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CHAPITRE PREMIER DEVOIRS PARTICULIERS AUX FEMMES

L'observation par les fidèles de la modestie chrétienne a été au temps des TertuUien et des Cyprien un de leurs plus pressants soucis, comme il l'est encore aujourd'hui pour nos évêques et nos prêtres.

Les deux livres que Tertullien a écrits à ce sujet sur la toilette des femmes^ sont encore pleins d'actualité, la coquetterie féminine qui est de tous les temps, semblant s'être encore exaspérée à la suite de la guerre mondiale. On y retrouve une vive image du caractère et du talent de l'auteur, et c'est à propos de ces livres qu'un bon juge (1) a pu écrire de lui : « Sa sévérité de moraliste, servie par une merveilleuse justesse de coup d'œil, et un rare bonheur d'expression ia fait de

(1) P. Monceaux, Terlutlien, p. 380.

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lui un habile peintre de mœurs, à la façon de Pétrone et d'Apulée ».

Dans le deuxième livre, Tertullien, après un début plein de modestie, commence par rappeler aux chrétiennes de son temps qu'elles doivent se distinguer des païennes dans leur toilette comme dans le reste,

Servantes du Dieu vivant, mes compagnes dans le service du Christ et mes sœurs (c'est à ce titre que je viens vers vous), j'entreprends, moi le dernier de tous, de vous adresser la parole, sans affectation, mais avec l'affection de celui qui a charge des intérêts de votre salut. Le salut, non seulement pour les femmes, mais aussi pour les hommes, repose sur la pratique de la modestie chrétienne. Nous sommes tous les temples du Saint-Esprit descendu en nous et conservé par nous. Or la gardienne de ce temple est la modestie qui veille à la porte pour n'y rien laisser entrer d'impur, de peur que le dieu qui l'habite, voyant sa demeure souillée, ne l'abandonne.

Mais pour le moment ce n'est pas de la chasteté que j'entends vous entretenir : les préceptes divins l'imposent, et l'exigent suffisamment, qui y insistent partout; mais de devoirs qui s'y rattachent, c'est-à-dire de la manière de régler votre extérieur. Un bon nombre d'entre vous (que Dieu me permette de vous faire ce reproche que je me fais à moi-même), égarées par une ignorance involontaire, pu par une audacieuse connivence

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avec elles-mêmes, se comportent extérieurement avec aussi peu de modestie que si la chasteté consistait uniquement dans l'intégrité de la chair et l'absence des plaisirs sensuels^ et qu'il n'y eut rien à observer pour l'extérieur, je veux dire pour la toilette et les ornements du corps. On les voit persévérer dans la recherche de beauté et d'éclat d'au* trefois, se comportant à cet égard comme les femmes païennes, chez qui n'existe pas la notion de la vraie chasteté, car il n'y a rien de vrai chez ceux qui ne connaissent pas Dieu, qui est le dépositaire et le maître de la vérité.

Même si l'on peut admettre l'existence de quelque chasteté chez les païens, elle est manifestement si imparfaite, si peu ordonnée, que même en se maintenant en quelque mesure dans l'âme, elle se dissipe dans l'excessive liberté de la tenue extérieure : telle est en effet la sincéxité païenne que l'on cherche une compensation au plaisir qu'on se refuse. Combien y en a-tril qui soient sans désirer de plaire à des étrangers? qui ne peignent leur visage à ce dessein et se refusent, à provoquer le désir? 11 arrive assez souvent à la pudeur païenne d'éviter la faute, mais non de ne pas la souhaiter, ou encore il lui arrive de ne pas la vouloir, sans pourtant s'y refuser! Quoi d'étonnant? Tout est déréglé dans ce qui ne

vient pas de Dieu. Mais enfin, si pour ne pas posséder la vertu entière, elles mêlent de vice ce qu'elles en possèdent, c'est leur affaire. (Tertullien, De ciiltu feminarum II, 1.)

La femme chrétienne ne doit pas être une occasion de chute pour le prochain.

