Voy. Dict. des Ant., art. Funiis
horreur du contact de la mort et par crainte des incendies, quand il s'agissait de crémation, que par hygiène '. Les chrétiens marquèrent généralement une grande répugnance pour les nécropoles païennes ^ : ils purent les adopter, les purifier, les sanctifier ^, mais il ne semble pas qu'ils les aient partagées de leur plein gré, et ils préférèrent leurs cimetières propres. Dans ces cimetières, ils s'habituèrent à orner particulièremennt la tombe des morts illustrés par leur trépas et bientôt aussi par leur vie, au besoin par leur naissance ou leur fortune ; car, après le triomphe, la pompe de la sépulture et le luxe du sépulcre redevinrent une des formes de la vanité humaine, comme ils l'avaient été parmi les païens *. Dans l'impuissance où se sentaient les artistes chrétiens d'égaler les anciens sculpteurs profanes, ils se mirent à rechercher leurs œuvres et à les adapter à la sépulture des morts de marque. Quelques symboles chrétiens suffisaient à masquer l'origine païenne d'un sarcophage dont on ne considérait plus que la beauté. C'est ainsi que Charlemagne sera enseveli dans un sarcophage antique représentant l'histoire de Proserpine \
En même temps, la foi qu'on plaçait dans l'intercession des saints martyrs et le désir qu'on avait de la faire servir au redoutable voyage *', tendit à s'exprimer sous un forme naïve; on se mit sous la protection du martyr, en se faisant enterrer à côté de lui. Or, il était également naturel de transporter dans un sanctuaire urbain les restes glorieux qui pouvaient servir à protéger la cité tout entière ; les tombes des fidèles notables les y suivirent et bientôt tout le peuple des morts entra dans l'Église, ou se pressa autour d'elle \
1. Le Blant, Inscr. clirét., II, p. 220 et notes, a réuni les principaux textes païens relatifs à cette législation des sépultures.
2. Voy. dans Cypr., Ep. 68, l'interdiction formelle d'ensevelir les fidèles dans les cimetières païens ou réciproquement.
3. Des inscriptions païennes, trouvées au môme lieu que des inscriptions chrétiennes, à Trêves, ont prouvé que les vieux cimetières de cette ville avaient servi aux païens, avant que d'ctrc utilisés par les fidèles: Le Blant, Inscr. clirét., I, n" 274 et n.
4. Le luxe des funérailles et du tombeau nous est nettement attesté dès August., Enarr. in Psalm. XLVUI, i3; sans compter les enseignements que nous fournissent les catacombes.