‹ Tertullien et saint Cyprien [microform]Chapitre 39 sur 49 · I. Devoirs des vierges · texte numérisé non relu

I. Devoirs des vierges

n y a toujoi;rs eu dans l'Église, des personnes consacrées à Dieu par le vœu de virginité. Dans les premiers temps et jusqu'à la fin des persécutions ces personnes vivaient dans le monde. On les appelait les Vierges ou 10s Vierges sacrées et on leur donnait unp place à part dans les réunions des fidèles. Ces épouses du Christ, comme les appelle déjà TertuUien [De oratione dominica, XVI), n'avaient pas toujours assez l'esprit de leur vocation : elles se répandaient dans la société, se paraient à la façon des païennes, et sans aller à des fautes graves, cherchaient cependant trop à plaire. Contre cette coquetterie, TertuUien s'était élevé, avec sa yiplence et ses ironies ordinaires, dans ses traités sur le Voile des Vierges, sur la toilette des femmes. Saint Gyprien, évêque, crut devoir reprendre le même sujet, et il le traita, non pas avec des arguments nouveaux, mais avec un ton différent, et une douceur persuasive.

Beauté et grandeur de la discipline chrétienne.

La discipline est la gardienne de l'espérance, la rêne de la foi^ la guide dans le chemin du

salut, l'aliment nourricier des bonnes dispositions naturelles, la maîtresse de la vertu.

C'est elle qui fait qu'on demeure toujours dans le Christ, et qu'on vit continuellement pour Dieu, elle qui permet d'atteindre aux récompenses célestes. La suivre est salutaire, s'en détourner et la négliger, mortel. L'Esprit- Saint dit, au livre des Psaumes : « Observez la discipline, de peur que le Seigneur ne s'irrite, et que vous ne perdiez le droit chemin, lorsque bientôt sa colère s'allumera contre vous (1) ». Et encore : « Dieu dit au pécheur : Pourquoi énumères-tu mes lois, et as-tu mon alliance à la bouche, alors que tu as en horreur ma discipline, et que tu as rejeté ma parole derrière toi (2) »? Et de nouveau nous lisons : « Celui qui rejette la discipline est malheureux (3) ».

Et nous avons appris de Sàlomon ces prescriptions de la Sagesse : « ô mon fils, ne négligez pas la discipline divine, et ne vous éloignez pas de Dieu s'il vous châtie : celui que Dieu aime, c'est celui-là qu'il châtie (4) ». Si Dieu châtie celui qu'il aime, et le châtie, pour le corriger, les frères non plus, et surtout les prêtres, ne haïssent pas ceux qu'ils repren-

(1) Ps., 2, 12.

(2) Ps., 49, 16.

(3) Sap., 3, 11.

(4)-PhOV., 3, 11.

nent pour leur amendement, mais ils les aimeiit. Aussi bien Dieu a fait une prophétie par la bouche de Jérémie, et il a voulu parler de notre temps quand il a dit : « Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur, et ils vous nourriront des enseignements de la discipline (1) ».

Nous devons donc, le christianisme étant pour Gyprieii, « une leçon qu'il faut apprendre toute sa vie et faire passer dans ses actes (3) », respecter toujours cette divine discipline.

Que si la Sainte Écriture recommande instamment et en mille endroits la discipline, que si c'est de son observance, et de la crainte de Dieu que part le fondement de tQute religion et de toute foi, que devons-nous désirer avec plus d'ardeur, que devons-nous plus souhaiter et observer que d'y enfoncer fortement nos racines, d'élever l'édifice de notre vie spirituelle sur ce roc, et ainsi demeurant inébranlables aux orages et aux tourbillons du siècle, de parvenir par l'observation des préceptes divins aux biens que Dieu nous a promis?

Nos corps sont les temples du Saint-Esprit.

Nous devons considérer, et bien savoir que nos corps sont les temples de Dieu, que le

(1) lIlÉREM., 3, 15.

(2) Ad. d'ALÈs, La théologie de saint Cyprien, p. 325.

34^ PEVOIR^ PARTICULIERS.

bain de vie a sanctifiés et débarrassés de la souillure de l'antique contagion, et qu'il n'est pas permis ni de les souiller, ni de les déshonorer, car en les souillant on se souillé sôiméme. C'est nious qui scwnnies préposés au service et à la garde de ces temples de Dieu ; servons celui à qui nous appartenons. Paul, qui nous a donné dans ses épîtres les instructions pour courir dans la carrière des divins enseignements, y dit ceci : « Vous n'êtes pas à vous-mêmes : vous avez été achetés à un grand prix : portez Dieu daiis vos corps, et honorez4e (1) ». Portons et honorons; Dieu dans un corps pur, par une vie honnête. Rachetés par le sang du Christ, offrons lui le tribut d'une' obéissance complète; appliquonsnous à éviter que rien d'impur ou de profane n'entre dans le temple de Dieu, de peur qu'en étant offeusé il ne quitte la demeure qu'il habite. Dieu nous sauve et nous instruit, il nous guérit tout à la fois et nous avertit, quand il fait entendre ces paroles : « Vous voilà guéri, dit-il ; désormais, ne péchez plus, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pire (2) ».

Il donne la règle de vie, la loi d'innocence, après avoir rendu la santé ; il ne souffre pas qu'on erre ensuite au hasard, la bride lâchée. Mais il fait deé menaces à celui qu'il avait

(1) I Cor., 195.

(2) ÎOH.; 5 14.

