‹ TertullienChapitre 93 sur 561 · Neumann, Der rôm. St., p · texte numérisé non relu

Neumann, Der rôm. St., p

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puisqu'il y avait alors deux Empereurs; s'il s'était agi simplement — comme le veut Aube — du rescrit de Trajan à Pline, il semble qu'un magistrat aurait été plus précis dans sa citation et aurait montré plus de respect à un divus ; il faudrait donc supposer, pour expliquer l'omission de L. Verus, qui ne meurt qu'en 169, ou une erreur de quelque copiste chrétien ou une faute de restitution.

Au reste, quelle que soit la valeur de toutes les hypothèses relatives aux Actes de Samt Justin et en admettant môme qu'ils soient apocryphes, il n'en demeure pas moins très vraisemblable que c'est d'un édit nouveau et général que veut parler Méliton; il est tout aussi vraisemblable qu'il s'agit de celui que signalent Modestinus et Paul et que c'est à son propos qu'écrit Bardesanes '.

Je ne vois pas que l'attribution à Marc Aurèle d'une lettre favorable aux chrétiens, prouve que, de son vivant, il n'a pas rendu un édit contre eux. D'abord personne ne prétend que le rescrit du Digeste n'ait été dirigé que contre eux ; il avait un caractère général et visait peut-être également les religions orientales et la manie prophétique \ Il n'est pas impossible que les chrétiens n'aient point voulu se croire, ou ne se soient pas crus visés : l'hésitation de Méliton s'expliquerait assez bien par cette hypothèse. Les magistrats se sont chargés d'interpréter et d'appliquer aux cas particuliers, selon leurs impressions ou leurs passions, une ordonnance d'ensemble. Je ne vois pas quelle incompatibilité il y a entre ce fait et cet autre : il s'est produit — probablement en 174 — un incident de guerre que les contemporains ont jugé miraculeux : les païens l'ont attribué à Jupiter Pluvius, les chrétiens en ont fait honneur à leur Dieu ^ et ils ont authentifié le miracle en imaginant que Marc Aurèle lui-même l'avait reconnu. Logiquement il devait s'en suivre une grande bienveillance de l'Empereur à l'égard de ceux qui l'avaient sauvé : elle s'afiirme dans une lettre apocryphe. Qu'est-ce que cela prouve? La tradition chrétienne primitive place une grande persécution sous Trajan, dont le règne compte très peu de martyrs; elle n'en place pas sous Marc Aurèle, dont le principat

1. Si on n'admettait pas qu'il fût possible de rapprocher la mort de Justin et VApologie de Méliton; si on avançait cette dernière en deçà de 177, vers 180, il ne s'en suivrait en aucune manière que le rescrit du Digeste ne s'est pas appliqué aux chrétiens; mais alors, au lieu d'être le premier rescrit de Marc Aurèle, il serait le second et comme une sorte de généralisation de celui qui est envoyé en guise de réponse au légat de la I" Lyonnaise en 177. Nous supposons, pour le moment, admise l'authenticité de la Lettre des Églises de Vienne et Lyon, que nous allons étudier dans un instant.

2. Voy. Capitolin., Pertinax, 4, sur les troubles qu'excitent en Afrique des prophéties de prêtres de la Dea Caelestis.

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