MISÈRE DÉ LA VIE Ï)V SIÈCLE
donnent le nom de bien à ce dont ils n'usent que pour le 7?ial.
Faux bonheur et vrai bonheur.
Peut-être vous figurez-vous que ceux-là du moins sont en paix et tranquilles qui portent le bandeau de la souveraine puissance, en qui brille l'éclat de la royauté, autour de qui des soldats armés montent la garde : ceux-là tremblent plus que les autres. Craint, le prince est forcé de craindre. Il doit payer un tribut de peines proportionné à sa puissance : il a beau être protégé «par une troupe de soldats, avoir à ses côtés une forte garde du corps. La sécurité dont ils ne permettent pas à leurs sujets de jouir leur manque inévitablement à eux-mêmes. Ils sont les premiers à trembler, eux dont le pouvoir fait trembler les autres. La fortune leur sourit pour leur être cruelle, elle les "flatte pour les décevoir, elle les élève pour les abaisser. Par uûe sorte de malfaisante usure, plus grande est la somme des dignités et des honneurs, et plus est élevé le taux des souffrances à payer!
S'attacher à Dieu seul, voilà le secret du bonheur durable.
Il n'est donc qu'une paix tranquille et sûre, qu'une sécurité stable et ferme : c'est d'être
48 LA VIE CHRÉTIENNE ET fcA VIE PAÏENNE*
sorti des tourments d'uni siècle toujours agité, d'être à l'ancre dans le port du salut. On lève alors vers le ciel des regards détachés de la terre ; et admis désormais à participer au don de Dieu, rapproché de Dieu par l'état de l'âme, oiï ëèt fier de penèér qu'il n'y à rièh dans tout ce qtie les âtitréë coiisîdèrëiit coniMé grand et élevé qui ne soit Bien bas àu-dëss6tis dé ce que Fôiî sent ëii éoi.
Le don divin à rabri des niaiix du siécie*
Le îïidnde ti'a fieîi que piiiéâe éô'iiîiâitér^ que puîsëë règi-etter Celui qui est plùë grafid que ïé monde. Quelle sâiifeg'ài'de Sûre, îiié^ bf ànlablê, quel céleste abri potir dés biéîis durables, que ï'étàt de 6èlÙi qni s'est dëgsigë dès ïîëns d'un itfônde sëducteiir, el tire de là boue d'icî-bàs pour mOÈiter â la pureté de là lumière éternelle! Pëii iriïpdrte le ravagé qù'iin ennemi perfide faisait àtipàrâvaiit ëh ïiôus : nous nous sentons davantage portés à sditiêt ce qiiê hoiis devons être,' qiiand il iiôus ëëi doiiné tout a la fois dé dO'fiïîaîtrè èi de cotïdamner ce que lidus étions. Et il n'est p'às besoin, pour arriver à ce résultat, d'argent, de brigue, d'accumulation d' efforts pour ériger à grands frais l'édifice d'une suprême dignité ou autorité humaine : le don de Dieu est gratuit tout ensemble, et facile à obtenir. G'est
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d'un mouvement spontané, comme le soleil répand son rayonnement, le jour sa lumière, la source son eau, la pluie sa rosée, que l'esprit céleste se répand sur l'âme. Dès qu'une âme a connu son auteur, en regardant le ciel, plus élevée que le soleil, au-dessus de toutes les puissances de la terre, elle commence à être en effet ce que la foi lui apprend d'elle-même.
Après ces développements généraux, saint Cyprien revient à Donat, et lui adresse une exhortation personnelle.
Pour vous qu'un enrôlement dans l'armée spirituelle a marqué du signe de la milice céleste, maintenez incorruptible, inviolée, la discipline qu'elle impose avec son enseignement, en pratiquant fidèlement les vertus qu'elle recommande. Soyez assidu tant à la prière, qu'à la lecture : parlez à Dieu et que Dieu vous parle, tour à tour. Que ce soit lui qui vous instruise, lui qui vous donne la forme par ses préceptes.
Celui que Dieu aura enrichi, personne ne l'appauvrira; nulle disette désormais pour l'âme qu'aura une fois rassasiée la richesse de la nourriture céleste. Les plafonds aux lambris dorés, les demeures aux murailles incrustées de marbres précieux, vous paraîtront sans beauté, quand vous vous serez rendu compte que c'est vous-même qu'il faut
parer, et que- votre vraie maison, est celle où le Seigneur a établi sa demeure comme dans un temple, celle où l'Esprit-Saint réside. Peignons cette maison des couleurs de l'innocence, éclairons-la de la lumière de la justice : ce n'est pas elle alors que la vétusté fera tomber en ruine, ou qu'enlaidira le défraîchissement des couleurs ou de l'or. Périssable, tout ce qui porte une fausse parure : les biens possédés qui ne sont pas véritables ne peuvent donner une sécurité durable à ceux qui les possèdent. La demeure dont je parle garde toujours la fraîcheur de sa beauté, l'éclat de sa parure, et sa splendeur est éternelle : elle ne saurait périr, ni se flétrir; il lui est seulement possible de revêtir une forme plus éclatante par la résurrection corporelle.
En voilà assez, très cher Donat, pour le moment, car si une patience que votre bonté rend indulgente, une âme établie solidement en Dieu, une foi pleine de confiance vous font écouter avec plaisir des paroles d'édification, si votre oreille n'accueille rien avec autant de reconnaissance que ce qui marque de la reconnaissance, nous devons cependant mettre de la discrétion dans nos entretiens : nous sommes ensemble et nous causerons souvent.
C'est maintenant vacances et loisir, et le jour d'ailleurs est déjà sur son déclin : passons dans l'allégresse cette fin de journée. Que l'heure