‹ Tertullien et saint Cyprien [microform]Chapitre 3 sur 49 · I. Vie et œuvredeTertullien · texte numérisé non relu

I. Vie et œuvredeTertullien

Parmi les écrivains chrétiens d'Afrique, le premier par ordre de date si l'on ne tient pas compte de certaines relations de martyres, est Tertullicn (quinius Septimius Tlorens Tertuîlianus), On ignore également la date de sa mort et celle de sa naissance. Un témoignage de saint Jérôme^ nous apprend qu'il fleurit sous Sévère et Cara,calla, dont les règnes embrassent une période de 24 ans, de 193 à 211 et de 211 à 217. C'est un renseignement précieux quoique un peu vague. Une de ses œuvres maîtresses, VJtpologéHque, est de 1 97. Si on lui donne, au moment où il le composa, une quarantaine d'années, sa naissance se place-

1, D? YMsiU., LUI.

rait vers j6o, et c'est la date qu'adoptent de bons juges 1.

D'après le témoignage de saint Jérôme, il était Africain (c'est-à-dire de la province de Carthage) comme saint Cyprien, et comme lui, de Carthage même. Elevé dans cette grande ^ille païenne, païen lui-même comme sa famille, il eut une jeunesse orageuse^ dont il se reprochera plus tard les désordres. La vie de plaisir ne l'empêcha pas de travailler dans sa jeunesse. ]1 fait preuve dans ses écrits d'une culture littéraire très étendue. 11 étudia en particulier le droit, et dans ses livres les termes juridiques abondent, et leur donnent une couleur caractéristique. On croit même qu'il exerça la profession de rhéteur, comme saint Cyprien et saint Augustin. Mais la chose est moins sûre pour lui que pour ses deux illustres compatriotes.

A une heure de sa vie qu'on ne saurait préciser exactement, le christianisme l'attira et le conquit, sans doute par là pureté de sa morale, l'élévation de ses principes religieux, la charité qu'il inspire, et peut-être aussi par l'apaisement qu'il ofFre aux itiquiétuçi^s de la raison huniaine. H n'est pas converti de longtemps, semble-t-il, lorsqu'en 197 il entreprend de défendre sa foi, et avec une vigueur d'argumentation extraordinaire montre l'iniquité des persécutions dirigées contre les

1. Cf. P. Monceaux, Hist. litt. de l'Afrique Chrétienne^ t. 1, TerîitUien et les Origines ^ p. 178.

chrétiens. Après les païens ce sont les hérétiques et les juifs qu'il attaque avec la même violence.

Promu au sacerdoce, il continue d'écrire avec la même âpreté, la même intransigeance. Il cherche ardemment l'édification des fidèles, et non moins ardemment la confusion de ses adversaires. Le piquant portrait qu'en a tracé P. Monceaux^ montre bien le caractère original de son activité à cette époque : « Terrible adversaire, presque aussi dangereux comme allié, exclusif et têtu comme un sectaire, violent comme un tribun, avocat retors, d'autant plus redoutable qu'il sait rire au milieu de ses emportements, et qu'il met toujours les rieurs de son côté. »

« 11 fut prêtre de l'église africaine, nous dit saint Jérôme, jusqu'au milieu de sa vie », c'est-àdire jusqu'à l'époque où il passa au montanisme, et rompit avec les catholiques. Cette rupture est consommée en 21 3 comme le montre le traité "De la fuite en temps de persécution, écrit à cette date, et où il attaque les catholiques. Mais Tertullien inclinait vers le montanisme dès 207, et le dissentiment et la rupture devaient continuer jusqu'à sa mort. Ce qui est piquant, et qui montre bien l 'âpreté de son caractère, c'est qu'il finit par se brouiller avec les montanistes et fonda une secte nouvelle, celle des Tertullianistes. On ne sait à quelle date il mourut, mais ce fut après 217, car

1, Jiisf, un., 1, p. i83.

on a de lui un écrit dirigé contre un édit de Gailiste qui fut pape de 217 à 222.

Les écrits de Tertullién, qui fut beaucoup un homme d'action, ont dans les vicissitudes de sa vie un cadre tout approprié à leur répartition. Nous y distinguerons donc, comme fait P. Monceaux^, quatre groupes : il y aura 1 " les écrits de Tertullién laïque; 2'' ceux de Tertullién prêtre catholique orthodoxe; 3° ceux où il incline vers le montanisme; 4° ceux enfin où, la rupture avec le catholicisme étant consommée, il attaque les catholiques sous le nom de Psychiques.

Dans le premier groupe prennent place l'adresse Aux Martyrs, les livres Jlux J^aKonSy et VApologé' tique, trois ouvrages écrits en 1 97, et le Témoignage de Vâme, de peu postérieur.

Dans le deuxième groupe, se rangent des écrits où Tertullién parle en prêtre orthodoxe. C'est, vers 200, le traité Des Spectacles, puis, entre 200 et 206 environ, plusieurs traités ou opuscules de discipline ou de morale. Sur la Prière, Sur le Bap^ terne. Sur la Patience, dont on trouvera de larges extraits dans notre ouvrage. Sur la Pénitence, Sur la toilette des femmes, et le -^ ma femme, enfin deux ouvrages de polémique, le Contre Jfermogène, et le Contre les Juifs.

Le troisième groupe est celui des ouvrages que

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