Pour vous, vous devez vous éloigner d'elles, dans la toilette comme dans le reste. Car la pureté parfaite, c'est-à-dire chrétienne, sachezle bien, demande non seulement qu'on ne désire pas de provoquer ce désir, mais encore qu'on le déteste. C'est que tout d'abord, ce n'est pas d'un cœur parfaitement innocent que vient le désir de plaire par la grâce extérieure, laquelle, nous le savons, provoque la passion. Pourquoi exciter celle-ci à votre endroit? pourquoi inviter à ce à quoi vous faites profession de rester étrangère? C'est ensuite que nous ne devons pas ouvrir la voie à la tentation qui parfois (Dieu daigne détourner ce malheur!) aboutit à force d'insistance, ou du moins trouble la paix de l'âme, Nous devons paraître en public avec une telle réserve et une fidélité si totale aux enseignements de notre foi que nous ayons la conscience en paix, souhaitant la persévérance de cet état, mais sans présumer de nos forces. La présomption diminue la crainte ; la crainte diminuée diminue la précaution, la précaution

diminuée augmente le péril. La crainte est le fondement du salut; la présomption est l'obstacle à la crainte. Il est plus utile de croire que nous pouvons faillir, que d'admettre par * présomption que nous ne le pouvons pas. Avec cette croyance à notre faiblesse, nous aurons la crainte, • avec la crainte, la précaution, avec la précaution, le salut. La sécurité, sans inquiétude qui la tempère, n'est pas une sécurité sûre et solide. Qui a de l'inquiétude au contraire, pourra posséder une sécurité véritable. Que Dieu prenne soin selon sa bonté de ses serviteurs, et qu'il leur permette de présumer trop de leur force, sans inconvénient. Mais pourquoi être un péril pour les autres?

pourquoi donner à autrui de mauvais désirs?

Dieu complétant la Loi les confond dans le châtiment avec l'action déshonnéte elle-même, et dès lors je crains que la femme ne reste pas impunie, qui aura été pour un autre une cause de perdition. Il est perdu, le prochain, en effet dès que votre beauté a allumé sa convoitise, et vous êtes devenue le glaive qui l'a fait périr. Quand même vous seriez sans faute, vous ne seriez pas sans reproche. Quand un acte de brigandage a été commis dans un champ, le maître n'en est pas rendu responsable, mais comme sa terre a désormais un mauvais renom, quelque chose en rejaillit sur lui parmi tous les siens.

Û^Ù DEVOIRS RÂRTIGUMBIRS. -

Après cela, peignons notre yisçigè, afiji 4'etre pour le proeh^în une cause de mort! 'Que devient donc pour vous le précepte : « Voiia aimerez le prochain comme vous-même ? (1) » Ne vous occupez pas seulement de votre intér4ti mais encore de celui du prochain- Les paroles de TEsprit-Saint doivent s'appliquer à toute occasion où l'on peut être utile, et non pas seulement à l'ohjet présent qu'elles visent.

Ainsi donc^ puisque la recherche d'une élégance très périlleuse met en danger notre salut et celui du proGhain, ce n'est plus seulêinent l'attirail d'une beauté feinte et travaillée qu'il faut repousser, c'est même la joliesse naturelle qu'il faut faire disparaître sous un extérieur négligé, comme étant funeste par les regards qu'elle attire.

Sans doute il ne faut pas faire son procès à la beauté elle-même : elle est un heureux accident du corps, une élégance ajoutée à la plastique divine, un excellent vêtement de l'âme : toutefois, on doit la craindre, à cause de la passion violente de ceux qu'elle attire, Abraham la redouta à propos de la gentillesse de sa femme et il acheta sa vie au prix de sa honte. {TERTVLhiE:!î, De cultii feininanmi^ II, 2.)

(I).Maiic., 12, 3t.

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i,a bëàuié é^t ùii i>ien inférieur qu'ttiné éht'êtienne doit dédaigner.

Mais je veux que la beauté ne soit pas à craindre, n'étant je suppose, ni à charge à qui la possède, ni funeste à ceux qui là convoitent, ni dangereuse pour les époux; je veux qu'elle ne paraisse pas exposée à la tentation, ni entourée de scandales : il me suffit qu'elle ne soit point nécessaire aux anges de iDieu.

Là où règne la chasteté, la beauté est vaine, car. son usage propre et son fruit c'est la luxure^ à moins qu'on aillé prétendre qu'elle produit line autre moisson.

Que celles-là augmentent leurs agréments^ qui en oiit naturellement^ et cherchent à en obtetiir, si elles n'en ont pas, celles-là dis-je qui croient pouvoir se procurer à elles-mêmes, parce qu'elles le procurent à autrui, ce qu'on demande à la beauté.

