S. Augustin blâme ceux qui se lancent dans des recherches sur le monde, sans même connaître Dieu ^ : la science sans charité est celle que possèdent les démons ^
Il y eut donc des savants dans l'Eglise ''; ils ne s'y comportèrent pas toujours bien et donnèrent parfois raison à ceux qui se méfiaient de leur science. D'après un fragment rapporté par Eusèbe '" et emprunté à un anonyme orthodoxe, contemporain des Sévères, ils apportaient avec eux un esprit d'examen, dont toutes les applications ne tournaient pas à l'édification. Il semble pourtant vraisemblable qu'au fur et à mesure que les chrétiens penchèrent davantage à admettre une éducation générale d'entraînement et s'assurèrent dans l'idée que toute science vient de Dieu ^ au moins les connaissances d'école se répandirent parmi eux. C'est en ce sens que j'interprète les assez nombreuses allusions aux phénomènes de la nature et les anecdotes d'histoire naturelle qu'on relève dans les ouvrages des Pères : leur science ne nous paraît être ni plus ni moins que la science vulgaire du temps, mise au
1. Hieron., Ep., LXX, 3. — Il peut s'élever, sans qu'il soit toujours possible de dire pourquoi, un conflit entre la science et la foi. Je citerai, à titre d'exemple, un de ces conflits, celui qui a trait à l'hypothèse des antipodes (Pline, H. N.y II, 65). Elle était peu sympathique aux chrétiens; Lactance estime qu'il n'y a aucune raison d'y croire et trouve même absurde qu'on prétende que la terre est ronde (/nsf. div.^ 111, 23); August.,Z)e czV. Dei, XVI, 9, ne croit pas non plus l'hypothèse nécessaire et estime que si la terre est ronde, la face qui nous est opposée peut très bien n'être couverte que d'eau ; il nous donne la raison de cette hostilité : Quoniam nullo modo Scriptura ista mentitur quae narratis praeteritis facit tîdem eo quod eius praedicta complentur. En conclusion du débat, l'hypothèse des antipodes fut condamnée par le pape Zacha ri as (£";?. 10, ad Bonifacium, ann. 748), comme perversam et iniquam, contrairement d'ailleurs à l'opinion de S. Virgile. — Ce n'est jamais à la science toute seule que se réfère le chrétien; en voici un exemple typique et d'ailleurs bien connu ; Celse a prétendu expliquer les cataclysmes du monde par des considérations purement astronomiques; Origènc explique que ces accidents viennent de la méchanceté des hommes ; quand elle est à son comble. Dieu frappe (Orig., C. Celse, IV, 22).