‹ Tertullien et saint Cyprien [microform]Chapitre 40 sur 49 · II. Devoirs des veuves · texte numérisé non relu

II. Devoirs des veuves

Aux veuves comme aux vierges le devoir de la chasteté incombait avec une force particulière. Dans un opuscule adressé à sa femme pour lui donner le singulier conseil de ne point se remarier quand il serait mort, TertuUien fait un éloge magnifique de la virginité et du veuvage. Après avoir rappelé que chez les païens mêmes on trouvait « par suite d'une inspiration du démon jaloux de Dieu » « le sacerdoce de la viduité en honneur », il ajoute :

u Combien la chasteté plaît à Dieu, puisque son ennemi en affecte l'apparence : non pas qu'il ait quelque chose de commun avec le

278 DEVOIRS EARTieÙLIERS.

bien, mais il affecte d'imiter ce que Dieu aime , pour l'autrager. Ce qu'il y a d'honorable en -effet dans la viduité, le prophète, parlant au nom de Dieu Ta défini d'un seul mot : « Soyez juste envers la veuve et l'orphelin; et puis, approchez, réglons notre compte » dit le S ei- ' gneur. Ces deux-là, autant ils sont exposés à être abandonnés de l'homme, autant la miséricorde divine s'ouvre à eux, et en prend la défense. Gomme il se rapproche du Père com^ mun, celui qui fait du bien à la veuve ! Et la veuve elle-même, quelle n'est pas sa dignité, elle dont le Seigneur se fait le défenseur!

Les vierges, je pense, n'ont pas reçu un pareil honneur en partage. Sans doute, une vertu solide, une chasteté sans tache, les pré-r destine à voir Dieu face à face : pourtant la veuve peut se réclamer d'un plus grand effort. Il est facile de ne point désirer ce qu'on ignore, de se détourner de ce qu'on n'a jamais souhaité. Une gloire plus belle s'attache à la continence qui connaît ses droits, et sait à quoi elle renonce. La vierge semble avoir plus de bonheur, la veuve plus de labeur. L'une a toujours possédé le bien, l'autre a fini par le trouver. Dans l'ime c'est là grâce, dans l'autre c'est la vertu qui est couronnée. Il est des biens qui nous viennent de la libéralité divine, d'autres qui sont le fruit de nos labeurs. Les dons de Eliéu sont dirigés par sa grâce; ce

que l'homme cherche à obtenir, est dû à son application. Appliquez-vous à la vertu de continence, à la modestie gardienne de la pudeur; au travail qui fuit les bagatelles; à la sobriété qui méprise le monde. Recherchez les rapports et les conversations dignes de Dieu, vous rappelant ce vers païen, sanctifié par l'emploi qu'en a fait l'Apôtre : « Les mauvais entretiens corrompent les bonnes mœurs ». yivrg lavec 4^8 persoîin^s bavardes, désœuvrées, adonnées au vin, affectées, est peut-être ce'quU} y a de plus opposé à la résolution de garder le veuvage. Par la porte de la loquacité se glissent des paroles ennemies de la pudeur ; par celle du désœuvrement, une fausse sécurité; l'intempérance introduit tous les désordres ; l'affectation amène en foule les tentations. (Tertullien, Ad Uxorem^ I, 5.)

CHAPITRÉ m DEVOIRS PARTICULIERS AUX CLERCS

Gomme les Vierges, les clercs ont des devoirs particuliers. Ils doivent, entre autres choses, se comporter avec respect et soumission vis-à-vis de l'évêque. A propos d'un-diacre qui était allé jusqu'à injurier l'évêque dont il dépendait, saint Cyprien écrit ce qui suit à un de ses collègues. .

L 1. Nous avons été, les collègues qui se trouvaient présents et moi, grandement et douloureusement émus, très cher frère, en lisant la lettre où vous vous plaignez d'un de vos diacres, qui, oublieux de votre dignité épiscopale, et des devoirs de son propre ministère, vous a peiné en vous accablant d'outrages et d'injures.

IL 1. Les diacres ne doivent pas oublier que le Seigneur lui-même a choisi les Apôtres, c'est-à-dire les évêques et les chefs de l'église, tandis que les diacres, ce sont les Apôtres, qui après l'Ascension du Seigneur les ont insti-

tués pour être les ministres de leur épiscopat, et de l'Église. Dès lors, ni plus ni moins que nous ne pouvons, nous, entreprendre contre Dieu qui fait les évêques, ils ne peuvent, eux, entreprendre contre nous qui les faisons diacres. 2. Voilà pourquoi il faut que le diacre, au sujet duquel vous nous écrivez, fasse amende honorable, montrant qu'il connaît l'honneur dû au sacerdoce, et qu'il donne, avec une humilité entière, satisfaction à l'évoque son chef. C'est par là en effet que commencent les hérétiques ; par là que les schismatiques s'essayent aux pensées funestes : ils se complaisent en euxmêmes, s'enflent d'orgueil et méprisent celui qui a été mis à leur tête. C'est ainsi que l'on s'éloigne de l'Eglise, que l'on élève au dehors un autel profane, que l'on se met en révolte contre la paix du Christ, contre l'ordre et l'unité voulus de Dieu. 3. S'il continue de vous irriter par ses outrages et de vous provoquer vous userez contre lui des pouvoirs de votre charge, en le déposant ou en l'excommuniant. Car si l'Apôtre écrivant à Timothée lui dit : « Que personne ne méprise votre jeunesse (1) »; combien plus vos collègues doivent-ils vous dire : « Que personne ne méprise notre vieillesse ». 4. Et puisque vous nous écrivez qu'il y à quelqu'un qui s'est associé avec votre

