MISÈKE DE LA VIE DU SIÈCLE
justice des délits, en commet lui-même, et pour perdre un accusé innocent un juge se fait coupable. Partout le crime fait rage, et çà et là sous mille formes diverses, la funeste contagion envahit des âmes perverties et y fait ses ravages. Celui-ci suppose un testament, celuilà en signe un avec des complices et s'expose à la peine capitale. Ici ce sont des héritages dont on prive des enfants légitimes, là des biens qu'on lègue à des étrangers. L'ennemi accuse, le calomniateur dénonce, le témoin noircit.
Pour inventer des griefs, d'un côté comme de l'autre, l'audace d'une parole vénale et prostituée se donne librement carrière, et le coupable échappe, tandis que l'innocent est perdu. Aucun souci des lois, ni de l'enquêteur; du juge aucune crainte, car on ne craint pas ce qu'on peut acheter. C'est un grief d'être innocent au milieu de coupables : qui n'imite pas les méchants les offense. La justice a fait un pacte avec l'iniquité et cela devient légitime qui est le fait de tout le monde. Quel sentiment d'honneur, quelle honnêteté peut-il demeurer là où il n'y a personne pour condamner les criminels, et où ne l'on rencontre que des- gens méritant d'être condamnés.
Vanité des honneurs.
Mais peut-être paraissons-nous choisir exprès
44 LA VIE GHRÉtlENNE ET LA VIE PAÏENNE,
ce qu'il y a de pire, et dans un zèle d-abàT tage, promener vos regards- uniquetnent sur des spectacles tristes et odieux, capables de choquer les yeux, et de révolter la conscience des honnêtes gens; eh bien, voyons ensemble ce que l'ignorance du monjie appelle des biens ; et voâs verrez que là aussi, il y a des misères à fuir,
Ge que vous appelez honneurs, ce que vous appelez faisceaux, abondance de richesses, puissance militaire dans les camps, sons la pourpre du magistral éclatante splendeur, pouvoir entre les mains du prince : tout cela n-est que maladie insidieuse qui cache son virus, que sourire perfide sous une apparence trompeuse, misère cachée sous des charmes déêevànts.
C'est comme un poison : un art habile à tromper a saupoudré de sucre un suc mortifère, et sous l'arôme adroitement préparé, on croit prendre une boisson bienfaisante : à peine Pa-t-dn absorbée que la mort se répand par tout le corps.
Voyez-le, celui4à dont le vêtement éèlatant tire le regard, et qui s'admire lui-même sous la pourpre : aux prix de quelles humiliations a-t-il obtenu cette admiration! Quelles indignités n'a-t-il pas endurées; quelles portes n'a-t-il pas assiégées pour en saluer au matin le maître opulent, de combien de patrons n'at-il pas, pressé entre des troupes de clients,
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précède la ïiiarehe orgueilleuse j poilr être lûimème un jd^r l'objet des naêmes hommages^ et s'ayancer derrière un cortège, avec des honneurs rendus non à sa piersoiine, mais à son autorité : ce n'est pas en effet à son mérite qu'il les doit, mais à ses faisceaux.
On le voit d'ailleurs finir saUs gloire, quand le flatteur, à l'affût de l'opportunité^ s*est éloigné, quand rentré dauiS la condition privée, il ne voit plus autour de lui ceux qtii lui faisaient la eo]ttr, et reste abandpîiné sans honneurs* Alors il aperçoit les brèches ouvertes dans sat lortune dilapidée, l'épuisement de son patrimoine dépensé pour acheter la faveur du peuple^ et poursuivre de vœTix aussi vains qtîë fragiles le vent de la popularité. La sotte et vaine dépense, où l'on voulait par l'attrait d'un spectacle plaisant^ mais déeeyantj se ménager la feyeur publique? ! Le peuple ne devait rien reeevoiy, le magistrat devait tout perdre.
Vâfiité des fkhéssôs.
Mais ceux-là atissi que tu estimes riches^ qitti àjoutCBit propriétés à propriétés, qui écartant les moindres fortunes de leur voisinage,' étendent toujours phis loin des domaines sans fin et sans bornes, possesseurs d'une abondance d'or et d'argent qui s'empilent enî monceaux, ou s'enfoncent en tas cachés dans le
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sol; ceux-là aussi au milieu de leurs richesses sont en proie aux tourments et à Tinquiétude. Ils voient tout en noir : le voleur les dépouille, l'assassin les assaille, Tenvie d'un riche les chicane et les empêche de vivre tranquilles.
11 ne mange, ni ne dort en paix; au milieu du festin où il boit dans une pierre précieuse, on l'entend soupirer. Et quand il a plongé au creux profond d'un lit douillet son corps amolli par la bonne chère, il ne peut trouver le sommeil sur la plume. Il ne s'aperçoit pas, le malheureux, qu'il subit un supplice doré, que son or le tient enchaîné, et qu'il possède moins ses richesses, qu'elles ne le possèdent. Et quand il pourrait — ô détestable aveuglement, ô ténèbres profondes que répand sur son esprit une avidité folle — quand il pourrait se délivrer, et secouer son fardeau, il s'attache de plus en plus à ces biens qui le font souffrir, à ces trésors amassés d'où vient son tourment. Rien n'en sort : aucune largesse aux clients, aux indigents aucune part. Et ils appellent leur un argent qu'ils tiennent enfermé à huis clos, autour duquel ils montent une garde inquiète, comme s'il s'agissait de la propriété d'autrui, et dont ils ne donnent rien ni à leurs amis, ni à leurs enfants, ni à eux-mêmes. Ils possèdent à seule fin d'empêcher les autres de posséder — et par une singulière contradiction dans les termes, ils