‹ TertullienChapitre 423 sur 561 · Orig., C. Celse, VIII · texte numérisé non relu

Orig., C. Celse, VIII

sécution '. Les Pères ne se rendaient pas bien compte que la nature n'est pas foncièrement chrétienne et que les sciences qui l'étudient ne peuvent se plier aux dogmes qu'à la condition de s'assouplir en des compromis plus subtils que solides. Toutefois, ils sentaient confusément que le conflit entre la science et la foi était irréductible et ils subordonnaient sans hésiter la science à la foi. Elles demeureront Tune et l'autre dans cette relation tant que la foi chrétienne suffira à contraindre l'esprit : la science, incapable longtemps d'engager la lutte restera presqu'immobile. Aujourd'hui, les rôles sont renversés et pour que le compromis rompu se rétablisse, c'est le dogme qui s'assouplit pour entrer dans le cadre de la science \

Quel pouvait être l'effet produit sur les païens par les doctrines des chrétiens relatives à la philosophie et à la science ? Nous l'entrevoyons dans l'ouvrage de Celse, à travers la critique qu'en fait Origène ; nous le devinons à travers YOctavius de Minucius Félix, qui met peut-être dans la bouche de son païen les arguments avancés par Fronton dans ce traité contre les chrétiens, que nous avons perdu; nous en avons enfin l'impression dans les quelques phrases qu'Eusèbe consacre à la polémique anti-chrétienne de Porphyre. Selon tous ces hommes si différents, qui ont critiqué la foi, les fidèles parlent de ce qu'ils ne savent ou n'entendent pas quand ils prétendent ruiner la philosophie et la science grecques; ce sont des ignorants enflés de superbe, qui remplacent la véritable connaissance par des subtilités, des interprétations fantaisistes de textes bibliques et des affirmations sans preuves ; ils ont corrompu la sagesse et ils se montrent les ennemis de l'intelligence comme de la raison, en les humiliant devant une foi ridicule \ L'opposition entre l'esprit antique et l'esprit chrétien était donc, de part et d'autre, comprise et acceptée; en la signalant, nous touchons à un des termes du problème de la transformation de la société romaine par le christianisme. Il ne faut pas que le christianisme espère vivre Jamais à côté de la philosophie antique ; il faut qu'il soit luimême la philosophie. Dès l'époque de Tertullien, c'est bien ce qu'il

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