(1) I. TiM., IV, 12.

diacre, et qui participe à Taudace de son orgueil, vous pouvez aussi le châtier, ou l'excommunier, lui ou tout autre qui agirait contre l'évêque de Dieu. Nous les exhortons cependant, et nous les invitons à reconnaître leur faute, ^ donner satisfaction, et à nous permettre de suivre la ligne de conduite que nous nous sommes proposée, Nous préférons, et nous désirons vaincre par une patience indulgente les injures et les outrages, plutôt que de les punir par Tusage des pouvoirs que donne la qualité d'évêque. (St-Cyprien, Lettre III.)

Aux clercs s'impose aussi le devoir de réseryer au service de Dieu leur temps et leur activité, Les prêtres, ne doivent pas être désignés comme tuteurs ou curateç(r§ par apte testamentaire. Le fidèle qui au monient de mourir ferait un acte de ce genre devrait être privé des secours spirituels de l'église. C'est ce qui est rappelé dans la première lettre de saint Gyprîén, adressée aux prêtres, aux diacres, et au peuple de Furni, une petite ville de Tunisie.

I. 1. Nous avons, nos très chers frères, été vivement peines, mes collègues et moi, ainsi que les prêtres qui siégeaient avec nous, en apprenant que notre frère Geminius VietOF, au moment de sortir de ce monde avait, par disposition testamentaire, désigné comme tuteur de ses enfants, le prêtre Geminius Faustinus; Il y a longtemps qu'un concile a défendu de prendre un tuteur Oiti un curateur parmi les

clerps, attendu que ceux qui ont l'honneur du divin sacerdoce, et sont engagés dans lès devoirs de la cléricature ne doivent prêter leuc ministère qu'au saerifiqe et à l'autel gt ne vaquer qu'à la prière. Il est écrit î i< Un soir dat de Dieu ne s^engage pas dans l'embarras des choses du siècle s'il veut plaire à Celui qui l'a enrôlé (1) » 2. La recommandation est faitp à tous, mais combien plus doivent41 rester en dehors des embarras et du réseau des préoccupations profanes, ceux qui, voués à des occupations religieuses, ne peuvent s'éloigner de l'église, ni vaquer aux aftaires du siècle. Telle est la discipline qu'ont observée les Lévites dans l'ancienne loi : les onze tribus se partagèrent le sol, chacune en eut un Iqt ; la tribu de Lévi, qui était consacrée au serviee du temple et de l'autel, n'entra point dans ce partage. Les. autres vaquaient à la culture du sol, elle au culte divin uniquement; et pour sa subsistance les onze tribus lui servaient la dîme des fruits de la terre. Dieu avait voulu que tout fût ainsi réglé, afin que ceux qui se consacraient au service divin, n'en fussent point détournés, et forcés de donner leurs pensées et leurs soins à ^e» occupations pr@r fanes. G^est la m0me règle qui est êîjcare suivie aujourd'hui pour le clergé : on veut

(1) II TiM., III, 4;

que ceux que Tordination a élevés au rang de clercs dans l'Eglise de Dieu ne puissent être détournés en rien du service divin, ni courir le danger d'être engagés dans les embarras et les affaires du siècle; mais que plutôt, bénéficiaires des offrandes des frères, comme d'une sorte de dîme, ils ne quittent pas l'autel et le sacrifice, mais se consacrent jour et nuit à des occupations religieuses et spirituelles.

II. 1. C'est à quoi nos prédécesseurs ont eu égard quand ils ont pris la salutaire mesure de régler qu'aucun de nos frères, ne pourrait, en mourant, nommer un clerc tuteur ou curateur, et que si quelqu'un le faisait, on n'offrirait point le saint sacrifice pour son repos. En effet, celui-là ne mérite pas d'être nommé à l'autel de Dieu dans la prière des prêtres qui a voulu éloigner de l'autel des prêtres et des ministres de Dieu. 2. Voilà pourquoi Victor, ayant osé, contre la règle portée jadis par des évêques réunis en concile, établir tuteur le prêtre Geminius Fustinus, vous ne devez point célébrer le saint sacrifice pour son repos, ni faire aucune prière pour lui dans l'église ; ainsi sera observé par nous le décret saint et nécessaire que les évêques ont porté, et en même temps l'exemple sera donné à nos frères de ne point détourner les prêtres et les ministres de Dieu du service de son

