II. Les premiers Chrysanthèmes cultivés
En 1789, le Chrysanthème parut de nouveau en Europe, et l’on peut regarder ce fait comme une nouvelle introduction, car les plantes mentionnées par Breyn étaient disparues. Cette même année, Pierre Blancard, négociant marseillais, rapporta de son cinquième voyage en Chine trois variétés de Chrysanthèmes à fleurs blanches, violettes, pourpres ; seule, cette dernière résista aux fatigues de ce long voyage et parvint vivante à Marseille, d’où elle se répandit dans les jardins d’Aix. de Toulon, du Dauphiné. En 1791, Rama Luelle, chanoine d’Aix, décrivit la nouvelle venue dans le Journal d'Histoire naturelle, sous le nom de Anthémis grandijlora, et en envoya des pieds au Jar-
din du Roi, à Paris, d’où, grâce à sa propagation facile, elle se répandit rapidement chez les amateurs, cultivée d’abord en serre, puis en pleine terre.
J.-M. Cels l’envoya au jardin de Kew, mais ce fut chez Colvill, à Chelsea, cju’en novembre 1795, il épanouit, pour la première fois en Angleterre, ses nombreuses fleurs moyennes, semi-doubles, à ligules réfléchies, qui furent d’abord remarquées et firent payer un bon prix cette plante, qui resta longtemps connue .sous le nom de C. old purple (vieux pourpre).
Le nombre des variétés ne s’accrut que lentement, et la Chine fut la source où on alla les chercher. Cultivé dans ce pays avec grand soin et beaucoup de succès, depuis un laps de temps très long, le Chrysanthème, sous l’influence d une culture prolongée, avait produit des variations nombreuses, car, à une époque relativement récente, on cite des cultivateurs chinois qui possédaient plus de cent soixante variétés, désignés par des noms plus ou moins bizarres. C’est donc de ce pays que des amateurs anglais firent venir de nouvelles formes, par l’intermédiaire de capitaines de la marine marchande. C’est ainsi que sir Abraham Hume reçut cinq variétés par les soins du capitaine James Pendergast, en 1798, une rose, une orange ; en 1802, une jaune d’or, une jaune à longues ligules ; en 1806, une brune. En 1808, ce fut le capitaine George Welstead qui lui rapporta une variété à grandes fleurs lilas et une autre à ligules blanches, longues et inégales. Et, en 1802, ce fut Thomas Evans, de Stepney, qui recevait du capitaine Henry Wilson une variété
jaune soufre.
Il y eut un arrêt jusqu’en 1816, année où Richard Rawes rapporta une variété blanche à son parent Thomas Palmer, amateur à Bromley. En 1817, Barr et Brookes, de Ball’s Pound, Islington, reçurent de Christian Loçkern, une belle variété blanche et, en 1819,trois
’ autres, dont une variété rouge feu. Dans les années
i suivantes, la Société d’horticulture de Londres porta
i son attention sur le Chrysanthème ; en 1824, elle avait
réuni une collection de vingt-sept variétés, dont elle devait un certain nombre, et non des moins belles, aux efforts de son correspondant, John Reeves, et de son collecteur, John Damper Parles, qui les firent parvenir en Angleterre par l’entremise de Osway Mayne, de Drummond, de Mayer.
Il faut y joindre quelques variétés obtenues par dimorphismes, que l’on fixa au moyen de bouturage ; le Vieux pourpre , peu de temps après son introduction, produisit, chez Colvill, un sport à fleurs blanches et, en 1802, un autre accident remarquable par le coloris variant du blanc au rouge de ses fleurs, d’où son nom de Changeable White (blan’c changeant), qui se trouva, dit-on, à Fulham, dans le jardin de l’évêque de Londres et fut répandu par Lee, de Hammersmith. En 1801, un Chrysanthème orange donna un sport à fleurscuivrées, etc.
Cette collection, réunie dans le jardin de Chiswick, permit d’apprécier les mérites et la beauté du Chrysanthème ; de plus, une exposition, ouverte à l’automne de i 1825, dans le même jardin, où sept cents plantes par¬
faitement fleuries furent exhibées, ainsi que la distri- I bution par la Société de boutures et d’exemplaires,
aidèrent beaucoup à sa diffusion rapide, car, en 1833, Haworth en classe et en décrit une collection de quarante-huit variétés, désignées par des noms signalant la couleur ou la forme des fleurs.