DEVOIRS BARTiÇUUERS AUX VIERGES. ^49

guéri de ses misères pour le c?is où il s'en ferait de nouveau resclave. C'est que si la faute est moindre que l'on a commise quand on ne connaisâait pas encore la loi divine, il n'y a plus lieu à pardon quand on a connu Dieu. Ce que je dis là regarde les hommes comme les femmes, les garçons comme les filles ; tout sexe et tout âge en raison du res^ pec| et de la fidélité dus à Dieu, doit robserver, en prendre soin; que ce que Ton reçoit de saint et de pur de la divine bonté soit gardé avec un sOin scrupuleux.

Excellence de 1^ virginité,

Après ce rappel de la nécessité de la discipline des mœurs adressé à tous les fidèles, le saint évêque s'adresse spécialement dans tout le reste de son mandement, aux vierges consacrées à Dieu. Tout d'abord un éloge de la virginité. ,

Maintenant c'est aux vierges que nous parlons; Plus haute est leur dignité, plus grande est aussi la sollicitude qu'elle^ npns inspirent. En elles est la fleur qui pousse dans l'église, l'honneur et le chef-d'œuvre de la grâce spirituelle, un heureux épanouissement de la nature, un ouvrage, sans tare et sans tache, de gloire et d'honneur, une image de Dieu où relnit sa sainteté, la plus brillante portioii du troupeau du Christ. Par elles s'ouvre à la joie, en elleë s'épanouit, la glorieuse fécondité 4© notre mère

l'église; et plus le nombre des vierges augmente, plus s'augmente la joie de èette mère. C'est à elles que nous nous adressons, c'est elles que nous exhortons, p6ir un sentiment d'affection inquiète plutôt que par autorité. Moi le plus petit et le dernier de tous, conscient autant qu'on peut l'être de mon indignité, je ne viens pas revendiquer le droit de censure visà-vis d'elles ; mais c'est que ma sollicitude pour elles met davantage ma vigilance en éveil, et me fait craindre plus pour elles lès attaques de l'ennemi du salut.

Les vierges doivent éviter toute forme de coquetterie.

Celles qui se sont consaccées au Seigneur doivent renoncer à toute coquetterie mondaine, et ne chercher à plaire qu'à Lui.

Elle n'est pas inutile en effet la précaution, et la crainte n'est pas vaine, qui a pour objet la voie du salut. Elle garde les préceptes de vie du Seigneur, pour que celles qui se sont consacrées au Christ, et qui ont renoncé à toute concupiscence charnelle pour se vouer à Dieu corps et âme, achèvent leur œuvre, destinée à de si grandes récompenses, et ne s'éludient à plaire à personne qu'au Seigneur. 11 dit luimême : « Tout le monde ne comprend pas ce langage, mais ceux-là seulement à qui cela a

DEVOIRS PARTICULIERS AUX VIERGES. 25l

été donné. Il y a des eunuque», qui le sont de naissance, dès le sein de leur mère; il y en a qui le sont par le fait des hommes, et il y en a enfin qui se sont faits eux-mêmes eunuques à cause du royaume des cieux (1) ». De nouveau la grâce de la continence est indiquée, la virginité est célébrée, par la voix de Tange :

« Voilà ceux qui ne se sont pas souillés avec des femmes : ils sont restés vierges. Voilà ceux qui suivent l'Agneau, où qu'il aille (2) ».

Ce n'est pas en effet aux hommes seulement que le Seigneur promet la grâce de la continence, en laissant de côté la femme ; mais comme la femme est une portion de l'homme, puisqu'elle a été prise et formée de sa substance, dans presque toutes les Écritures, c'est au premier créé que Dieu parle, car ils sont à deux une seule chair, et dans le nom dC homme on comprend aussi la femme.

Que si les continents suivent le Christ, et que la virginité soit destinée au royaume des cieux, qu'ont affaire des ornements et des parures d'ici-bas, celles qui en" désirant plaire aux hommes offensent Dieu, sans songer qu'il est écrit : « Ceux qui plaisent aux hommes ont été confondus, car Dieu les a réduits ànéant(3)» ; et que Paul a dit dans son fier et sublime lan-

(1) Matth., XIX, 11-32.

(2) APOGAL., XIV. 4.

(3) Ps. LU, 6.

ji52 PEYOIRS I?^RTIGULIERS.

gsige : « Si je cherchais à plaire aux hommes^ je ne serais pas le serviteiir du Christ (1) ». l^a continence et la chasteté ne cpTisisteftt pas seulement fens l'intégrité de la chair, mais encore dans la bienséance et la modestie de la toilette et des ornements, afin que selon l'apptre « la personne qui n'est pas mariée soit sainte de corps et d'esprit ». Paul nous en instruit :

« L'homme qui n'est pas marié penise aux choses du Seigneur, aux moyens de plaire à Dieu. Celui qui a contracté inariage pense aux choses du monde, aux moyens de plaire à sa femme. De même la vierge et la femme non mariée pensent aux choses du Seigneur, afin d'être saintes de corps et d'esprit (2) ».

Une vierge ne doit pas seulement être vierge mais elle doit encore faire voir et croire qu'elle est telle, et il ne faut pas qu'eji la voyant, on puisse mettre en doute sa virginité . Que sa vertu se montre égale en tout, et que sa toilette ne déshonore pas l'intégrité de son corps, Pourquoi ces ornements, pourquoi ces parures, pour paraître en public, comme si elle avait ou cherchait un mari? Qu'elle redoute plutôt de plaire, si elle est vierge, et ne s'expose pas, elle qui se réserve pour une vie meilleure et divine. Celle qui n'a pas un époux, à qui elle doive paraître chercher à plaire, qu'elle garde

(1) Galat., I, 10.

