Clcm. Alex., Pedag., III
LA VIE COURANTE SlQ
comme le veut Harnack, il est l'œuvre du pape Victor P'' '), le De aleatoribiis, montre à la fois combien la passion du jeu était répandue, même chez les chrétiens, combien les vrais tidèles la redoutaient et quels reproches ils lui faisaient. Le jeu, y esi-il dit, prend place parmi les tentations primordiales du diable, à côté de l'idolâtrie, de la fornication, du vol, de la rapine, de l'avarice, de la fraude, de Tivrognerie, de l'impatience, de l'adultère, de l'homicide, etc. \ L'auteur développe, comme en un sermon, tous les inconvénients moraux et pratiques que présentent les tables de jeu, autour desquelles trônent tous les vices ", et il conclut qu'il vaut mieux dépenser sa fortune en bonnes œuvres que de la perdre aux dés \ Le vice n'alla sans doute guère en s'atténuant au fur à mesure qu'il vieillit, car, du ii® siècle à la fin de la période romaine proprement dite, les plaintes contre lui se répètent souvent dans l'Eglise '. Il faut, pour l'arracher, même du clergé, en venir à des peines très sévères. Les Canons apostoliques ^ prononcent la déposition contre l'évêque, le prêtre ou le diacre qui s'obstinent à Jouer ou à boire, ce qui allait très bien ensemble; quant aux clercs inférieurs et aux laïques qui s'abandonnent à ces vices, et qui y persistent, il faut les excommunier. Le concile d'Elvire frappe d'une excommunication d'un an le fidèle surpris à jouer de l'argent aux dés '. D'ailleurs, ces mesures manquèrent tout à fait leur but, et la passion du jeu persista; tout ce que les rigueurs ecclésiastiques obtinrent, ce fut de l'ajouter à la liste des gros péchés.
Un païen s'arrangeait autant que possible pour se réserver chaque jour le loisir d'aller se baigner; c'était là une habitude qui tenait une grande place dans la vie des Anciens; notre chrétien vat-il s'y conformer? Il y avait à Rome un nombre extraordinaire de bains publics; il y en eut jusqu'à gSo et même davantage; le seul Agrippa en avait ouvert 170 durant son édilité ". Si cette surabondance de thermes n'existait que dans la capitale et dans les grandes
1. Harnack, Der pseiidocyprianisdie Tractât de aleatoribus, die àlteste lateinische christliclie Schrift, ein Werk des rômischen Bischofs Victor I {Saec. II). Text II. Uiiters., V, 1888 et G. A. C. L., 1, p. 719.