De idol., i
entière l'allure d'une taverne et d'en souiller le sol de tout ce vin répandu ; puis de courir par bandes en échangeant de grossiers quolibets et des obscénités ! Qu'il est donc honnête d'aller, en plein midi, parer sa maison de branchages et de lanternes, pour lui donner l'aspect d'un mauvais lieu ! Les chrétiens ne peuvent s'associer à de telles folies, ni leur modestie {modestid)^ ni leurs scrupules de bienséance (verecundia), ni leur pudicité [pudicitia) ne le leur permettent. TertuUien décide d'ailleurs que l'Empereur, quand c'est lui qu'il s'agit de fêter, n'a rien à gagner à toutes ces inconvenances. Ce réquisitoire n'est certes pas sans fondement, et aux yeux d'un chrétien, il est inattaquable; mais sa conclusion : « Abstenez-vous », pouvait être fâcheusement interprétée par les païens. Elle l'était, en effet, et c'est pourquoi TertuUien éprouve le besoin de justifier ses frères qui l'adoptent '. Au reste, dit-il, chacun n'est-il pas libre et les Épicuriens n'ont-ils pas été maîtres de choisir leur idéal de volupté ? Offense-t-on les gens parce que l'on refuse de s'amuser comme eux "" ? Or les chrétiens ne peuvent absolument pas s'amuser comme les païens, et les spectacles, quels qu'ils soient, leur sont odieux ; les uns parce qu'ils sont cruels ^^ les autres parce qu'ils les jugent indécents '.
TertuUien s'en tiendrait à une abstention personnelle ainsi motivée, qu'il serait inattaquable; mais il ne s'y arrête point. Il ne dit pas : nous n'allons pas au théâtre parce que nous ne voulons pas y aller, parce que ce qui s'y passe ne nous plaît pas; il affirme qu'il ne faut point y aller, parce que ce qui s'y passe est abominable ■', non pas seulement pour un chrétien, mais simplement pour un homme '"'. Les jeux de l'amphithéâtre, par exemple, ne sont que de répugnantes tueries. On répond : on n'y tue que des bestiaires ; mais, réplique TertuUien, est-ce que des bestiaires ne seraient pas des hommes '?
1. Tout ce développement est emprunté à ApoL, 35, qu'il faudrait citer en entier; voy. égal. De corona, passim, not. i3, sur les couronnes en usage dans ces fêtes publiques et qui sont toutes idolâtriques.
2. Apol., 38 : Quo vos offendimus si alias praesumimus voluptates? Si oblectari novisse nolumus^ nostra iniuria est, si forte, non vestra.