‹ TertullienChapitre 463 sur 561 · IM · texte numérisé non relu

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L'Eglise d'Afrique et, les autres docteurs l'établissent, l'Eglise en général, traversa, à la fin du ii^ siècle et au début du m® siècle, une crise très grave, puisque son existence même dépendait de la position qu'elle allait prendre vis-à-vis du monde païen, considéré dans la vie de chaque jour.

Avant toutes choses, il convient de déterminer ce que le chrétien peut penser du monde ; non pas en tant que réalité tangible, car le problème delà réalité du monde extérieur est un non-sens pour le chrétien, cette réalité étant un postulat nécessaire à l'existence même du christianisme: le monde ne saurait pas ne pas être, puisqu'il a été créé par Dieu, lequel l'a disposé pour être l'ornement de sa majesté '. Il ne s'agit donc ici que du monde considéré comme siècle. A ce point de vue, il est la prison du chrétien, et, s'adressant à des confesseurs qui sont enfermés, Tertullien leur dit qu'ils sont plutôt hors de prison qu'en prison et que les chaînes qu'ils portent sont moins lourdes que celles que le monde fait peser sur l'âme \ Il sort de ce monde une odeur d'immondices, qui sont les passions des hommes, et il y a en lui plus de coupables que dans les prisons, car il enferme la race humaine tout entière ; c'est pourquoi les martyrs doivent s'estimer heureux d'être séparés de lui, de ne pas voir les dieux étrangers [alienos]^ les fêtes des nations et leurs spectacles et leurs lieux de débauche ; ce n'est point une détention qu'ils subissent, c'est une retraite qu'ils font ^ Le bonheur suprême pour le chrétien c'est donc d'être hors du siècle, et peu importe qu'il gise au fond du cachot ténébreux, puisqu'il est la lumière et qu'il est libre en Dieu \ Le caractère exalté de VAd martyras^ homélie d'entraînement à l'usage des confesseurs, pourrait rendre justement suspecte la valeur de pratique courante de semblables idées ; mais d'autres textes, empruntés à des ouvrages qui n'ont point le même sens, prouvent qu'elles expriment cependant la véritable pensée de Tertullien. Le chrétien n'attend de bonheur qu'hors de ce monde, dans lequel la vérité qu'il vénère ne saurait régner et qui est trop plein de scandales pour qu'il y réalise jamais son idéal de vertu, de foi et de pureté. C'est pourquoi Tertullien écrit dans l'Apologétique : « Rien ne nous regarde dans

1. Apol., 17 : In ornamcntum maiestatis suae. Jouant sur le sens de v-o^iioi, Tertullien ajoute : unde et Graeci nomen mundo -/.ouiiO'j accommodaverunt.

2. Ad mart., 2 : Si... recogitcmus ipsum magis inundum carcerum cssc, exisse vos c carccre quam in carccrem introisse intcllcgcmus.

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