III, 167, 3i, Hilario
s'il restait païen; elle pouvait même l'aimer assez pour hésiter entre lui et la foi et ne pas le sacrifier à celle-ci, contrairement aux préceptes du Seigneur; c'était donc une mesure de prudence qu'édictait S. Paul, en même temps qu'une facilité de propagande qu'il fondait. Peut-être aussi l'Eglise avait-elle lieu de craindre d'augmenter la haine contre les chrétiens, si elle joignait ses excitations aux difficultés qui surgissaient spontanément, et pour le plus grand dommage des chrétiens, dans certains ménages mixtes \
S. Paul, en affirmant sa tolérance, est donc en définitive poussé par deux considérations qui, étant contradictoires, l'arrêtent à une attitude un peu indécise. Il a peur des contacts trop intimes entre chrétiens et infidèles, car il les Juge dangereux et peu décents, sinon sacrilèges, comme Tertullien le dira pour lui ; d'autre part, il ne veut pas engendrer le trouble et soulever des conflits dangereux dans les ménages semi-chrétiens. Il espère que celui des deux époux qui est converti gagnera l'autre ; c'est pourquoi il ne préconise pas et, sans doute, n'admet pas, les mariages mixtes, et garde sur eux un silence prudent; c'est pourquoi aussi il recommande aux fidèles de demeurer fermes dans leur devoir matrimonial, de ne point rompre leur union par leur volonté et pour un motif de foi ; il est donc surtout guidé par une espérance de conversion.
Tertullien est plus net, il interdit les mariages mixtes et il insiste particulièrement sur les inconvénients qu'il y a à maintenir l'union conjugale quand la foi gagne un des conjoints; c'est qu'il s'attache plus aux dangers que peut courir la foi qu'à Tespérance de la propager. La seule raison sérieuse qui, à ses yeux, pourrait maintenir un lien entre époux ainsi dissociés par la différence de religion, réside entièrement dans le désir que garde celui qui est chrétien de voir la grâce divine tomber aussi sur l'autre, et dans la confiance qu'il a que son exemple et sa parole pourront hâter ce moment heureux. Or, cette idée paulinienne ne se rencontre pas chez Tertullien. Il ne repousse évidemment pas le principe de la conversion des païens, puisque le Christ est mort pour tous les hommes, mais, il est remarquable que lui, qui a tant donné de conseils, n'en a pas trouvé pour ceux qui cherchaient à augmenter le nombre des fidèles; tout ce qu'il sait faire, c'est de constater en triomphant que ce nombre croît \ Cette froideur de propagande qui contribue encore à fermer l'Église telle qu'il la conçoit, tient surtout, à mon sens, à une double et fondamentale conviction que nous avons si