Eus., H, E., V, 5, I et s
semble en compter beaucoup plus et qui a, dit-on, renouvelé l'édit de Trajan à propos de l'affaire de Lyon. Cela veut simplement dire que la légende se forme souvent en dehors des faits exacts, qu'elle obéit à certaines nécessités de polémique ou d'apologie et qu'elle ne saurait être invoquée contre un texte.
Mais si ce texte existait, pourquoi le légat de la I'^ Lyonnaise ne s'en est-il pas tenu à lui et a-t-il cru nécessaire de s'adresser directement à l'Empereur pour lever ses doutes. Il est entendu que le premier rescrit aurait un caractère général, visant tous les troubles sortis d'une agitation religieuse. A nous en tenir aux termes de la Lettre citée par Eusèbe ', nous ne savons pas comment s'est engagée l'affaire de Lyon : il y a eu dans la ville, contre les chrétiens, un mouvement populaire dont nous ignorons la véritable origine. L'Église de Vienne, et surtout celle de Lyon, étaient récentes et vraisemblablement composées d'étrangers peu nombreux ^ : leur nationalité les rend-elle assez suspects pour donner du corps aux mauvais bruits qui circulent dans le peuple contre les chrétiens? C'est probable. Sommes-nous simplement en présence d'un mouvement religieux provoqué au cours de quelque fête de Rome et d'Auguste contre les impies? C'est possible. Ne serait-ce pas plutôt un contre coup du premier rescrit de Marc Aurèle, qui se serait produit, ainsi que le dit Méliton pour l'Asie, sous la forme de vexations populaires '? C'est encore possible '*. En réalité, nous l'ignorons; mais peu nous importe pour le moment. L'important c'est ceci : ces hommes, que la populace poursuit, sont arrêtés par les magistrats locaux et traduits devant le légat impérial; on torture quelques-uns de leurs esclaves, lesquels avouent tout ce qu'on veut. Leur aveu a pour résultat d'introduire une question de droit commun dans l'affaire et la preuve c'est que confesseurs et renégats sont également tenus en prison. Les exécutions sont commencées quand on reconnaît qu'un des inculpés est citoyen romain : alors le légat demande des instructions à Marc Aurèle. Pourquoi, puisqu'il avait commencé les exécutions ? L'avait-il fait de son autorité privée ? Peut-être ; toutefois le précédent édit, si nous l'admettons, suffisait parfaitement à l'y autoriser ; il avait affaire à des individus que la pression populaire l'incitait à faire entrer dans les catégories