‹ TertullienChapitre 29 sur 53 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'iioniiiie.

NATURE DE l'aME ; SON ORIGINE ; LIBRE ARBITRE

Le traité De anima nous a fourni, sur la nature et l'origine de l'âme, des renseignements copieux sur lesquels il est inutile de revenir. Tertullien se représentait l'âme comme une substance corporelle et pourvue d'organes analogues à ceux du corps. Saint Augustin qui, dans le traité Des Hérésies^ a essayé, comme on l'a vu, de légitimer les expressions dont notre docteur s'est servi pour parler de Dieu, l'a résolument sacrifié dans la question de l'âme. A la suite de l'évêque d'Hippone, tous les théologiens admettent que Tertullien a méconnu la spiritualité de l'âme. Tous également voient en lui un défenseur du traducianisme, que déjà saint Jérôme et saint Augustin avaient signalé dans ses œuvres.

A différentes reprises, l'auteur du De anima et des livres Contre Marcion dit que l'âme d'Adam a tiré son origine ex Dei Jîatu, qu'elle était un adflatus Dei, que Dieu soufûa dans le corps humain, comme nous soufflons dans une flûte, que l'homme a tiré son âme de Dieu luimême (ab ipso Deo traxit) (i). Ces formules, qui ont une saveurémanatiste, n'ont été étudiées ni par les scolastiques ni même par l'école de Petau.

On a déjà pu constater que Tertullien croit au libre arbitre (2). Le passage suivant du De Exhortatione casti-

(i) De anima, 3, 4 ; Adv. Marc, 2, 5, 6. Voir plus haut, p. 120 à 123. (2) Voir plus haut, p. 120, 129.

TERTULLIEN 2a3

tatis achève de dissiper tous les doutes que l'on pourrait avoir (i) :

« C'est notre volonté qui nous fait vouloir le mal, contre la volonté de Dieu qui nous prescrit de vouloir le bien. Si l'on demande d'où vient cette volonté qui nous fait vouloir contre la volonté de Dieu, je réponds qu'elle vient de nous-mêmes. Et c'est justice. Ne devons -nous pas ressembler à la semence dont nous sommes sortis ? Or Adam, le chef de notre race et le premier pécheur, a voulu le péché qu'il a commis. Le diable ne lui a pas imposé la volonté de pécher, il lui a seulementprésenté un mobile d'action... De même, si vous désobéissez à Dieu qui, en vous donnant des ordres, vous a laissé le pouvoir de disposer librement de vous-mêmes, vous enfreignez la volonté de Dieu par votre libre volonté. Vous vous regardez comme terrassés par le démon. En réalité, le démon, s'il désire vous voir transgresser les pré-' ceptes divins, ne vous fait pas vouloir... C'est en nous seuls qu'est le vouloir. »

ÉTAT PRIMITIF d'adAM

L'homme fut créé sur la terre. Mais il fut, quelque temps après sa création, transporté dans le paradis (2), séjour fortuné, séparé de la terre par la muraille de feu qu'on appelle la zone torride {maceria quadam illius sonae a notitia orbis coimminis segregatum) (3). Là il avait avec Dieu des rapports familiers, qui devaient lui procurer une science universelle. Dans cetélaf, il n'était

(i) De exhortât., 2.

(2) Adv. Marc, 2, j ; j, 4.

(3) Apo/., 47.

pas sujet à la mort. Il n'avait pas non plusl'élément « irrationnel»qui est dans lanôtre. L'irrationnel, en effet, n'existant pas en Dieu, n'a pu nous être donné par Dieu : c'est un cadeau du démon (i). Néanmoins, son corps était formé de terre et il devait le nourrir au moyen des fruits des arbres. Il avait môme la concupiscence des aliments, la seule qui nous soit naturelle. Ajoutons que la propagation du genre humain devait se faire par les mêmes procédés qu'aujourd'hui. Nous en avons pour garant la parole : Crescite et inultiplicamini , parole qui prouve que Dieu ne condamne pas l'acte matrimonial lui-même, mais seulement l'abus qui en est fait par l'adultère et le viol(j). — On le voit, les baïanistes peuvent revendiquer Tertullien comme l'un de leurs ancêtres.

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