‹ Tesnier, François: Le Chrysanthème, 1906Chapitre 5 sur 13 · V. Les semeurs français · texte numérisé non relu

V. Les semeurs français

En France, non seulement Bernet continua ses semis, mais son succès lui créa des émules, d’abord dans le Midi, où le soleil facilitait la récolte des graines. A Toulouse même, ce fut Boisgiraud qui obtint Latour cVAuvergne, Général Foy, Casimir Péricr, etc.; puis Barthère, les frères Bonamy. À Tonnelle, près Tarascon, Audibert mit au commerce Reine blanche, Astre pâle, Etoile nébuleuse, etc. Au jardin des plantes d’Avignon, son directeur, Régnier, produisit Blanc rayonnant, Petit chiffonné, Jaune précoce, Rose panachée et bien d’autres, puis il délaissa cette culture. A Hyères, Rantonnet gagna aussi un certain nombre de variétés.

Le mouvement s’étendit et gagna Paris, où, dans le parc royal de Neuilly, le modeste et savant Jacques réunit une collection nombreuse, provenant de Toulouse, de Tarascon, d’Avignon, et qu’il essaya de classer d’après la couleur et la forme des fleurs et des ligules ; il fut aussi un semeur, utilisant les graines que lui envoya le professeur Tenore, du jardin botanique de Naples, et Régnier, du jardin des plantes d’Avignon dès 1834, dans un semis d’environ quatre cents plantes, il trouva plus de cent cinquante variétés bien différentes des formes connues et dignes de prendre place dans les collections, et il continua les années suivantes.

Dans le deuxième quart du XIX e siècle, on trouve trois cultivateurs qui ont tenu une place brillante dans la culture du Chrysanthème : Lebois, Pelé, Salter.

Lebois avait réuni, à Livry, près Paris, une collection importante, qu’il cultivait avec grand soin, et, dès

1836, il recul des graines récoltées à Toulouse par son oncle Bernct. Du semis de ces graines sortit Gizelle, à fleurs moyennes, rose tendre, marbré de blanc, qui reçut bon accueil des amateurs ; en 1838, parmi ses gains, trois furent conservés longtemps dans les collections : Etoile polaire, jaune vif dont les ligules recourbées formaient une fleur sphérique ; Mme Sophie Commerson, à fleur carminée et pointillée de jaune ; Vulcain, à très grande fleur bombée, pourpre foncé ; et d’autres gains à grandes fleurs parurent successivement jusqu’en 1847. Devant la difficulté d’obtenir des semences sous le climat de Paris, Lebois, depuis 1842, envoyait ses meilleures variétés à Grenade (Espagne), afin d’en retirer des graines fertiles.

Adolphe Pelé débuta, en 1831, dans la culture du Cnrysanthème avec dix-huit variétés et augmenta successivement sa collection des variétés paraissant chaque année ; en 1838 et les années suivantes, il acquit et répandit les gains de Bernet et de Lebois. La même année, il commença sa carrière de semeur, et ses débuts ne furent pas heureux ; depuis 1842, il envoyait ses porte-graines à Nice, d’où son correspondant lui adressait de nombreuses graines, qui lui permirent de semer en quantité et lui donnèrent le moyen d’obtenir, jusqu’en 1847, des variétés à grandes fleurs ; il obtint, en 1843, la première variété à fleur striée, qui, sur un fond violet clair, présentait des stries violet foncé ; en 1844, le C. striatum, à fleurs moyennes, pleines, bombées, à fond blanc strié de pourpre.

John Salter dirigea, de 1838 à 1848, un établissement à Versailles et, dès 1840, y avait réuni une collection de trois cents à quatre cents Chrysanthèmes, formée d’environ deux cent cinquante belles variétés françaises, des variétés introduites de Chine et des formes obtenues en Angleterre et à Jersey. Il contribua beaucoup à son amélioration par ses obtentions, qui furent, en

1844 : Annie Salter, Mme Poggi, Reine fies jaunes ; en 1846 : Cgclope, Fleur de Marie, Nancy de Sermel ; en 1847, Queen of England, qui, par la forme et la dimension des fleurs, marquait un véritable progrès.

Jusqu’en 1846, on ne cultiva que les variétés de Chrysanthèmes descendant des plantes chinoises, dont les fleurs, plus ou moins doubles, à ligules quelquefois tuyautée, le plus souvent plates et plutôt irrégulièrement disposées, et qui, sous l’influence de la culture et de la sélection, se transformèrent en capitules de plus en plus régulièrement imbriqués, récurvés ou incurvés ; cette dernière forme de fleurs, dont les semis de Jersey présentaient déjà les caractères, eut pour ancêtre une variété introduite en 1820, le C. involutum, dont les capitules lilas avaient les ligules un peu relevées, légèrement ondulées. Ce fut le type le plus généralement admis en Angleterre, tandis qu’en France, on préféra les fleurs à ligules plates et rayonnantes.

VI Les Chrysanthèmes pompons (1847).

