CHUTE
Après sa désobéissance, l'homme fut chassé du paradis et mis sur la terre, comme dans une prison où il fut condamné au travail. Il conserva la même liberté qu'il avait auparavant, et par conséquent l'élément bon de l'âme ne fut pas anéanti. Mais il fut voilé. C'est que, en effet, d'importantes modifications eurent lieu dans notre condition (3). D'abord, Adam devint mortel et il transmit à toute sa postérité la sentence de mort dont il était frappé. De plus, une semence de péché fut alors introduite {delicti seniine inlato) dans notre nature (4). On devine qu'il s'agit de l'irrationnel que le serpent déposa en nous. Notre nature est donc viciée, corrompue ; il y a du mal dans notre âme. Et ce mal est, en quelque sorte, naturel, car il tient au vice de l'origine. Ou si l'on veut,
(i) De anima, i6. Voir plus haut, p. 128.
(2) De anima:, 27.
(3) De anima, 16, 38, 39, 41. ^4) Adv, Marc, i. 22 ; 5. 17.
TERTULLIEX 2^S
il y a comme deux natures en nous : l'une qui vient de Dieu, l'autre qui vient du démon. C'est cette dernière qui possède l'irrationnel (i). Dans cet état de choses, l'élément rationnel de l'àme, sans être anéanti, est voilé par l'autre. L'àme est souillée et, parce qu'elle est souillée, elle est pécheresse. Si elle fait le bien, ce n'est guère sans y mêler quelque mal. Témoin les femmes païennes qui, même lorsqu'elles restent fidèles à la chasteté, ne s'interdisent pas tout désir contraire à cette vertu. Il en va ainsi jusqu'au jour où l'âme reçoit une nouvelle naissance dans les eaux du baptême. C'est que, à partir de ce moment, elle est dans le Christ, tandis que jusqu'alors elle était en Adam (2;. II n'y a presque aucune naissance qui soit pure chez les païens. Quant aux chrétiens, l'apôtre nous apprend que là où l'un des deux conjoints est sanctifié, l'enfant est saint (3). On ne doit donc pas se presser de baptiser les enfants, car l'âge de l'innocence n'a que faire de la rémission des péchés (4).
Notons en terminant que notre premier père fit pénitence de son péché et qu'il réussit par là (5) à rentrer dans le paradis d'où il avait été chassé.