Cypr., Tcstim
5. Cypr., De lapsis, 6 : ...iungere cum intîdelibus vinculum matrimonii, prostituere gentilibus membra Christi.
à l'autre, nous détacher du souvenir des persécuteurs et des écrits des polémistes chrétiens '. Prise dans son ensemble, la littérature chrétienne primitive est tout naturellement une littérature d'opposition au paganisme; on peut même dire qu'il était impossible qu'elle fût autre, mais la pratique nous laisse voir un état de choses tout différent de la théorie et de la doctrine. C'est en nous attachant aux faits eux-mêmes et non aux préceptes, que nous comprenons qu'à un moment donné l'Empire ait pu devenir chrétien. La société romaine a été longtemps un mélange plus ou moins chaotique d'opinions, d'idées, de tendances; les éléments qui la composaient n'étaient point égaux en quantité, non plus qu'en qualité; peu à peu, l'un a gagné sur l'autre, a occupé la plus grande place et rompu l'équilibre général en sa faveur. Il y a là un fait social complexe, lentement développé mais très certain et dont ces mariages mixtes nous permettent de saisir un des aspects. Ils devinrent si fréquents, durant cette époque de transition qui suivit l'édit de Milan, et au fur et à mesure que le christianisme approcha davantage de l'heure du triomphe définitif, qu'il se trouva au moins un illustre docteur pour les justifier. C'est S. Augustin lui-même. Son père était païen et n'était entré dans le christianisme que très tard; sa mère, née chrétienne, l'avait cependant épousé; de même dans ses Confessions nous apparaît son ami Verecundus, qui, ayant épousé une chrétienne, ne se fit lui-même chrétien que durant une très grave maladie \ Or S. Augustin admet très bien que celui des deux époux qui est chrétien sanctifie l'autre et que les enfants des deux soient sanctifiés ; à ses yeux, un mariage de ce genre est une étape vers la conquête d'une âme nouvelle \ Il n'ignore pas que, selon l'opinion de S. Cyprien, c'est prostituer aux Gentils les membres du Christ, mais cette opinion n'a plus généralement cours au iv^ siècle ; on n'estime plus que l'union mixte soit un péché; on se fonde, pour justifier cette modification de la vieille tradition, sur l'absence de textes précis dans le Nouveau Testament \
Au reste, le parti de l'interdiction rigoureuse qui, sans être peut-être très nombreux, demeurait irréductible et pouvait avancer
1. Si nous n'avions, par exemple, pour nous guider dans l'étude des sentiments chrétiens, que les Testimonia de S. Cyprien et que nous imaginions tous les frères calqués sur ce guide du parfait fidèle, nous ne comprendrions pas qu'ils aient pu vivre au milieu de la société païenne; mais, entre l'idéal et la réalité, il demeura toujours une belle distance.