‹ TertullienChapitre 81 sur 561 · Epist., X · texte numérisé non relu

Epist., X

l'existence illégale d'une association religieuse. Mais c'est là une hypothèse à peu près aussi gratuite que l'autre. C'est pourquoi il convient de les rejeter toutes deux et de conclure que, si extraordinaires que nous paraissent les mesures préventives de Pline, il nous est impossible de démontrer qu'il ne les a pas prises, ou n'a pas pu les prendre. Laissons donc cela.

Pline, après les premières exécutions, reçoit un grand nombre de dénonciations anonymes et faites un peu à la légère ' ; c'est très naturel : sa rigueur a encouragé les délateurs ; mais il lui faut alors songer à prendre quelque mesure générale. Il a l'idée de se rendre dans un temple, d'y faire conduire les accusés et d'exiger d'eux une invocation aux dieux, une libation devant l'image de l'Empereur, une imprécation contre le Christ \ Cette phrase éveille le soupçon pour diverses raisons. Les démonstrations qu'il réclame des accusés sont semblables à celles qu'exigent toujours les juges païens placés en présence de chrétiens; ce sont celles qui se retrouvent à chaque pas dans \qs, Actes des Martyrs. Je ne vois guère d'un peu singulier que la malédiction contre le Christ; c'est une pratique juive qui surprend un peu ici, sans être d'ailleurs inexplicable :1e reste est très vraisemblable. M. Havet admet qu'à l'époque de Pline, les magistrats se contentaient encore d'une simple affirmation quand ils avaient à interroger des chrétiens. Je n'en sais rien, et, serait-ce certain, que la question présente n'en serait point résolue, puisque Pline nous donne sa procédure comme empirique et absolument personnelle. Mais — dit-on — ^ s'il a vraiment fait ce qu'il raconte, pourquoi joue-t-il l'ignorance au début de sa lettre? Il la connaît très bien la procédure, il sait comment on l'applique. Cet argument, qui n'a pas mauvaise apparence, n'est pourtant pas sans réplique : on peut supposer que Pline a été conseillé par des officieux, peut-être par des Juifs, ce qui expliquerait la malédiction du Christ, qui nous surprenait tout à l'heure. A mon sens, nous sommes désarmés devant cette phrase.

Il n'en est pas tout à fait de même de la suivante : « Rien de tout cela, dit-on, ne saurait être imposé à ceux qui sont vraiment chrétiens '*. » M. Havet devine là une main chrétienne; je crois l'y

1. Mox ipso tractatu, ut fieri solet, difFundente se crimine, plures species inciderunt. Propositus est libellas sine auctore, multorum nomina continens, qui negarent se esse christianos, aut fuisse.

2. Quum, praeeunte me, deos appellarent, et imagini tuae, quam propter hoc iusseram cum simulacris numinum afferri, thure ac vino supplicarent praeterea maledicerent Christo dimittendos esse putavi.

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