III. Les Chrysanthèmes de semis de Bernet
Quoique le premier Chrysanthème eut été introduit en France, pendant longtemps on n’y cultiva que quelques variétés, dont une répandue par Ærnout, fieu-
riste hollandais établi à Paris, donnant de grandes fleurs jaunes, rougeâtres à la face inférieure des ligules -externes et qui probablement avait pris naissance sur le C. pourpre. Ce ne fut qu’en 1824 que Louis Noisette importa les vingt-sept variétés connues alors en Angleterre, et, par la suite, Soulange-Bodin et Lémon en reçurent d’autres variétés des cultivateurs anglais ; mais elles n’eurent point le même succès qu’en Angleterre, à cause du ton terne de leurs teintes blanches, jaunes, lilas, pourpres, violettes. ,
Il fallut, pour obvier à cela, un événement fortuit : la découverte que le Chrysanthème mûrissait ses graines dans le midi de la France, ce qui permettait d’obtenir par le semis des variétés plus belles et qui seraient plus recherchées. C’est donc en France que ces semis furent produits ; en 1826, un officier retraité, à Toulouse, amateur de fleurs, le capitaine Marc Bernet, remarqua dans son jardin trois variétés de Chrysanthèmes, dont les fleurs desséchées renfermaient des graines fertiles ; il en fit un semis qui produisit, en 1827, une trentaine de plantes, dont certaines portaient des fleurs de formes et de coloris nouveaux ; prenant ces variétés comme porte-graines, il continua, avec l’aide de son jardinier, Dominique Pertuzès, ses semis l’année suivante, et, parmi les trois cents plantes qui en provinrent, il s’en trouva qui surpassaient les semis précédents, et, continuant ainsi, il réussit à former une collection qui alla toujours en s’améliorant, devint de plus en plus nombreuse, et dont il nommait et cataloguait les variétés. A dater de 1830, ces variétés furent répandues, par dons ou au moyen d’échanges, quand, en 1836, Bernet, s’apercevant que ses obtentions se trouvaient dans le commerce sous d autres noms que les siens, il envoya ses nouvelles variétés à son neveu Lebois, de Livry, près Paris, et celui-ci, par la suite, le mit en rapport avec Pelé (de
Paris), Miellez (de Lille), Salter (de Versailles), qui mirent une partie de ses gains au commerce.