‹ TertullienChapitre 462 sur 561 · Le Blant, Inscr. chrét., Pré/., p. xcv et notes · texte numérisé non relu

Le Blant, Inscr. chrét., Pré/., p. xcv et notes

I. Le siècle aux yeux de Tertullien ; position qu'il y donne au chrétien. — II. La question des rapports extérieurs entre les chrétiens et les païens ; le chrétien dans sa vie de chaque jour.— III. La question des rapports familiers entre les chrétiens et les païens. Conclusions sur la position du chrétien dans la société païenne, d'après Tertullien et d'après l'Eglise.

I. — Nous avons noté, dans tout ce qui précède, un ensemble de restrictions, qui iront s'adoucissant au fur et à mesure que l'Eglise dirigera plus complètement le christianisme et que celui-ci vieillira dans le siècle ; mais qui, chez Tertullien, sont si étroites, qu'elles supposent, pour les chrétiens, une vie d'isolement. Dans sa pensée, en effet, la grave concession qu'il fait au sujet de l'instruction n'a pas toute la portée qu'elle nous semble avoir ; il entend l'enfermer dans l'école et la limiter à l'enfance ; il n'en voit pas les suites probables pour l'homme fait, tout simplement parce qu'étant lui-même un produit perfectionné de l'école, il imagine que la foi sera pour les autres le puissant dérivatif qu'elle a été pour lui. Il leur donne, d'ailleurs, des indications précises pour guider dans la recherche du salut leur ignorance ou leur faiblesse. Si donc nous

I . On trouvera peut-être ce chapitre diffus : je n'ai pu éviter complètement ce défaut, en raison des nombreuses lacunes que présentent les écrits de Tertullien sur ces questions de vie courante, dont il faut cependant, pour rester intelligible, présenter un tableau d'ensemble. Voici donc comment j'ai procédé : j'ai établi de mon mieux la tradition chrétienne moyenne sur les divers points qu'il m'a paru utile d'examiner, en rapprochant les textes d'âges différents. Dans cette recherche, j'ai placé Tertullien bien en vue quand il m'a été possible de le faire; j'ai indiqué les divergences qui se rencontrent quelquefois entre ses opinions et celles de ses contemporains, Clément d'Alexandrie par exemple. Quand je n'ai pas découvert de texte chez lui, j'ai cru pouvoir supposer qu'il se rangeait à l'opinion commune lorsque celle-ci, se déduisant logiquement des principes premiers du christianisme, ne heurtait en rien ses idées essentielles. Ce procédé manque évidemment de rigueur scientihque, mais je me suis résigné à l'adopter, dans l'impossibilité où je me suis trouvé d'en fonder un plus rationnel.

rapprochons ces conseils et ces interdictions, la conclusion qui nous semble en sortir, c'est que l'homme, en crainte de l'idolâtrie qui est partout, doit, dès l'adolescence, se retirer de la vie commune et vivre à l'écart du siècle autant que possible. Toutefois, la vie matérielle a des exigences qui ne permettent point aux chrétiens, encore en minorité dans l'Empire, d'éviter tout contact avec les païens. Tertullien le sait et s'en préoccupe beaucoup, car, dans ces rapports quotidiens, qui pouvaient engendrer de si fâcheuses habitudes et émousser les meilleures vertus, se cachait, en réalité, le plus grand danger que pussent courir les frères. Il n'était guère à craindre, par exemple, qu'ils s'abandonnassent à l'idolâtrie patente et avouée, sauf en temps de persécution ; il était, en revanche, à redouter que maint simple d'esprit ne se laissât entraîner, dans la vie courante et parce qu'il est difficile de se tenir sans cesse en garde, à des pratiques très condamnables. Les hommes du peuple, particulièrement, n'ont pas toujours tout le discernement qu'il faudrait dans des cas souvent difficiles, et les autres n'ont pas toujours le courage de laisser de côté le respect humain qui les enchaîne. C'est pourquoi Tertullien déploie toutes les ressources de son esprit de moraliste et de sophiste pour délimiter exactement les concessions possibles et indispensables et éclairer les cas de conscience. Le De idolatria est un véritable guide du chrétien dans la vie, fondé tout entier sur ce double principe : évitez l'idolâtrie et ne vous cachez pas d'être chrétien '.

L'opinion de Tertullien est intéressante, non seulement parce qu'il a beaucoup parlé de ces questions éminemment pratiques, mais encore parce qu'il est le premier à en parler beaucoup. C'est donc qu'elles se posent vraiment de son temps, au moins en Afrique. La raison en est que le zèle sectaire et la rigueur d'observance des premiers chrétiens purent à peu près se maintenir tant que la communauté fut médiocre par le nombre et la condition sociale de ses membres. Ils ne firent donc pas question dans l'Église primitive ; mais leur force diminua quand il entra dans la foi des hommes plus nombreux et plus enfoncés dans le siècle.

1. De idoL, pass. not. i ; 14. Je mets à part un texte du De resur. cant., 7, qui pourrait prêter à quelques illusions ; au premier examen, il ferait conclure que Tertullien admet, pour le chrétien, une vie très activement mêlée à la vie

commune, mais il n'a en réalité aucune portée; le voici : et sermo enim

de organe carnis. Artes per carnem, studia, ingénia per carnem, atque adco totum vivere animo carnis est. Il faut considérer qu'en l'espèce Tertullien veut réhabiliter la chair et qu'il avance seulement des faits qui établissent son importance et sa dignité; ce n'est pas un tableau de la vie chrétienne qu'il trace, ni une approbation qu'il donne à l'activité qu'il invoque comme un argument.

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