(2) I GORINT., VU, 32;

tlËVOtkS i>A&t!CULIÊRS AIÎX VIERGES* 25S

sa pureté et son intégrité, non seulement corporellement^ mais encore spirituellement. Il n'est pas permis à une vierge de chercher à s'embellir eii donnant des soins à sa chevelure, ni de tirer gloire de son corps et de sa beauté; il n'y a pas pour elles de lutte plus vive à soutenir que contre leur chair, point de combat plus opiniâtre à livrer, que contre leur corps qu'elles doivent vaincfe et dompter*

Les recherches de coquetterie chez les Vierges tra^ hissent de mauvaises dispositions dans l'âme.

Paul s'écrie d'une voix forte et subliitle * « Loin de moi la pensée! de me glorifier d'autre chose que dé la croix de Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi^ comme je le suis pour le monde (1) », et l'on verra dans l'église une vierge se glorifier de l'éclat de sa chair et de sa beauté ! Paul ajoute : « Ceux qui appartiennent au Christ, ont crucifié leur chair avec ses vices et ses concupiscences (2) », et celle qui fait profession d'avoir renoncé aux vices et aux concupiscences de la chair, se fait prendre à se livrer à ce à quoi elle avait renoncé. Car, vous êtes prise sur le fait, ô vierge^ vous êtes démasquée ! vous vous vantez d'être une chose, et vous cherchez à en être une autre. Vous vous souillez des taches de la

(1) Galat., VI, 14.

(2) G Al. ST., V, 24.

254"^ bÈvoiRS t*AfttictjfciÊk^.

concupiscence charnelle, après avoir revêtu la robe blanche de l'intégrité et de la pudeur.

« Crie, dit le Seigneur à Isaïe, crie : « Toute chair est comme l'herbe, et son éclat est comme la fleur de l'herbe. L'herbe s*est desséchée, et la fleur est tombée, mais la parole de Dieu demeure à tout jamais (1) ». Il ne convient à aucun chrétien, et surtout il ne convient à aucune vierge, de comptei»pour bien l'éclat et la beauté de sa chair, mais plutôt d'aspirer à la parole de Dieu, de s'attacher aux biens qui doivent demeurer éternellement. Ou s'il faut se glorifier de sa chair, c'est quand elle est crucifiée .parce qu'on a confessé le nom du Christ, quand une femme se montre plus forte que ceux qui la torturent, quand on est livré au supplice du feu, de la croix, du fer ou des bêtes, pour obtenir la couronne. Voilà les bijoux précieux de la chair, voilà les meilleurs ornements du corps.

Les vierges riches ne doivent pas attacher de prix à leurs richesses.

Mais il est des vierges riches, et de fortune opulente, qui font parade de leur richesse et prétendent qu'elles doivent user des biens qu'elles |)0ssèdent. Qu'elles sachent bien d'abord

(1) Is., XL, GcL suiv.

DfeVOIRi^ARTlCULIERSTSU^TîERGEST^SSS"

que celle-là est riche, qui est riche pour Dieu, que celle-là est opulente qui est opulente dans le Christ, que les vrais biens sont les biens spirituels, divins, célestes, qui nous conduisent à Dieu, qui demeurent pour nous auprès de Dieu dans une possession éternelle. Au surplus, ce qui est terrestre, que nous avons reçu dans le siècle, et qui ne doit nous rester qu'ici-bas avec le siècle, doit être méprisé comme nous méprisons le monde lui-même, aux pompes, et aux plaisirs duquel nous avons renoncé, quand par une bienheureuse conversion, nous sommes passés de lui à Dieu. Jean nous y invite, et nous y exhorte, en nous criant de sa voix inspirée et céleste : « N*aimez pas, nous dit-il, ni le monde ni ce qui est dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est point en lui. Car. tout ce qui est dans le monde, est concupiscence de la chair, et concupiscence des yeux, et orgueil du siècle, toutes choses qui ne viennent point du Père, mais de la concupiscence du siècle. Or le monde passera, et la concupiscence avec lui, tandis que celui qui aura fait la volonté de Dieu, demeurera éternellement, comme Dieu lui-même (1) ». Il nous faut donc rechercher ce qui est éternel et divin, et tout faire selon la volonté de Dieu, en suivant les traces et les enseignements de

(1) I lOHAN., II, 15,

256 bËvôms PÀfetïêùuËâs; ""

Notre-Séigheiir^ qui nous a dit lui-même : « jp ne éuis pas descendu du eiël^ poùt îàirê ma volonté, mais pour faire la vblônté de celui <jui m'a envoyé (1) ». Que si lé serviteur n'èët pas au-dessus de soii maître^ et si l'esclave délivré doit à éon libérateUi* déférence et respect, nous qui désirons être chrétiisns nous devons prati^ quer ce que le Christ a dit. Il est écrit d'àilléUrs et on le lit, et on l'entend lire, et l'Eglise lé répète pour notre instruction : « Celui qUi fait profession de demeurer dans lé Christ doit lui aussi marcher comme il a marché lui-même (2) >> . 11 faut marcher du même pas que lui, et nous efforcer de le suivre dans sa marché. On justifiera son iiom par la pratique de la discipline véritable, et le croyant recevra sa ré compense, en conformant sa conduite à sa foi.

La richesse que l'on possède n'autorise pas les recherches de luxe et de toilette.

Vous dites être opulente et riche. Mais Paul se dresse devant vos richesses et vous prescrit de maintenir votre toilette et vos ornements dans de justes limites. « QUé les femmes s'arrangent avec pudeur et modestie^ sans tresses, sans or ni perles, ni vêtements de grand prix, mais comme il convient à des femmes dont la vertueuse conduite manifeste

(1) lOH., VI, 38.

