Pedag., II
qu'il sourie de choses honteuses ', ni qu'il parle trop \ Au contraire, qu'il évite les propos malséants ', sans s'abandonner à une pudibonderie excessive \ et qu'il s'interdise toute raillerie ^ La plaisanterie n'est permise qu'aux vieillards à l'égard des jeunes gens, et encore faut-il qu'elle soit aimable et gracieu-se; on doit fuir les railleurs de profession ^.
Les chrétiens n'avaient point la réputation d'être de très joyeux compagnons, et il faut convenir qu'ils avaient des préoccupations qui ne les prédisposaient pas à la gaîté, au sens que nous prêtons à ce mot, et qui suppose un esprit tout à fait libre de soucis \ Tout au plus pouvaient-ils avoir au cœur l'allégresse divine que leur donnaient la foi et l'espérance •*. Le christianisme primitif n'était réellement pas gai :« Purifiez vos mains, pêcheurs, s'écrie Jacques **, sanctifiez vos cœurs, hommes irrésolus! Soyez affligés et tristes et pleurez! Que votre rire se change en deuil et votre gaîté en abattement! » C'était l'attitude d'hommes entièrement tournés vers l'au-delà de cette vie et humiliés devant le juge imminent. C'est celle que TertuUien voudrait imposer à ses frères '". De bonne heure cependant, les sentiments chrétiens s'humanisèrent; cette tristesse sauvage et toute judaïque se dissipa au souffle évangélique. Voyez ce qu'en dit le Pasteur " : « La gaîté est une vertu ; la tristesse ne peut qu'affliger le Saint-Esprit et le chasser de l'âme, car l'esprit de l'homme a été créé gai : la tristesse, c'est la goutte de vinaigre qui gâte le meilleur vin et la prière de l'homme toujours triste n'a pas la force de monter jusqu'au trône de Dieu; elle ne peut être pure. » Ce n'est donc point la tristesse, qui doit paraître sur le visage du chrétien, c'est la gravité '\ et il faut que le frère apporte, dans les larmes comme dans le rire, la modération qu'il est tenu