ApoL, 49 : ... in spe aeterni refrigerii
2. Il s'en suit que les inscriptions funéraires chrétiennes, vraiment antiques, ne nous apprennent rien sur ceux dont elles relatent la mort. Voy., en commentaire : Hieron., Epitaph. Lticini Bœtici, Epist. ad Theodoram : Et si adhuc in carne positi et renati in Christo, non sumus Graecus et barbarus,
servus et liber quanto magis cum corruptivum hoc induerit incorruptioncm
et mortale hoc induerit immortalitatcm. Rapprochez de Encologium eccles. graec, éd. Goar, p. 569 : Officiiim funereiim in sacerdotem vita functum. Toutes les qualités séculières disparaissent à l'heure de la mort desant celle de chrétien ; c'est la seule que Dieu considère.
païens, en évitant toutefois l'idolâtrie '. Tertullien est assez logique pour accorder de même que le chrétien ait le droit d'aller dîner chez des amis païens, toujours sous condition de s'y bien tenir et de ne point verser dans les pratiques idolàtriques. Il est hors de doute qu'une telle concession devait beaucoup lui coûter, car les festins de l'Empire n'étaient pas toujours des réunions très décentes, si nous en jugeons non pas par Pétrone, mais par Lucien \ Si grande que fût la volonté du chrétien de ne rien voir et de ne rien entendre, il était toujours à craindre que son effort fût impuissant, que sa vertu ne sortît point indemne de l'aventure. Au reste, les propos païens, au besoin, les cérémonies païennes, les railleries des convives sans tact, ou seulement leurs inadvertances, la gêne qui pouvait résulter pour lui, si préoccupé de cas de conscience et de foi, de la seule présence de ces idolâtres déchaînés, tout cela devait l'éloigner de leur festin, dans la secrète pensée et le profond désir de Tertullien. Mais force lui était de s'en tenir à des recommandations qui, strictement suivies, obligeaient le vrai chrétien à fuir de semblables festins, au plus après une seule expérience. Il ne pouvait aller jusqu'à l'interdiction, et cela pour deux raisons.
La première, pour ainsi dire de doctrine, puisqu'une tradition apostolique avait réellement force doctrinale : S. Paul avait, en effet, permis les repas avec les infidèles; il avait même enjoint d'y manger ce qu'on y servait, en toute simplicité de conscience, sans rechercher, par exemple, l'origine des viandes ; il était difficile de revenir sur cette tolérance. La seconde, toute de pratique : il est évident que beaucoup de fidèles ne brisaient pas tous les liens de parenté ou d'amitié qu'ils pouvaient avoir, du jour où ils devenaient chrétiens et que la force du fait journellement accompli suffisait à imposer, même à Tertullien, la tolérance qu'il admet. Elle ne se confirma pas avec le temps, au contraire. Clément d'Alexandrie se retranche derrière l'Apôtre, mais il laisse voir, entre parenthèse, son propre sentiment, qui est celui de Tertullien : « Si, dit-il, quelqu'un des infidèles nous invite et que nous jugions à propos d'accepter (car il est bon de ne pas fréquenter chez les hommes insolents), l'Apôtre nous ordonne de manger de tout ce qui nous est servi, pourvu que nous le fassions avec indiflerence et que nous n'oubliions pas la bonne tenue qui sied à un chrétien \ »
1. De idol., 14 : Licet convivere cum ethnicis Pares anima sumus, non
disciplina, compossorcs mundi, non crroris.
2. Voy. dans le Dict. des Ant., l'art. Commissatio, p. i3-j3 et s.
3. Pedag., II, 1,1 et s. — Son peu d'enthousiasme pour les banquets païens se marque encore dans Strom., VII, 7, 36 : le vrai gnostique fuit tout ce qui a pour effet d'amorcer les passions; il luit particuiiùrcment les festins, à moins
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Ailleurs, il dit incidemment qu'il convient d'éviter la fréquentation et le festin du méchant (xoO àof/.oo). Le méchant, ce n'est pas spécialement un païen, mais, par définition, un païen n'est-il pas tou- )Ours dépourvu de la justice ? Bientôt de telles promiscuités furent interdites par l'usage, du moins aux prêtres, et, à l'époque indécise et curieuse où le christianisme, officiellement triomphant luttait contre le paganisme, maître encore des usages et des habitiides on voit la restriction s'affirmer chez S. Ambroise ' et S. Jérôme ' Cette restriction, qui a tout à fait l'air d'une exception maintenue pour les clercs, montre combien la pratique de ces fêtes intimes était courante parmi les simples fidèles. Bientôt les conciles s'eil préoccupent et ils interdisent les festins adultères \ même à ceux qui prendraient la précaution d'apporter leur nourriture. Mais quand ces défenses formelles surviennent, le christianisme est sûr du^ triomphe, et les païens sont vis à-vis de lui dans la situation qui avait été si longtemps la sienne vis-à-vis d'eux ; les frères sont assez nombreux pour festoyer en famille.
De bonne heure, il s'était posé une question plus grave que celle de ces festins mixtes. L'amitié entre chrétiens et païens pouvaitelle aller jusqu'au mariage? Il est hors de doute que les premiers chrétiens ne concevaient pas que ce fût possible ; aussi bien S. Paul et les plus anciens écrivains chrétiens ne s'en préoccupent-ils pas. Ils ne s'intéressent qu'à une question connexe : s'il arrive que, dans un ménage païen, l'un des deux conjoints seul devienne chrétien, que doit-il faire ? S. Paul donne la réponse, mais il la présente comme son avis personnel et non comme une prescription divine :
« Je leur dis, moi, et non le Seigneur ». Le chrétien ou la
chrétienne ne doivent pas se séparer de leur conjoint resté païen. Le mari païen est, en effet, associé à l'Église du fait de sa femme chrétienne, la femme païenne du fait de son mari chrétien, et les enfants sont membres de la communauté. Toutefois, si celui des deux qui est païen veut se séparer, qu'il se sépare. « Le frère et la sœur ne sont point liés dans ce cas-là '. >> Ce fut désormais la règle, mais il est probable que les choses n'allaient pas toujours seules, si nous en jugeons par l'histoire que nous raconte S. Justin dans la seconde Apologie. Une femme qui, convertie et incapable
qu'il n'espère y trouver une réunion de frères communiant dans le même esprit que lui.
1. De offic, ministr., I, 20, 86: Maxime ministrorum officiis arbitrer declinare extraneorum convivia ; De virginibus, III, 6, 27 et s.