De spect., 14 et
8. De spect., 29 ; Veritatis revelatio... errorum recognitio... fastidium ipsius voluptatis... saeculi contcmptus.. . vera libcrtas... conscientia intégra... vita sufficiens. .. mortis timor nullus. . hacc voluptates, haec spectacula christianorum sancta, perpétua, gratuita.
f site de déclamation, que, malgré son mauvais goût, il atteint à la véritable éloquence '.
Les arguments de Tertullien souvent un peu ténus, mais intéressants, avaient pour grand mérite d'être humainement et chrétiennement justes ; ils présentaient pourtant un double inconvénient : celui de heurter de front une habitude presqu'indéracinable de la civilisation antique et celui de poser, presque dogmatiquement, la question du théâtre. Le goût du théâtre est si naturel aux hommes et représente, pour ceux d'entre eux qui atteignent une certaine culture, un tel besoin, pour les plus humbles même, un tel plaisir, que c'était presque folie que de vouloir l'abolir. Tertullien n'avait peut-être été si loin que parce qu'il n'avait pas prévu l'éventualité d'une épuration, d'une christianisation du théâtre. Ses restrictions demeuraient très logiques pour qui faisait de la méditation et de la gravité une nécessité de la vie présente et une préparation de la vie éternelle ; mais, prises au pied de la lettre, elles n'allaient à rien moins qu'à interdire absolument une forme de distraction et d'art, pour ainsi dire inhérente à la nature humaine. Il aurait fallu que Tertullien distinguât le principe lui-même des applications qu'on en faisait de son temps. Or, il ne distingue rien du tout. Un grand nombre de docteurs firent de même et il en résulta un conflit qui dure encore, bien que l'Église, au moins dans la pratique, se soit visiblement départie de sa rigueur.
III. — Il ne pouvait y avoir en elle qu'une voix pour proscrire les spectacles sanglants % et c'est même cette unanimité, cette réprobation de la conscience chrétienne, qui explique qu'ils aient été supprimés quand le christianisme eut à sa disposition le pou-
1. De spect., 3o : At enim supersunt alla spectacula, ille ultimus et perpetuus iudicii dies, ille nationibus insperatus, ille derisus, cum tanta saeculi vetustas et tôt eius nativitates uno igni haurientur. Quae tune spcctaculi latitude! Quid admirer ? Quid rideam? Ubi gaudeam? Ubi exultem, spectans tôt ac tantos reges, qui in caelum recepti nuntiabantur, cum ipso Jove et suis ipsis testibus in imis tenebris congemescentes ! Item praesides persecutores dominici nominis saevioribus quam ipsi flammis saevierunt insultantibus contra christianos liquescentes ! Quos praeterea sapientes illos philosophes coram discipulis suis una conHagrantibus erubescentes, quibus nihil ad deum pertinere suadebant, quibus animas aut nullas aut non in pristina corpora rediiuras affirmabant! Étiam pdetas non ad Rhadamanti nec ad Minois, sed ad inopinati Christi tribunal palpitantes!... Ceterum qualia illa sunt, quae nec oculus vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascenderunt ? Credo, circo et utraque cavea, et omni studio gratiora. Ce sont les derniers mots de l'ouvrage et ils sont destinés à laisser le lecteur sous l'impression d'une terreur salutaire.
2. Voy. particulièrement Min. Félix, Octav., 3j; Cypr., Ad Donat., 7;Lact., Inst. div., VI, 20, 10 et s.; Arnobe, Adv. nat., Il, 41; August., Con/ess., VI, 8, i3.
voir et la force '. Il n'en fut point de même pour les autres jeux et spectacles % et particulièrement pour le théâtre. La fréquente répétition des interdictions lancées contre eux suffit à prouver qu'il y eut de sérieuses résistances dans la masse des fidèles. Il n'y a pourtant point d'hésitation chez les docteurs, et ils interdisent en bloc les fêtes païennes et les spectacles \ Toujours au nom de la foi, de décence, et de la pudeur, ils déclarent que les seuls spectacles dignes du chrétien sont ceux que lui offre la nature : le soleil à son lever et à son coucher, la lune, les fleuves, l'Océan, ou encore les livres saints et les espérances des promesses ^ Il se trouvait des fidèles pour objecter qu'en définitive aucun texte formel des Écritures n'interdisait les spectacles, et les docteurs de répondre que les interdictions ne sont pas toujours claires, mais que les spectacles sont sûrement inventions de Satan \ Si grande que fût la peur du diable, elle était encore pour les chrétiens moins forte que le plaisir du théâtre. Salvien nous permet de mesurer l'effet qu'ont produit les défenses des Pères, pourtant si répétées, si accentuées, si terriblement étayées *^. Non seulement les chrétiens, ses contemporains, vont couramment au théâtre ', mais, qu'il y ait un combat de bêtes annoncé, ce peut être jour de fête à l'église, beaucoup de ceux qui se disent chrétiens ne viennent pas à l'ofiice, et si ceux qui s'y rendent entendent dire que les jeux commencent, on les
1. Ils furent probablement supprimés en Orient par Constantin en 325, à la suite du concile de Nicée {Cod. Theod., XV, 12, i) et en Occident par Honorius vers 404 (Théodoret, H. E., V, 26). Voy. Marquardt et Mommsen, Vie privée, I, p. 228 et Lafaye, art. Gladiateurs, dans \eDict. des Ant.
2. Sous Théodose, quand on interdit la fréquentation des temples (Sgi) et même les sacrifices domestiques (3q2), on maintient encore les jeux et fêtes autrefois reliés au culte Marquardt, IV, p. i Sg ; Mommsen, Epigr. Analect., n° 8, p. 62 et s., dans le Recueil de l'Acad. de Saxe, cité par Humbert, art. Boita templonim du Dict. des Ant.
3. Min. Félix, Octav., 37 ; Clém. Alex., Strom., VI, 7, 36 : le vrai gnostique fait tout ce qui peut amorcer les passions; il condamne tous les jeux et divertissements des païens; Pedag., H, i, 2; III, 11, 76; Disc, aux Cent., Il, 34; Cypr., Ad Dotiat., 8 ; De habit, virg., 18, interdit même les fêtes nuptiales aux vierges chrétiennes; Pseudo-Cypr., De spect., est un bon pendant du traité de TertuUien, particulièrement 5-8; Orig., C. Celse, VllI, 21 ;Lact., Inst. div., II, 20 ,27 et s.; Arnobe, Adv. nat., II, 41 ; August., Confess., III, 2, 2 et s., curieuse analyse du plaisir des spectacles par un amateur désabusé ; Hieron., Comment, in E^ech., VI, xx, 7 appuyé sur Jerem., IX, 21 : mors intravit per fenestras vestras ; Ep., XLIIl, 3; Ambros., Hexaem., III.
4. Pseudo-Cypr., De spect., 9 et 10; Orig., C. Celse, VIII, 21, déclare que la fête pour le sage, c'est l'accomplissement d'un devoir; pour le chrétien, c'est la prière.