Peregrinus, i
3. M. Croiset, Mem. de IWcad. des Se. et Let. de Montpellier, VI, p. 490, qui combat la date i65 donnée par TiHemont, II, p. 472, d'après Saint Jérôme.
blable si on la fabriquait. Qu'on remarque d'abord que l'affirmation la plus nette du nombre est indépendante de l'accusation d'apostasie ', qu'on rapproche de cette remarque celle que nous faisions plus haut à propos du quorum nihil cogi posse diciintur, qui est comme une excuse, une justification anticipée, qui lave rÉglise de la lâcheté des faux chrétiens et l'hypothèse de l'interpolation semblera peut-être moins inadmissible.
La lettre de Trajan n'inspire, au premier abord, aucun doute sérieux : cependant on peut remarquer que l'Empereur, d'ordinaire si précis, s'y contredit franchement. Il commence par déclarer qu'en la matière il ne saurait y avoir de principe général et, tout aussitôt, il en pose un ^ : ne pas rechercher les chrétiens; punir ceux qui sont régulièrement accusés et s'obstinent. On peut s'étonner aussi qu'il ne fasse aucune observation sur le rapport de Pline, ce qui porterait à croire qu'il n'était pas d'une exigence extrême. On peut encore trouver étrange son imperialis brevitas^ après les doutes que Pline a manifestés. Mais ce que dit Trajan suffit à la rigueur et dans les autres lettres de ce dixième Livre, il n'entre jamais dans de très longues explications ; c'est pourquoi je ne crois pas qu'on puisse rien tirer de probant de l'étude de ces quelques lignes.
Quittons un moment notre texte et jetons un coup d'œil aux alentours. Nulle part ailleurs, dans la correspondance de Pline, il n'est question des chrétiens ; mais, si c'est curieux, ce n'est pas inexplicable. D'abord, la correspondance entre Pline et Trajan peut rouler sur des questions d'administration, ce n'est pourtant pas, à proprement parler, une correspondance administrative : c'est un échange de lettres privées qui passe par-dessus la tête des bureaux et qui se superpose à la correspondance officielle sans la supprimer. Pline, a été amicalement autorisé à soumettre directement ses doutes à l'Empereur ^ et il en use. Ses lettres se présentent comme des consultations sur des points précis et Trajan y répond précisément. Nous n'avons certainement pas toute la correspondance échangée entre le gouverneur et l'Empereur ; en voici la preuve :
1 . Multi enim omnis aetatis, omnis ordinis, utriusque sexus et iam vocantur in periculum et vocabuntur.
2. Neque enim in universum aliquid, quod quasi certam formam habeat, constitui potest. Conquirendi non sunt : si deferantur et arguantur, puniendi sunt. — M. Dupuy sent, dans la première phrase, « l'épuisement d'un faussaire à bout d'haleine, qui n'a plus rien de précis à dire et qui n'ose se répéter » ; on y peut sentir aussi bien l'embarras de Trajan, qui ne sait trop que dire sur une procédure mal fixée et dans un cas grave où Pline a déjà pris de grosses décisions.