Epist., X
Dans une de ses lettres ', Trajan insiste sur des gaspillages qui se sont produits à Nicomédie, il réclame une enquête et demande à être informé de ses résultats '. Or, rien, dans la suite de la correspondance, ne fait allusion à cette affaire; il est pourtant probable que Pline a obéi. Le début de la Lettre 65 annonce Tenvoi d'instructions impériales, nous n'en entendons plus parler. Beaucoup de questions ne nous semblent nullement tranchées par la double lettre qu'échangent à leur propos Pline et Trajan et cependant, depuis la Lettre 28 (la première envoyée de Bithynie), une seule affaire, qui a trait à la construction d'un canal, est, à ma connaissance, abordée deux fois \ Qu'en conclure ? Ou qu'une partie des lettres s'est perdue, ou que les affaires sur lesquels Trajan donnait son avis à titre privé, se poursuivaient administrativement ; c'est cette dernière supposition qui me paraît probable et si elle est telle, il n'y aurait rien de surprenant à ce que Trajan n'insistât pas plus qu'il ne le fait dans sa réponse et qu'il ne fût plus question des chrétiens dans les autres lettres du Livre X : les bureaux ont pu poursuivre et achever cette affaire.
Une objection plus solide est formulée par Havet '* ; il remarque qu'aucun contemporain ne dit mot de la lettre de Pline et de sa réponse, que tout particulièrement le silence de S. Justin est étrange. C'est vrai, car un apologiste un peu habile pouvait tirer un sérieux argument en faveur de l'innocence du christianisme, de la déclaration des apostats; Havet conclut que la lettre n'existait pas encore au temps de Justin. Il faut au moins admettre qu'elle n'était pas publiée, ou qu'il ne la connaissait pas, ce qui est déjà assez étonnant. La Lettre des Églises de Vienne et de Lyon, dont nous parlerons dans un instant, fait mention d'un rescrit de Marc-Aurèle, qui semble une simple reproduction de celui de Trajan, sans même faire allusion à ce dernier, et cela est encore surprenant.
Reste le témoignage de Tertullien ; il parle lui, ou semble parler, de la lettre de Pline et de la réponse de Trajan ^ : « Et cependant, dit-il, nous trouvons interdite la recherche qu'on pourrait faire de nous. Ainsi Pline, étant gouverneur de province, condamna quelques chrétiens, en chassa quelques autres de leur place; mais troublé par la multitude même des fidèles qui restaient encore et ne sachant qu'en faire, il prit l'avis de l'Empereur Trajan; il lui