(2) I lOHAN., II, 6.

la chasteté (1) ». Pierre est d'accord avec lui et fait les mêmes recommandations : « Que Pon trouve dans la femme, dit-il, non pas la parure extérieure des ornements, de l'or, ou des vêtements, mais la parure intérieure du cœur (2) ». L'apôtre enseigne qu'il faut souinettre^à une règle, et à l'observation scrupuleuse de la discipline ecclésiastique les femmes mariées, qui ont coutume d'excuser leurs recherches de toilette par le prétexte qu'elles ont un mari : combien pliis une vierge ne doitelle pas observer ces règles, elle qui n'a aucune raison pour se faire pardonner sa coquetterie, qui ne peut par un mensonge rejeter sa faute sur un autre, mais qui est elle-même seule responsable.

Tout ce qui est permis n'est pas toujours expédient, et l'on ne doit pas être pour le prochain une occasion de scandale par des recherches de toilette en soi légitimes.

Vous dites être opulente et riche ? Mais il n'est pas vrai que tout ce qui peut se faire se doive faire,, ni que Tonne doive pas réprimer^des désirs 'immodérés, nés d'une ambition mondaine, sans leur permettre dé franchir les limites que com!portent l'honnêteté et la pudeur virginales. 11 est écrit : « Tout est permis, mais tout n'est

(1) I TiMOTH., II, 9.

(2) I Petr., III, 3.

TËRTOLLIEN. 17

258 bÊVâïàS PARÏlGÛWÈfeS*

pas expédient; tout est pèïïnis, mais tout n'édifie pas (1) ». Si vous vous parez sofaptùeu^ sèment, et que vous paraissiez en public dans une toilette qui se fasse remaT^uef, attirant sur vous les regards de la Jeunesse, faisant soupirer les adolescents derrière vous, don* nant un aliment à la concupiscence^ allumant le feu d'une impure espérance, dé telle sorte, que sans peut-être périr vôus-mémiB, vous perdiez les autres, et soyez pour ceux qui vous regardent comme uïi glaiVe et un poison, vous né sauriez vous faire excuser en prétendant que vous êtes chaste et pure au fond du cœur* Vous êtes réfutée par votre toilette perverse ^ ptir votre impure parure, et vous ne pouvez plus être comptée âu nombre des vierges du Christ. En vous conduisant ainsi, vous sollicitez ramôur.

La vierge consacrée au Christ ne doit pas se glorifiet de ses richesses.

Vous dites être riche et opulente. Mais il ne convient pas qu'une vierge se vante de ses richesses, car l'Ecriture dit : « À quoi nous a servi notre orgueil? que nous a rapporté, notre étalage de richesses? Tout cela a passé comme une ombre (2) ». L'apôtre nous avertit à son tour en disant : « Que ceux qui achètent soient

(1) I Cor.. X, 23.'

(2) Sap., V, 8.

DEVOIRS- PÀRtlGtJLIËkS Auk TIÈRGÉS. 2^^

comme s'ils ne possédaient rien^ et que ceux qui usent de ce monde soient comme s'ils n'eu usaient pas, car elle passe la figure de ce monde (1) ». Pierre à qui le Seigneur à coiifië ses brebis à paître et à garder, sur qui il a établi et fondé son Eglise^ Pierre déclare qu'il n'a ni or^ ni argent à la vérité^ mais qu'il est riehe de la gmce du ijhrist^ qu'il est opulent par la foi, et la puissance du Christ^ grâce auxquelles il accomplissait des mer-r veilles étonnantes, et possédait abondamment la gloire et les biens spiritiiels. Ges richesses^ ces ressources^ elle ne saurait les posséder^ eelle qui aimé mieux être riche pour le siècle que pour le Christ.

La richesse est un moyen de faire du bien et de racheter ses fautes.

Vous dites être riche et opulente ; et vous croyez devoir user des biens que Dieu vous a départis : ûsez-èn mais pour des choses salu-* taires, pour des emplois bienfaisants ; usez-^en pour ce q'ue Dieu a prescrit^ pour ce qu'il a indiqué; que les pauvres s'aperçoivent que vous êtes riche ^ que les indigents s'aperçoit vent de votre opulence. De votre patrimoine, prêtez à Dieu, nourrissez le^hrist. Vous voulez garder Jusqu'au bout la gloire de votre

(1) I Cor., viij 30-31.

260 tJEVOIRS PARTICULIERS.

virginité, attendre là récompense promise par le Seigneur : obtenez cela grâce aux prières d'un grand nombre d'obligés /Mettez vos trésors en dépôt, là où nul voleur ne perce les murs, là où ne fait irruption nul bandit, qui les guettait. Acquérez des biens, mais au ciel, là où vos moissons, éternelles et toujours abondantes, ne seront pas exposées à aucune atteinte des fléaux d'ici-bas, ni rongées par la nielle, ni saccagées par la grêle, ni brûlées par le soleil, ni pourries par la pluie.

Vous péchez contre Dieu, si seulement vous vous imaginez qu'il vous a donné la fortune pour en faire usage pour autre chose que pour le salut. Dieu a donné la voix à l'homme et cependant il ne doit point s'en servir pour des chansons erotiques et obscènes. Dieu a voulu qu'il y eût du fer, pour la culture du sol, il ne faut pas qu'il serve à commettre l'homicide. Parce que c'est Dieu qui est l'auteur de l'encens, du vin et du feu^ faut41 pour cela sacrifier aux idoles? et deyiez-vous, parce que vous avez des troupeaux considérables sur vos terres, immoler pour cela des victimes? Au surplus, c'est une tentation qu'une grande fortune, à moins qu'on en fasse usage pour le bien, et ainsi le patrimoine doit servir à racheter, non à multiplier, les fautes de celui qui le possède.

