Cypv., Ad Donat
4. Voy. par ex. : Commodien, Instriic, II, 16 : Saeculariain totum fugienda; Hieron., Ep., XIV, 6, développe cette idée, chrétiennement banale, qu'il n'y a, pour le fidèle, aucune sécurité dans le siècle ; Ambros., Expos. Evangel. sec. Luc, Vi, 107 : Scio quia corruptela consumit hoc mundum, quasi t'ctidum vito, quasi luem caveo, quasi nociternum relinquo.
5. S. Paul, ennemi des exagérations et esprit très pratique, établit parfaitement, / Cor., V, 9 et s., que le chrétien ne peut éviter tout commerce avec les impudiques, les cupides, les avares et les idolâtres, qu'il lui faudrait, pour cela, sortir du monde.
choses n'ayant d'autre fin que son utilité '. Cette naïveté descend parfois jusqu'à la puérilité et prête le flanc à des plaisanteries faciles ; elle est pourtant soutenue par les Pères, et elle conduit à une conséquence, au premier abord, différente de celle que suppose le mépris du monde ; elle mène à user de la création tout entière. L'accord se fait entre les deux interprétations sur cette considération que le mal, c'est-à-dire le diable, empêche l'homme de jouir des bienfaits de Dieu conformément à ses intentions; c'est pourquoi il vaut mieux s'en priver que de pécher en en usant mal. C'était, en effet, cette conclusion qui semblait aux païens particulièrement caractéristique des tendances chrétiennes, et ils raillaient les fidèles, disant qu'ils étaient dignes d'habiter les bois [sylvîcolae] et qu'ils s'exilaient de la vie [exules vitae) \ Tertullien répond que ce reproche n'est pas fondé, que les chrétiens vivent comme tout le monde et que c'est une suprême injustice que de leur refuser le droit de le faire \
Nous avons déjà rencontré bon nombre de restrictions qu'il apporte lui-même à cette apparente identité de vie entre les chrétiens et les autres hommes ; en supposant qu'en effet, la pratique les adoucisse et que la masse des fidèles s'accommode, sans trop de peine, des façons de faire communes, il demeurait dans la société chrétienne des contradictions personnelles, des refus d'obéissance à l'usage, des protestations de polémistes ou de martyrs, qui frappaient assurément plus les païens que ce consentement machinal et tacite à se plier aux habitudes usuelles. Vivre comme tout le monde supposait, en effet, que le chrétien, conscient de ses devoirs et logique, avait posé et résolu diverses questions préalables qui ne laissaient pas que d'être embarrassantes pour lui.
Tout d'abord, on ne vit dans le monde et comme tout le monde, qu'à la condition expresse, non pas de partager toutes les idées de ses contemporains, mais, au moins, d'avoir pour elles une tolérance décidée, et pour eux une certaine bienveillance, fondée sur cette conviction qu'on leur ressemble en quelque chose. Or, Tertullien est bien plutôt préoccupé d'accentuer les contrastes entre le chrc-
i.De anima, 33 : omnia tamula sunt hominis, omnia subiecta, omnia manc\'ç>SiidL ; De patieyi . , 4 : (Bestias) usibus nostris a Domino provisas traditasque; De patien . , 5 .
2. Apol., 42. Voy. de m. Min. l'élix, Octav., 12 : ...pallidi, trcpidi, misericordia digni sed nostrorum dcoruin. lia ncc resurgitis miscri, ncc intérim vivitis.
3. Apol., 42 : Meniinimus gratiam nos debere Dec Domino creatori : nullum fructum operum eius repudiamus; plane tempcramus, ne ultra modum aut perperam utamur. Tertullien nous dit : Apol., 4, qu'il a écrit les premiers chapitres de cet ouvrage pour flétrir l'injustice de la haine publique contre les chrétiens : ad sugillandumodii crga nos publici iniquitatcm.
tien et le païen que de marquer les traits de leur ressemblance. 11 se donne, d'ailleurs, en tant que chrétien, une position si éminente dans le monde, et il s'orne de privilèges divins si orgueilleusement exclusifs, qu'il ne peut garder, au fond de son cœur, qu'un sentiment de pitié dédaigneuse à l'égard de tout ce que pensent, aiment et font les infidèles. Un païen et un chrétien, pour Tertullien, ce ne sont pas deux hommes, ce sont deux principes opposés, celui du bien et du salut, en face de celui du mal et de la perdition. Le chrétien, temple et autel de Dieu, flambeau de vérité et vase d'élection ', vaut, sans comparaison, plus et mieux que tous ces malheureux qui, en définitive, ne sont que des chiens et des porcs \ Le spectacle de leur vie lui est pénible, car ses convictions sont heurtées à chaque pas par des pratiques qui lui répugnent \ Telle est l'impression qui ressort des ouvrages de Tertullien destinés aux seuls frères ; elle est, pour ainsi dire, chrétiennement fondamentale, car elle est plus ou moins confirmée par les écrits de tous les Pères de l'Église souffrante \ Toutefois, puisque aussi bien il est impossible de faire qu'il n'y ait plus dans le monde que de bons chrétiens, Tertullien consent à accorder quelques concessions ; il condescend à croire que les païens sont des hommes, et que tous les hommes sont frères selon la nature '•': qu'ils ont droit, par conséquent, à l'affection des chrétiens, ainsi que Dieu lui-même l'a ordonné ^. D'ailleurs, le Christ a donné l'exemple de la patience, de la douceur et de la charité à leur égard '. Le chrétien imitera le Sauveur. Les sentiments fraternels qu'il témoi-
1. De cor., 9 : nos enim sumus et templa Dei et altaria et luminaria et vasa.