‹ TertullienChapitre 45 sur 53 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Eglise.

Le livre des Prescn'piiojis nous a fait connaître le rôle qui revient aux églises apostoliques dans la transmission de la doctrine du Christ. II nous a appris notamment que la communion avec les églises apostoliques est une garantie de vérité (communi camus cum ecclesiis apostolicis... hoc est testimo7iium veritah's'){i). Sans donner à la catholicité autant de relief qu'à l'apostolicité, TertuUien la traite cependant comme une qualité essentielle de l'Eglise. Il proclame que les apôtres ont enseigné « catholiquement » (catholice) la même doctrine que dans leur particulier (2). Il aime à rappeler que Marcion et Valentin ont d'abord adhéré à la croyance de l'Eglise catholique (Jn catholicae primo doctrinam credidisse) (3)^ que Marcion déposa une somme d'argent dans l'Eglise catholique (j)ecuniam... catholicae Ecclesiae contulit) (4). Et, devenu montaniste, une de ses préoccupations est de prouver que le Paraclet conduit ses fidèles dans les voies de « la tradition catholique » (5).

TertuUien connaît donc « l'Eglise catholique » (6). Cela revient à dire que les diverses communautés chrétiennes répandues à la surface de l'empire sont dominées par un principe d'unité. « Toutes les églises, si nombreuses qu'elles soient, lisons-nons dans les Prescriptions, s'identifient avec la première église fondée par les Apôtres, qui leur a donné naissance à toutes ». Et,

(i) De praescr., 21. Voir p. 48.

(2) Ibid., 26.

(3) Ibtd,, 3o.

(4) Adv. Marc, 4, 4.

(5) De monog., 2.

(6) Le mot « catholique » semble désigner sous sa plume une chose publique et commune.

ici encore, le raontanisme n'a point modifié ses sentiments, car l'auteur du Voile des Vierges, après avoir mentionné les églises de Grèce, ainsi que les autres églises apostoliques, s'écrie : « Nous formons (avec elles) une seule et même Eglise {jcna Ecclesia siimiis') » (2).

Les communautés chrétiennes sont donc englobées dans l'unité de l'Eglise. Mais quel est le principe qui les ramène à l'unité ? Quelle est l'àme qui relie les parties de ce vaste organisme ? Le Voile des Vierges répond à cette question : « Elles (les églises apostoliques) et nous, nous avons la même foi, le même Dieu, le même Christ, la même espérance, les mêmes sacramentel du bain. » Et, sans doute, ce livre est de la période montaniste ; mais les Prescriptions ne font que compléter cette réponse, quand elles disent : « Toutes les églises sont apostoliques (même celles dont l'origine est récente), parce que toutes sont unies, parce que toutes s'envoient mutuellement la paix (diim est illis communicatio pacis), parce que leurs membres se donnent le nom de frères (et appellatio f rater iiitatis'), parce qu'ils pratiquent l'hospitalité •les uns à l'égard des autres {et contesseratio hospitalitatis). Et il n'y a à maintenir tous ces liens qu'une seule chose : la même tradition d'une même foi (jjuae jura tion alia ratio régit quam ejusdem sacramenti una iraditio') (3). »

Toutefois, TertuUien n'ignore pas que, dans la fondation de l'Eglise, saint Pierre a joué un rôle transcendant. A diverses reprises, il rappelle que l'Eglise a été fondée sur Pierre (Pelrum aedijîcandae Ecclesiae petram dictum (4)

(1) De pracsc, 20.

(2) De virg . »<?/., 2. Noter encore le texte suivant (De praesc, 3o^ quî établit le rapport de l'église romaine avec l'église catholique : « Constat illos in cathoHcae primo doctrinam credidisse apud ecclesiam romanensem. »

(3) De praesc, 20. Voir aussi : ibid., 32.

(4) De praesc, 22.

— Ecclesiant quae super illum aedificatd) (i\ sans néanmoins s'arrêter à faire le commentaire de ces paroles. Il rappelle aussi que saint Pierre a reçu les clefs. Et nous l'avons entendu, dans le De piidicitia, nous expliquer comment il conçoit ce pouvoir des clefs. Nous l'avons entendu expliquer que saint Pierre ouvrit la porte du royaume descieux, parce qu'il fut le premier à exercer le ministère apostolique, donc à faire entrer les hommes dans l'Eglise et à les mettre sur le chemin du ciel (2). C'est la seule fois qu'il ait interprété le texte : Tibi dabo claves. Il l'a, il est vrai, utilisé dans le Scorpiace, mais sans s'expliquer bien nettement sur son compte. Il venait d'affirmer que le chrétien, qui meurt pour sa foi, n'est point arrêté dans l'autre monde par des puissances invisibles, et que le ciel lui appartient. On lui objecte que le ciel est actuellement fermé. « Rappelez- vous, répond-il, que le Seigneur a laissé les clefs à Pierre et, par lui, à son Eglise (Petro et per eiim Ecclesiae reliquisse). Tout chrétien qui, interrogé par ses juges, aura confessé sa foi, les emportera avec lui » (3).

Dans le De jejiiniis, TertuUien parle de conciles que tiennent les églises de la Grèce (aguntttr... per Graecias illa certis in locis concilia ex tmiversis ecclesiis) (4). Ces conciles traitent les affaires importantes et représentent le nom chrétien (Jpsa repraesentatio totius nomi/lis christiani magna ve?ieratio)ie celebrafur). On se rappelle le texte du De pudicHia (5) où il est parlé d'un concile des églises catholiques (jxb omni concilio Ecclesiaruni etiaju f^.y/r<3;r/ij;«) qui rangea le Pasteur <^W.ç.xm.di?, parmi les livres apocryphes.

(1) De monog'., 8.

(2) Voir plus haut, p. 216.

(3) Scorp., 10. Launoi (Ep. ad Vallantium, II, 5) et Dupin (De autiqua Ecclesiae disciplina, VI, I) ont dit que TertuUien attribue ici le pouvoir des clefs à l'Eglise, c'est-à-dire au peuple chrétien ; mais ils n'ont pas été suivis.

(4) De jejiin.y i3.

(5) De pudic, 10. Voir plus haut, p. iji;.

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