Dupuy, op. cit., p
même, cette question étrange, puisqu'il a envoyé à la mort ceux qui ont persisté à garder le nom de chrétiens. Si on songe que les chrétiens ont toujours fortement insisté sur cette idée : ce n'est que le nom qu'on peut punir et qu'on punit en nous, qu'ils cherchaient à l'établir, en répétant sans se lasser qu'ils n'étaient ni voleurs, ni adultères, ni coupables d'aucun autre crime que d'être chrétiens, on sera tenté de voir dans la phrase que nous étudions une interpolation chrétienne '. Sans doute sentira-t-on cette impression accentuée par la question relative aux enfants, laquelle peut être destinée à jeter l'odieux sur ces persécuteurs qui ne respectent ni la faiblesse de l'âge ni celle du sexe. Enfin, on peut remarquer que, même en supprimant ces quelques lignes suspectes, ce qui demeure conserve un sens et ne semble pas décousu.
Pline relate ensuite à Trajan les mesures provisoires qu'il a prises : après trois sommations adressées à ceux qui étaient accusés d'être chrétiens, il a fait conduire les obstinés au supplice \ On s'en est étonné et on a puisé dans cette phrase un argument en faveur de la non authenticité de la lettre. On n'envoie pas — diton — les gens à la mort parce qu'ils sont obstinés; si médiocre que soit Pline, « ses défauts ne sauraient s'accorder avec un pareil abus de pouvoir absolu ' ». Je ne partage pas cette manière de voir; il est certain qu'il s'agit, en l'espèce, dliumiliores, avec lesquels il n'était guère d'usage de prendre beaucoup de formes et dont l'entêtement pouvait sembler un crime suffisant pour mériter la mort \ C'est faire une supposition gratuite que de dire : Pline n'a pas fait cela parce qu'il ne nous semble pas capable de l'avoir fait. 11 était envoyé en Bithynie pour y rétablir le bon ordre que Trajan y jugeait mal assuré ■'; il est tout aussi simple de supposer qu'il a agi avec vigueur parce qu'il voyait vaguement le danger que recelait
1. Athenag. Leg-., i. —Justin, I ApoL, 4; IIApoL, début et 2. — Tert., yljoo/., 2 : Confessio nominis non examinatio criminis... Ideo torquemur confitentes... quia nominis praelium est. — ApoL, 3; Ad. nat., I, 4. — Cyprien, Testim. III, 37. etc. — Les textes évangéliqucs eux-mêmes établissaient d'ailleurs cette opinion : Marc, Xlll, i3; Math., X, 22; XXIV, 9; Luc, XXI, 12; 17; I Pétri, \V, 14, etc. — Elle s'explique très bien par la seule tranquillité de la conscience des chrétiens, sans qu'il soit nécessaire de supposer que vraiment on ait interdit le nom pour simplilier les choses.
2. Interrogavi ipsos, an essent christiani : confitentes iterum ac tertio interrogavi, supplicium minatus : persévérantes duci jussi.