DEVOIR^ Î*ARTICUlIERS AUX CLERCS. 285

Eglise, pour les engager dans des occupations séculières. En punissant la faute présente on empêchera, en ce qui concerne les clercs, le retour de faits semblables (St- Cyprien, Lettre I.)

diacre, et qui participe à Taudace de son Qi^gueil, vous pouvez aussi le châtier, ou Tèx- Gommunier, lui ou tout autre qui agirait contre l'évêque de Dieu. Nous les exhortons cependant, et nous les invitons à reconnaître leur faute, ^ donner satisfaction, et à nous permettre de suivre la ligne de conduite que nous nous sommes proposée. Nous préférons, et nous désirons vaincre par une patience indulgente les injures et les outrages, plutôt que de les punir par l'usage des pouvoirs que donne la qualité d'évêque. (St-C^prien, Lettre ÏII.)

Aux clercs s'impose aussi le devoir de réserver au service de Dieu leur temps et leur activité. Les prêtres, ne doivent pas être désignés comme tuteurs ou curatepir^ par apte testament^iire. Le fidèle qui au moment de mourir ferait un acte de ce genre devrait être privé des secours spirituels de réglisë. C'est ce qui est rappelé dans la première lettre de saint Gyprién, adressée aux prêtres, aux diacres, et au peuple de Furni, une petite ville de Tunisie.

I. 1. Nous avons, nos très chers frères, été vivement peines, mes collègues et moi, ainsi que les prêtres qui siégeaient avec nous, en apprenant que notre frère Geminius VictoF, au moment de sortir de ce monde avait, par disposition testamentaire, désigné comme tuteur de ses enfants, le prêtre Geminius Faustinus* Il y a longtemps qu'un concile a défendu de prendre un tuteur o.u un curateur parmi leë

clerps, attendu que ceux qui ont l'honneur du divin sacerdoce, et sont engagés dans les devoirs de la cléricature ne doivent prêter leur ministère qu^au sacrifice et à l'autel et ne vaquer qu'à la prière. Il est écrit : « Un soir dat de Dieu ne s'engage pas dans Tembarras des choses du siècle s'il veut plaire à Celui qui l'a enrôlé (1) » 2. La recommandation est îaitp à tous, mais combien plus doivent?il rester en dehors des embarras et dii réseau des préoccupations profanes, ceux qui, voués à des occupations religieuses, ne peuvent s'éloigner de l'église, ni vaquer aux ailaires du siècle. Telle est la discipline qu'ont observée les Lévites dans l'ancienne loi : les onze tyibus se partagèrent le sol, chacune en eut un Iqt ; la tribu de Lévi, qui était consacrée au service du temple et de l'autel, n'entra point dans ce partage. Les, autres vaquaient à la culture du sol, elle au culte divin uniquement ; et pour sa subsistance les onze tribus lui servaient la dîme des fruits de la terre. Dieu avait youlu que tQjit fût ainsi réglé, afin que ceux qui se consacraient au service divin," n'en fussent point détournés, et forcés de donner leurs pensées et leurs soins à des occupations profanes. C'est la même règle qi^i est €5i|C0re suivie aujourd'Bui pour le clergé : on veiit

(1) II TiM., III, 5;

que ceux que l'or dination a élevés au rang de clercs dans l'Eglise de Dieu ne puissent être détournés en rien du service divin, ni courir le danger d'être engagés dans les embarras et les affaires du siècle; mais que plutôt, bénéficiaires des offrandes des frères, comme d'une sorte de dîme, ils ne quittent pas l'autel et le sacrifice, mais se consacrent jour et nuit à des occupations religieuses et spirituelles.

II. 1. C'est à quoi nos prédécesseurs ont eu égard quand ils ont pris la salutaire mesure de régler qu'aucun de nos frères, ne pourrait, en mourant, nommer un clerc tuteur ou curateur, et que si quelqu'un le faisait, on n'offrirait point le saint sacrifice pour son repos. En effet, celui-là ne mérite pas d'être nommé à l'autel de Dieu dans la prière des prêtres qui a voulu éloigner de l'autel des prêtres et des ministres de Dieu. 2. Voilà pourquoi Victor, ayant osé, contre la règle portée jadis par des évêques réunis en concile, établir tuteur le prêtre Geminius Fustinus, vous ne devez point célébrer le saint sacrifice pour son repos, ni faire aucune prière pour lui dans l'église ; ainsi sera observé par nous le décret saint et nécessaire que les évêques ont porté, et en même temps l'exemple sera donné à nos frères de ne point détourner les prêtres et les ministres de Dieu du service de son

DÈVoiRS i*ARTICULlERS AUX CLERCS. 285

Eglise, pour les engager dans des occupations séculières. En punissant la faute présente on empêchera, en ce qui concerne les clercs, le retour de faits semblables (St- GyprIen, Lettre I.)

Page 1