‹ TertullienChapitre 519 sur 561 · Ad uxor., II · texte numérisé non relu

Ad uxor., II

tianisme ' ; et la vie du chrétien, particulièrement sa vie domestique, devait être comme imprégnée de prières ^ de démonstrations diverses de piété, depuis le signe de la croix jusqu'au jeûne. Si, d'ailleurs, le chrétien ne doit pas exposer sa foi au décri des impies, il ne doit pas non plus garder sous ses yeux, d'une manière permanente, le spectacle de cérémonies païennes et subir le contact constant des païens, comme devait le faire une chrétienne dans la maison d'un païen \ Ces difficultés existent sans doute aussi bien pour la femme convertie qui demeure près de son mari infidèle, mais, au moins, elle ne les a pas recherchées; elle les supporte de son mieux \

La question fut réglée, au moins durant Tâge des persécution, conformément au sentiment de Tertullien : le mariage voulu entre fidèles et païens fut sévèrement interdit par l'Église '*. Mais la pratique contredit assez fréquemment le précepte et il se trouva des chrétiens pour interpréter la tolérance de S. Paul dans le sens le plus large, d'ailleurs indiqué et désapprouvé par Tertullien. S. Cyprien, énumérant les vices dans lesquels l'Église est tombée durant une trop longue paix, met en bonne place le fait de s'unir aux infidèles par le lien du mariage et de prostituer aux gentils les membres du Christ \ Rien ne montre mieux combien le christianisme reste réellement peu isolé dans la vie courante de la société romaine, rien ne détruit mieux la légende que nous avons dans l'esprit et qui nous représente les chrétiens et les païens comme deux sociétés en état permanent d'hostilités. Cette idée fausse, si communément répandue, tient à ce que nous ne pouvons nous défendre, en parlant de l'Église primitive, de la confondre avec le christianisme primitif et que nous ne pouvons, en pensant à l'un et

I Ad uxor., II, 5.

2. La vie du chrétien doit être une perpétuelle prière, une constante élévation vers Dieu, en tout lieu et à toute heure : De orat., not. 24 et ib ; Cyprien, De dominica orat., 35 ...instemus per totum diem etoremus... nuUum de nocturnis tenebris esse orantibus damnum potest. Toutefois, certaines heures sont plus favorables à la prière : tertia, sexta, nona, quas solemniorcs in scripturis : [De oratione, 25; voy. égal. Dejejun., 10). Il sutîit d'ailleurs de parcourir l'Eucologe de l'Église grecque (Ed. Goar) pour voir à quel point la pr'ère, et surtout la formule de prière, envahit la vie chrétienne. Voy., parmi les exemples curieux : p. 375, Oratio in prima capillorum detuntione ; p. 376, Or. ad tondendum piierum; p. 5gg, Or. in piiteiim contaminatum ; p. 602, Or. super vase coinqiiinato; p. 691. Or. in putei defossione.

3. Voy. d'ailleurs dans ApoL, 3, la peinture du trouble qu'apporte dans la famille païenne l'introduction de la foi chrétienne : Uxorem iam pudicam maritus non zelotypus ciecit, filium iam subiectum pater rétro paticns abdicavit, etc.

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