DEVOIRS PARTICULIERS AUX VIERGES. 26t

Los vierges ne doivent pas se vêtir comme les personnes de mauvaise vie^

Le luxe de la parure et du vêtement, les séductions d'une élégance affectée ne conviennent qu'aux courtisanes, et aux personnes impudiques; il n'est point de femmes à dépenser autant pour leur toilette que celles dont la pudeur est vendue au plus vil prix. C'est ainsi que les Saintes Écritures, par lesquelles Dieu a voulu nous instruire et nous mettre, en garde, décrivent la ville prostituée, parée à grand frais, et destinée à périr avec ses ornements à cause d'eux. « Un des sept anges, dit-il, qui portaient des coupes vint vers moi et me dit : « Viens et je te montrerai le jugement de condamnation de la grande prostituée qui est assise sur les grandes eaux, avec laquelle ont péché les rois de la terre. Et il me. transporta en esprit, et je vis une femme assise sur une bête. Elle portait un manteau de pourpre et d'écarlate; elle était chargée d'or, de perles, de pierres précieuses; elle tenait à la main une coupe pleine d'abomina^ tiens, de souillure et de la prostitution de toute la terre (1) ». Loin des vierges chastes et pures, ces recherches des prostituées, ces toilettes

(î) Apoc, 17j 1 sq,

des impudiques, ces ornements des lupanars, ces parures des courtisanes!

Le prophète Isaïe élève la voix, et gourmande les filles de Sion dont l'ôr couvre les vêtements et révèle la corruption. Il Iqs blâme de regorger de richesses pernicieuses, et d'al^andonner Dieu pour les délices du siècle. « Les filles de Sion, dit-il, se sont enflées d'oxgueil. Elles s'avancent la tète haute, lançant des regards; elles marchent en traînaut de grandes tuniques, et en faisant de petits pas, pieu, humiliera les orgueilleuses princesses de Sion, et il les dépouillera de leurs parûmes ; il leur ôtera le luxe de leurs habits, leurs ornements, leurs frisures, leurs croissants, leurs aiguilles à cheveux, leurs anneaux, leurs réseaux, leurs bracelets, leurs bagues, leurs pendants, leurs tissus brodés d'or et d'hya- . cinthe. Au lieu des parfums^ il y aura la poussière ; pour ceinture vous porterez une corde, et au lieu d'une élégante coiffure d'or, une tête chauve ^ ».

Voilà ce que Dieu blâme, voilà ce qu'il flétrit, voilà ce qu'il déclare avoir été la cause de la corruption de ces vierges, et les avoir détournées du vrai culte divin. Elles s'étaient élevées et elles sont tombées; parées, et elles ont mérité de vivre dans l'inf ection ; vêtues de

^1) Is., 3, 16.

DEVOIR? P4RTIÇUUERS ^VX VIERGES. 2i63

S!^.e ^t de pourpre,, elles ne peuvent revêtir le: Christ; sous leurs ornements d'or, de perles, de bijoux, elles ont perdu ee qui fait l'ornement àvL coeur et de l'âme. Qui donc ne détes.terait; et ne fuirait ce qui a causé la perte d'ai^trui? Qui à,&nc désirerait, et prendrait cei qui pour faire périr autrui a servi de trait et de glip^ive. Si l'on voyait, quand une coupe vi§8^t, 4' et je vidée, périr celui qui l'a bue, oçi se rendrait conipte que ce qu'il a bu ét^^it un ppispn; si après avqir pris de là nourriture, quelqu'u,^ venait à m^purir^ on se rendrait çQmpte que ce qu'il a pris était ca^pable de donn.^^ la iJiQï'^i.f on ne toucherait pas po^r le BiajRger ou le boire à ce qui aurait causé la ip^ort d'autres personnes. Mais alors, quelle igBtçsr^ee de la réalité, quelle démence de SiQ^hait,er ce qui a toujpi^rs nui et nuit tou-^ jours, et de vous. iEgiaginer que cela ne çaur sera pas votre perte, à vous-même que vous avez vu causer la perte des autres !

Il n'est pas bien de vouloir par des artifices faire mieux que Dieu, et corriger l'œuvre divine.

Aussi bien. Dieu n'a pas fait de pourpre ou d'écarlate la toison des brebis. Il n'a point enseigné à teindre et à colorer la laine avec le sue dea herbes et -avec des coquillages.. Il n'a point préé des colliers où des, pierreries et des perles alternant avec l'or forinent une

chaîne et un assemblage savamment combinés, pour que vous en cachiez un cou dont il est l'auteur, et couvriez ce qu'il a fait, pour laisser voir par dessus ce que le diable a inventé ! Est-ce qu'il a voulu qu'on massacrât les oreilles, pour faire souffrir une enfance innocente, et ignorant encore la corruption du siècle, pour suspendre aux blessures et aux trous de leurs oreilles des grains de prix, pesants par leur valeur sinon par leur masse. Tout cela a été propagé parles anges prévaricateurs et apostats, lorsque descendus dans la corruption delà matière, ils perdirent la vigueur de leur céleste origine. C'est eux dont les artifices corrupteurs ont appris à noircir le tour des yeux, à mettre sur les joues le mensonge d'une jpougeur artificielle, à teindre les cheveux de couleurs trompeuses, à bannir toute vérité de la tête et du visage.

La femme doit respecter en elle Tœuvre

divine.

Ce ne sont pas seulement les vierges, mais toutes les femmes sans distinction qui doivent respecter en elles l'œuvre de Dieu.

Et ici, à la vérité, en vertu de la crainte que la foi m'inspire, de la charité due à mes frères, ce ne sont pas seulement lès vierges ou les veuves, mais aussi les femmes mariées, et

toutes 'les femmes en général, que je dois avertir de ceci : une créature que Dieu a faite, à qui il a donné sa forme, ne doit pas altérer l'œuvre divine, par application de couleur jaune, de poudre noire ou rouge, ou de: n'importe quel ingrédient qui altère la nature.

Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, et à notre ressemblance (1) », et l'on ose changer ce que Dieu a fait ! On commet un attentat contre Dieu, quand on prétend réformer son ouvrage, et y donner une autre figure : c'est ignorer que tout ce qui est naturel est l'œuvre de Dieu, et que tout changement vient du démon. Si quelque peintre habile' avait représenté en une peinture parfaitement fidèle le visage, la beauté des traits, la taille avantageuse d'une personne, et que l'œuvre parachevée, un autre vînt y mettre la main, et se croyant plus habile, retouchât le dessin et la peinture, le premier artiste se sentirait gravement outragé, et se montrerait justement indigné : et vous, estimez-vous qu'une témérité si perverse et si audacieuse, qu'un outrage que vous aurez fait à l'ouvrier divin, restera impuni? A supposer même que devant les hommes j ces fards corrupteurs ne fassent pas de vous une impudique, corrompant par eux, -et souillant ce qui appartient à Dieu, vous êtes

(1) Gen., 1, 26.

a66 DEVOIRS PARTïpULlfRS.

pire qu'une adultère ! Vous pensez vous parer, vous croyez vous faire une ohevelure élégante, et vous portez atteinte à l'œuvre divine, vous altérez la vérité !

L'apôtre nous avertit et dit : « ûébarrassez?* vous du vieux levain, afin d'être uue pète nouvelle, comme vous êtes des azymes : car notre agneau pascal, le Gbrist, a été immolé. Célébrons donc notre fête, non point avec un vieux levain, ni avec un levain de malice et de perversité, maia avec les azymes de la sin-cérité et de la vérité (1) ». Est-ce que la sincérité, est-ce que la vérité demeure, quand ce qui était sincère se trouve souillé par des couleurs adultères, quand des fards apprêtés changent la vérité en mensonge? Votre Maître déclare : « Vous ne sauriez rendre un seul cheveu blanc ou noir (2) » et vous prétendez triompher de la parole de votre Maître : par un effort téméraire, par un mépris sacrilège, vous teignez votre chevelure : voua lui donnez une couleur de flamme, sinistre présage de ce que vous réserve l'avenir ; et vous péchez, ô abomination! par la plus noble partie de vonsr même. Et alors qu'il est écrit du Seigneur :

« Sa tête et sa chevelure étaient blanches comme la laine ou la neige (3;) )),vous détestez

(1) I Cor., V, 7.

(2) Matth., V, 36.

(3) Apoc, 1, 14,

lea cheveux blancs, vous avez en horreur la blancheur, qui pend une tête semblable à celle du Seigneur.

. Ain jour du ji^gement Dieu refusera de reconnaître celles qui auront altéré et déformé son œuvre.

Ne redoutez-vous pas, je vous le demande, en agissant ainsi, que, au jour du jugement celui qui vous a faite ne refuse de vous reconnaître, ne vous repousse lorsque vous viendrez poup^ avcâr part aux récompenses par lui promises, et ne vous en exclue ; ne craignez^vous pas qu'il ne vous dise, avec la rigueur d'un censeur et d'un juge : « Ceci n'est point mon ouvrage, cette image n'est pas notre image.

Vous avez couvert votre peau d'une préparation mcELSOîigère qu| l'a souillée; vous avez t^içt votre chevelure de couleurs adultères ; votre face a été altérée, vos traits déformés, ce visage n'est plus le vôtre. ». Vous ne pourrez voir Dieu, puisque vous n'avez plus les yeux que Dieu vous avait faits, mais ceux que le diable a contrefaits. G'est à lui que vous vous êtes attachée, ce sont le» yeux rouges çt peints du serpent que vous vous êtes donnés j parée des attributs de votre ennemi, destinée à brûler avec lui. » Ces réflexions^ je vous le demande ne devraient^ellespas être celles des servantes de Dieu, ne devraient-elles pas les méditer jour et nuit avec tremblement?

Aux femmes mariées de voir en quelle. mesure elles se font illusion en croyant faire plaisir à leurs maris par leur application à plaire ; en quelle mesure, en les mettant en avant pour s'excuser, elles font d'eux leurs complices par leur consentement criminel.

Quant aux vierges du moins, qui n'ont pas cette excuse, s'il en est qui recourent à ces artifices, je ne saurais les compter comme vierges : j'estime que comme des brebis contaminées, comme des animaux malades, elles doivent être écartées du saint et pur troupeau de la virginité, de peur qu'en y restant, elles ne l'infectent, et que celles qui se sont perdues ne perdent les autres.

Les vierges ne doivent pas assister aux festins

de noces.

Puisque nous cherchons l'intérêt de la pureté, évitons tout ce qui lui est dangereux et hostile. Et je ne saurais passer sous silence certaines pratiques que la négligence a encouragées, et qui de l'usage se sont fait un droit au détriment des bonnes mœurs. Ily a des vierges qui ne se font point scrupule d'assister à des noces, et d'y aller de leurs propos égrillards dans les libres réunions de gens en goguette. Elles écoutent ce qu'il n'est pas (Jécent d'écouter, elles disent ce qu'il n'est pa^

permis de dire ; elles sont aux aguets, elles restent pïésentes, parmi des conversations honteuses, dés festins d'ivresse, qui enflamment les passions, excitent l'épouse à tout subir, le mari à tout oser. Que viennent donc faire à des fêtes nuptiales, celles qui ne peuvent son« ger à des noces? Quel plaisir peut trouver, quelle joie peut prendre à ces fêtes celle dont les goûts et les d|sirs sont à l'opposé. Qu'apprend-on là et qu'y voit-on? Combien par cette promiscuité, une vierge manque à sa vocation, combien elle en revient moins pure qu'elle n'y était venue. Elle a beau rester vierge de corps et de volonté : ses yeux, ses oreilles, sa langue ont ruiné son trésor.

Les vierges doivent se garder de fréquenter les bains publics.

