Clém, Alex., Pedag
Un chrétien ne doit pas oublier que si le sommeil est indispensable au corps ', un homme qui dort ne sert à rien, pas plus qu'un mort'. C'est pourquoi il lui faut se lever souvent la nuit, afin de louer Dieu, car bienheureux sont ceux qui veillent en lui. Les chrétiens n'aiment pas le sommeil qui représente pour eux les ténèbres, alors qu'ils sont, eux, les fils de la lumière : c'est pourquoi Clément d'Alexandrie, cependant si éloigné des prescriptions absolues, le réduit au minimum de repos nécessaire \ Il faut s'exercer aux veilles, que l'habitude et la sobriété rendent faciles à supporter; il faut surtout veiller quand les jours sont courts et ne pas dormir dans le jour sous prétexte qu'on s'est couché tard. C'est parfois un peu pénible; on bâille, mais on a le mérite de lutter contre son corps, vu que l'âme n'a pas besoin de sommeil. C'est la doctrine qui a triomphé dans l'Église, mais elle n'a pu s'imposer qu'à ceux des hommes qui ont renoncé à la vie ordinaire du monde pour adopter la règle des couvents : le sommeil a, pour le commun des fidèles, retrouvé tout son pouvoir et tous ses droits.
Il nous reste un dernier point à examiner : le chrétien tombe malade; ni la médecine, à laquelle il a pu recourir, ni la prière de ses frères qui l'ont visité * et qui appelait le miracle, n'ont entravé la marche du mal, et il meurt, assisté de ses proches, qui prient pour lui et avec lui \ Que va devenir son corps ? Les anciens attachaient à la pompe des funérailles, et, en tout cas, à leur célébration, une extrême importance *^, puisque les pauvres gens, pour s'assurer les bienfaits de la sépulture, mettaient en commun une partie de leur nécessaire et formaient des associations funéraires '. Aussi, depuis l'éclat théâtral des funérailles publiques, jusqu'à l'humble cérémonie des collegia tenuioriim, les mêmes rites conduisaient-ils au bûcher ou au tombeau le cadavre du païen défunt. Les Romains avaient toujours été portés à donner aux funérailles un grand faste, puisque la Loi des XII Tables avait déjà, par plu-
1. De anima, 4.3 : Porro somnum ratio praeit, tarn apium, tam utilem, tam necessarium, ut ahsque illo nulla anima sufficiat; recreatorem corporum, redintegratorem virium.
2. Clém. Alex., loc. cit. : Oùôèv yàp dvôoôî ô-ie)>o; -/caOEÛôovxo; ô'.s-cp oùùk teÔVcÛtoî. C'est là d'ailleurs une figure banale : elle se retrouve chez TertuUien dans : De anima, 5o : le sommeil est qualifié de spéculum mortis ; De anima, 58, même expression.