‹ TertullienChapitre 459 sur 561 · Apol · texte numérisé non relu

Apol

Et le théâtre ? Conçoit-on qu'on puisse présenter comme preuve de piété à Tégard des dieux, les turpitudes qui s'étalent sur la scène en leur honneur ' ? Le spectacle qui s'y donne n'est-il pas un mensonge permanent? Les vêtements féminins sur le dos des acteurs masculins, la voix artificielle, l'âge des histrons grimés, les passions qu'ils agitent, tout ment. Et la loi de Dieu, en maudissant l'homme qui a revêtu des vêtements de femmes, proscrit tous ces mensonges \

N'est-ce pas défaire l'œuvre de Dieu que d'exercer des athlètes et de développer artificiellement des muscles qu'il n'a pas voulu autres qu'il ne les a créés ^? Est-ce donc pour les crever à coups de poings que Dieu a donné des yeux à l'homme? Tous les artistes populaires et violents sont enveloppés dans la même réprobation ''.

Si, à chacune de ces distractions, le chrétien risque son âme, c'est qu'en réalité ce sont les faux dieux qui les ont inventées ; elles sont encore sous leur invocation et servent plus ou moins à les honorer dans des lieux à eux consacrés \ Le chrétien n'y peut rien trouver de la tranquillité, de la douceur, du repos et de la paix qui réjouissent l'Esprit Saint ^; il n'y peut rencontrer que de mauvais exemples, qui le détourneront de la méditation et Téloigneront de son salut ^ Il est ici-bas des spectacles dignes de lui qu'il peut contempler en attendant le jour suprême ; tels sont la révélation de la vérité, la connaissance de l'erreur, la vanité dégoûtante de la volupté humaine, la méprisable insuffisance du siècle tout entier; la vraie liberté, la pureté de la conscience; ce sont-là les voluptés qui lui sont permises, les spectacles saints, perpétuels et qui ne lui coûtent rien \ Dieu se chargera d'en offrir à ses regards charmés de plus merveilleux encore au jour du jugement ; le supplice épouvantable de tous ses ennemis en fera les frais. Au cours de tout le De spectaculis, Tertullien s'est montré, mieux que partout, le subtil sophiste qu'il est foncièrement; mais, dans ce dernier chapitre, sa passion et son fanatisme éclatent avec une telle inten-

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