Ici saint Cyprien semble parler encore pour celles de nos contemporaines qui séjournent sur certaines plages à la mode..

Que dire de ceci : il en est qui se baignent en commun avec des hommes, qui prostituent à des regards d'une curiosité avide de débauche des corps consacrés à la pudeur et à la chasteté! Mêlées aux hommes en costume de bain, voyant honteusement et se faisant voir de même, ne donnent-elles pas d'elles-mêmes des appâts au vice? Ne sollicitent-elles pas,

^fé bEVOïRS PAfeTMJUUERS.

n'éxcitent^elles pas, pour leur prcfpre déshon*netir, les passions de ceux qui les regardent?

« A chacun de voir, dites-vous, dans ^uel esprit il vient là : moi je ne veux que délasser, et laver mon petit corps; »

Une telle défense ne vous justifie pas; elle ne vous met pas hors de cause au point de vue du délit d'impudeur et d'effronterie. On n'est point lavé dans un tel bain^ mais sali; il ne purifie pas les membres^ il l^s souille. Vous n'avez sur personne des regards impudiques^ mais d'impudiques regards sont dirigés sur vous; vos yeux né sont peut-être pas souillés par un plaisir honteux, mais en donnant ce plaisir aux autres vous vous souillez vousmême. Vous faites du bain un spectacle; ce que l'on voit au théâtre est moins honteux que ce qu'on voit là où vous allez. Toute honte est quittée avec le vêtement, avec ses habits on dépouillB toute pudeur, toute réservé; la ^rgiiiitë se dévoile pouf attifer Ibs regards, ^t perdre sa fleur*

Voyez maintenant si, quand elle aura repris ses vêtements, elle saura encore montrer de la pudeur parmi les hommes, celle dont un trop hardi deshabillé aura fait croître l'imptidence*

Voilà comment l'église a souvent l'occasion de pleurer sur ses viergèsvj comment elle gémit de leurs infâmes et détestables fréquentations *

bEVOiRS #ÀR*iét3:-iÊRS ÀUl^ VÎÉRGES. 2^ï

Ainsi pëïlt le. flëtii* de la virginité, ainsi-est sâ&éagé rfeiÉwâ&ëur dé là pureté, profanée sa di'gmté et M gloire . Ainsi rèanèmi s'iatîôdnit dans Ja^lacë pkt ses stratagèmes ôï-dinairîe s; ainsi s'avanc'e-t-il par une marché dissiïuui^e et trotn|)eUs€. Les vierges veulent se parer avec recherche, se démener en toute liberté et elles cessent d'être vierges. Souillées d'ignominie ôa^héë, veuves avant d'être mariées, elles Wii trahi non un mari, m^ais le Ghrist. Elles Subiront^ pour avoir perdu leur virginité, dés suppliées d'autant plus grands, que plus grandes étaient tes récompenses promises à leur fidélité.

Le saint évêgue, résumant les défauts qu'il a signalés antérieurement, presse les vierges de les éviter.

Écouté z-moi donc^ ô vierges, comme on écoute un père ; écoutez celui pour qui vous êtes un sujet de crainte et qui vous avertit ; celui qui veille à vos intérêts. Soyez telles que Dieu vous a faites; soyez telles que la main du Père vous a façonnées : que votre visage reste sans altération, votre cou sans ornement, votre beauté sincère. Ne meurtrissez pas vos oreilles, n'enfermez pas vos bras ou votre cou dans des chaînettes précienses, dans des bracelets et des colliers. Que vos pieds ne portent point d'entraves d'or, votre cou de couleurs fausses ; que vos yeux restent dignes de voir Dieu.

Allez au bain avec des femmes; parmi elles vous pouvez vous baigner sans impudeur. Évitez les noces avec leurs banquets dissolus, et leurs festivités perverses, dont la fréquentation est périlleuse.

La voie de la vertu est rude et montante :

il faut la tenir avec courage.

Soyez au-dessus de la toilette, vous qui êtes vierge; vous qui triomphez de la chair et du monde, soyez au-dessus de l'or. Quand on s'est montrée invincible a des ennemis redoutables, on ne doit pas céder à des ennemis moindres. La voie est étroite et resserrée qui conduit à la vie (1), le chemin est dur et raide qui va à la gloire : c'est par ce chemin que montent les martyrs, les vierges, tous les justes. Il y a des routes larges et spacieuses : évitez-les. Le diable y flatte, pour tromper; il y sourit pour blesser, il y attire pour tuer.

Le courage requis des vierges est un peu le même que celui des martyrs : on n'atteint pas les cimes sans un énergique effort.

Il est un premier fruit, de cent pour un (2), c'est celui des martyrs ; un second de soixante pour un, c'est le vôtre. Les martyrs ne s'occupent pas de la chair et du monde ; ils livrent un combat rude et délicat. Vous de même, qui venez après euxpour la récompense, vous devez

(1) Mattii., vu, 14.

(2) Cf. Mattii., xiii, 8.

déployer un courage qui suive de près leur courage. On ne monte pas facilement vers les hauteurs. Que de sueurs, que de fatigue quand nous gravissons les pentes des collines et nous élevons vers les croupes des monta-!

gnesl Que ne devons nous pas faire pour monter au ciel. Mais si l'on fait attention à la récompense promise, l'effort parait moins pénible. Or c'est l'immortalité qui est offerte à qui persévère, c'est la vie éternelle qui lui est promise, et le royaume de Dieu.

La virginité rapproche de la vie angélique.

Persévérez, ô vierges, persévérez dans la voie où vous vous êtes engagées, souvenezvous toujours de ce que vous serez un jour.