Mais, dirâ*t-Oili si on écarte la volupté dé son ôoeur, et qu'on y admette la chasteté, pourquoi ne pourrait^on pas être fière des charmes de son extérieur? Se glorifie qui voudra de ses avantages physiques. Pour nous, tout d'abord, nous ne recherchons aucune gloire. La gloire suppose l'exaltation de l'esprit : or l'exaltation ne convient pas à ceux

qui professent les abaissements de l'humilité, conformément aux préceptes divins. Et puis, si toute gloire est vanité et hébétement, combien plus celle de la chair, pour nous du moins. S'il fallait se glorifier, ce serait des biens spirituels, non de notre corps, qu'il faudrait chercher à tirer gloire, parce que ce sont les biens spirituels que nous poursuivons. Soyons fier es de ce pour quoi nous travaillons, cherchons notre gloire dans ce dont nous espérons notre salut.

Mais que dis-je? Le Chrétien pourra se glorifier même de sa chair, mais quand elle aura enduré d'être déchirée à cause du Christ pour que l'esprit soit couronné en elle, non pour qu'elle traîne après soi les regards et les soupirs de la jeunesse. Donc, ce qui vous est inutile de toute manière, si vous ne l'avez pas, méprisez-le, si vous l'avez, négligez-le. Une femme vraiment chrétienne est-elle réellement belle, elle ne doit pas pour cela être une occasion de tentation; du moins, si elle en est une, elle doit non seulement ne pas y aider, mais encore y mettre obstacle. (Tertul- LiEN, De ciiltu feminarum, il, 3.)

La femme mariée doit plaire à son mari dans la simplicité de sa toilette*

Je vous parlerai comme si vous étiez des

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païennes, et vous adresserai une recommandation qui convient autant aux unes qu'aux autres : c'est à vos maris seuls que vous devez chercher à plaire. Or vous leur plairez dans la mesure même où vous n'aurez souci de plaire à d'autres. Soyez tranquilles, troupe bénie : aucune épouse n'est laide aux yeux de son mari. Elle lui a assez plu, le jour où il a fixé son choix sur elle, sur la recommandation de son caractère, ou de sa beauté.

Qu'aucune de vous n'aille se figurer qu'en négligeant le soin de sa parure, elle encourra l'aversion ou la haine de son mari : c'est la chasteté que tout mari réclame. Quant à la beauté, le chrétien ne la démande pas, parce que les biens qui le séduisent ne sont pas ce que les païens appellent des biens, et l'infidèle de . son côté la suspecte, ne fût-ce que par suite de ses criminelles préventions contre nous. Pour qui donc entretenez-vous votre beauté? pour le fidèle, il ne la réclame pas; pour l'infidèle, il ne la croit pas sans "arrièrepensée. (Tertullien, De cultit fe?ninariun, H, 4.)

Tertullien tout en recommandant la modestie et la simplicité ne veut pas qu'on affiche un extérieur sauvage. .

Ce que je vous dis là n'a point pour but de vous faire adopter un extérieur absolument

^44 liÈvôiRS PÂRticuLïËkS»

négligé et sauvage^ et ce n'est pas la fepôUs* santé malpropreté que nous vbus prêchons, mais la modération et la juste mesuré daiië les soins donnés au corps. Il né faut pas aller au delà de ce qu'une décente siinplicité réclame, au delà de ce qui plaît à Dieu {Ibid., 5).

il déplaît à Dieu, selon TerluUien, que. l'on change et entreprenne de corriger son œuvre, jpar les pratiques d'un art corrupteur, œuvre du déiiiôn. Il riaille les Africaines qui cherchent à substituer à leur ch$velurè noire la chevelure blonde des Germaines; il raille chez les hommes le souci de plaire en déguisant la bîàû- . cheur de la vieillesse sous des couleurs hypocrites^ en crêpant leur chevelure, etc. Il revient ensuite aux femmes, et insiste sur ce qu'il y a de scandaleux pour elles à imiter le luxé dés courtisanes : « Combien n'éstil pas déplorable de vous voir, vous que l'on appelle les prêtresses de-la pudicité, passer sous les regards du public, parées et peintes à la façon des femmes impudiques ? ^ué voug reste-t-il de plus qu'à ces misérables victimes offertes à la passion, aujourd'hui du moins qu'en dépit des lois qui leur interdisent le costume des matrones ou des épouses, le dévergondage croissant sans cesse les. a égalées aux femmes les plus honorables, au point qu'on peut les prendre les unes pour les autres » {Ibid., 2).

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