Un beau prix vous est réservé, une grande récompense de votre courage, une rétribution magnifique pour votre pureté. Voulez- vous savoir de quels maux préserve, quels avantages apporte, la vertu de continence? « Je multiplierai, dit Dieu à la femme, tes tristesses et tes gémissements; tu enfanteras dans la douleur; ton désir se tournera vers ton mari, et il dominera sur toi (1). » Cette sentence ne vous atteint pas; vous n'avez pas à craindre les tristesses et les gémissements des femmes mariées, ni les douleurs de l'enfantement. Un

(1) Gen., III, 16.

274 ôÈvôiRs î>ÀkïiC:lJLîERS.

mari n'est point votre maître. A la place d'un époux ^ t^ôûs avez le Ghrist comme maître et comme chef ; vôtre sOrt est uni au sien; C'est le Seigneur qiii dit : «. Lès eiifànts du ëièdle engëndrèht et sont éûgétidrës; Mais ceux qui biit l'avantagé d'avoir part àù siècle à Vehif et à là rësurféction, né prënUieilt point femtâe et ne contractent poiiit inariâgé; Ils ne 'commencent point à mourir. Ils sont ëgàtix àiàk anges de Diëu^ étant fils de là rësuî'fêction (1) y). Ce que nous sèt-ônë iin jbûr vous avez cOittmencé à l'être. Vous avez dès le siècle présent là gldire de là réëurrëction ; vous passez à travers le monde sans être souillées de sa corruption : tant que vous persévérez dans voti'e chasteté, et votre virginité, vous êtes semblables aux anges de Dieu. Pûiêsiëz-vôùs seulement garder entière et saiis blessure votre virgiiiité; qu'elle persévéré courageusement, constamment, et demande sa partife, non à des colliers oii à d'àiitrës briiëmëntà, mais à la piirètë de ses moeurs. Qu'elle perte ses regards vers Dieu et vers lé ciel, et qii'âprês les avoir élevés dans les hàutèiirs elle iie les abaisse pas vers lés désirs de la chair et du monde, et ne les pose pas sur là terre.

(1) Luc, XX, 34s.

bEvoiks t'Àkt'ieuLiÈRs aux vierges. 276

Vèè vieirgèè aiti'biit dans îë ciel une placé priviiêgiëe:

Une preiniëi^e sentence à prescrit raccrdiâsèmënt et la gëhëratidn^ Une dëiixièmë à bônsëillë iâ coiitiûfeûbè.

Quand le mbiidé était iiifornie encore et sans hàbitâôtë,' ii fallait par là gèhératidn ptpjïàgêl' là face et faire créiti'é le genre hùittàîn; Mâintëtiant qtie ie monde est peuple eti^ëm|)li^ ceux ({m peuvent rester continents Se fdilt ëtiîiuqlië^ pôtir le royaume des yeux. Le Seigneur ne le prescrit pas, mais il y éxhoHe ; il ïi'ên fait peint tifî jottg nëëessàire, ptiisqù'bîi garde sa libëHé; Mais quand il dit ^ti'ii y à pluëiëurs demeurés dàiis là maison de son Pèrë^ . il indiqué ^u'il y à dés placés meilleures que les àtitrës. Gès placée là c'est vous qui lés gagnez^ c'est vbiiâ qui ëh rètràncHànt lés désirs de là cBàir^ oBlëriëiî Un meilleur partage dans lés biens du ciëL

Là vierge pure est iitïë îhiagë dti Ciitïst<

Sans doute, tous ceux qui dans la sanctification baptismale reçoivent le don de Dieu notre père^ dépouillent le vieil homme dans le Bain sàlutàiî^ê; TJiië iiëUvêlle naissance due à l'action de l'Esprit-Saint les purifie de la souil»

276 beVoiRS PÀkticiJLiËRs.

lure dupasse. Mais c'est à vous qu'appartient plus qu'à d'autres la sainteté et la vérité de cette nouvelle vie, à vous pour qui les désirs de la chair n'existent plus, en qui ne restent que ces aspirations vertueuses et spirituelles qui tendent à la gloire céleste. Voici la parole de l'apôtre dont le Seigneur à dit qu'il était pour lui un vase d'élection, et qu'il a envoyé porter le message céleste i « Le premier homme, dit-il, a été tiré du limon de la terre, le second du ciel. Tel est l'homme tiré de la terre, tels sont ceux qui sont de la terre, Tel est le céleste, tels sont aussi les célestes. De même que nous avons reproduit l'image de celui qui est de la terre, reproduisons l'image de celui qui est du ciel (1). » La virginité reproduit cette image, l'intégrité la reproduit, ainsi que la sainteté véritable ; ceux-là la reproduisent qui se souvenant des enseignements divins observent scrupuleusement la justice, fermes dans la foi, humbles dans la crainte de Dieu, courageux devant la souffrance à endurer, doux devant la violence subie, faciles et prompts à la miséricorde, n'ayant qu'un cœur et qu'une âme dans la paix fraternelle.

Les vierges doivent enfin s'aider et s'eocouragerdans la pratique de la vertu promise.

Voilà en détail, ô pieuses vierges, ce que

(1) I Coll., XV, 47 s.

VOUS devez pratiquer, aimer, accomplir dans la perfection, vous. qui tout entières à Dieu et au Christ à qui vous vous êtes consacrées, marchez à notre tête comme une troupe d'élite, vers le Seigneur.

Vous qui êtes avancées en âge, soyez les maîtresses des plus jeunes; vous les plus' jeunes, stimulez celles de votre âge. Encouragez-vous par des exhortations mutuelles ; par une pieuse émulation, animez-vous à la pratique de^^la générosité qui conduit à la gloire. Tenez bon courageusement, marchez selon l'Esprit, arrivez au but heureusement. Souvenez-vous de nous, je ne vous demande que cela, quand la virginité commencera à être honorée en yous {De habituVirginum).

Page 1