C'est à ce moment que parurent deux nouvelles variétés remarquables par leurs très petits capitules, dont les descendants, sous le nom de Chrysanthèmes pompons, que leur donna Pelé, firent en France une sérieuse concurrence aux Chrysanthèmes à grandes fleurs. Ils avaient été envoyés de Chine, en 1846, à la Société d’horticulture de Londres, par Robert Fortune, son collecteur. L’une fut le C. minimum, à fleurs pleines, jaune d’or ; l’autre était le Chusan Daisy (Pâquerette de Chusan), tenant son nom de l’île de Chusan, et de ses nombreuses fleurs à disque jaune entouré de ligules rose lilacé et ressemblant à une Pâquerette. Peu estimée en Angleterre, cette dernière, à qui Paxton donna le nom de C. malricarioldes, fut introduite en

France, en 1847, par Salter et, grâce aux nombreuses graines qu’elle donna de suite, produisit entre les mains des semeurs français de nombreuses variétés à

capitules plus doubles que le type.

En cette année 1847, Lebois affirme avoir trouvé, dans ses semis de Chrysanthèmes de Chine, une variété, Circé, dont la fleur à fond rose pointillé avait la forme d’une Renoncule. L’année suivante, il obtint de cette nouvelle variété quatorze plantes à ligules parfaitement imbriquées et de coloris variés ; c’étaient La Fiancée, Bernelianum, Piquillo, Le Pactole, Rose Chéri, etc., qui, répandues par Miellez (de Lille), eurent un grand succès chez les amateurs.

A la même époque, Bonamy (de Toulouse), envoya au jardin des plantes de Paris des variétés à fleurs semblables à celles de Lebois, mais plus petites et moins pleines.

Il y a tout lieu de croire que la première variété de Chrysanthème pompon ou à petites fleurs de Lebois, ainsi que celles de Bonamy, provenaient des graines de la Pâquerette de Chusan, tout comme les belles et nombreuses variétés obtenues par Pelé, qui sema cette race en grande quantité.

Le C. pompon présentait des tiges élevées, qui n’étaient pas en rapport avec les dimensions de la fleur ; dans le Midi, les semeurs n’avaient recherché que la diversité des coloris et la régularité des capitules. A Paris, Lebois, et surtout Pelé, s’attachèrent à obtenir des plantes plus proportionnées, et cela avec succès, puisque, dès 1854, sous le nom de C. pompons nains, ils montrèrent des plantes à tiges courtes, bien ramifiées et donnant une floraison abondante.

On reprocha aussi au Chrysanthème pompon de fleurir trop tardivement et trouver des variétés à floraison précoce fut une tâche à laquelle plusieurs semeurs collaborèrent. C'est au jardin des plantes

d’Avignon que les premiers résultats furent obtenus par le jardinier en chef, Pierre Coindre, qui, en 1850, obtint le C. Requiert, qui fleurissait en juin, et le C. Aymé, qui fleurissait en août- En 1852, un semis de ces deux variétés donna le C. Athénosy, qui constituait déjà une amélioration. La même année, Lebois reçut de Coindre deux variétés, l’une jaune à deux rangées de ligules, l'autre safranée et très double, et les graines provenant de ces deux plantes lui donnèrent les premiers Chrysanthèmes précoces fleurissant de juillet à septembre, forme qui fut définitivement fixée en 1855, et dont les coloris furent bien améliorés les années suivantes. Pelé produisit aussi des Chrysanthèmes précoces, dont le point de départ fut l’obtention, en 1853, d’une variété à fleur jaune de chrome brillant, fleurissant dès le mois de juin, dont il céda la propriété à Henderson, fleuriste de Londres, qui le fit connaître sous le nom de C.~ Hendersoni.

Le C. pompon, par son croisement avec le C. à grande fleur, contribua à la création de la race dite Chrysanthème hybride, à fleurs moyennes, que Bonamy fit connaître dès 1850.

Ces différentes races produisirent annuellement de nombreuses variétés, grâce aux efforts de Pelé, de Ferrand (de Marseille) ; de Bonamy, de François Pertuzès, de Lebois, qui s’était retiré à Bourasole, près de Toulouse, y continua de semer particulièrement le C. pompon, et aussi de sa veuve, qui, après sa mort, en 1863, continua ses travaux : les dernières obtentions de Lebois furent vendues par Amb. Verschaffelt (de Gand).

Vil. Les Chrysanthèmes anglais de Salter et de Guernesey (1850).

Salter, en 1848, se transporta à Hammersmilh, près de Londres, et y continua la culture du Chrysanthème,

mais il dut dubir le goût de ses concitoyens pour les C. à grandes fleurs ou C. de Chine, et quoiqu’il eut gagné des C. pompons et des C. hybrides, il s attacha plus particulièrement aux variétés du type a fleurs incurvées, à coloris brillants,, qui, a partir de 1850, fut considéré en Angleterre comme la véritable perfection dans le Chrysanthème ; pour ce faire, il envoya ses porte-graines non seulement dans 1 Europe méridionale, où il élait en correspondance suivie avec F. Sahut, de Montpellier, mais aussi au Cap et en Algérie, d’où on lui renvoyait des graines parfaitement

mûres.

Il popularisa aussi les belles variétés qui furent obtenues dans les îles de la Manche, où, pendant une vingtaine d’années, de grandes améliorations dans la forme et le coloris furent apportées par d heureux semeurs, comme Charles Smith, jardinier du général Slade, Préault jardinier du major-Carey, et aussi par Thomas Pethers, James David, Alexandre Clarck. Bird, ■et plus tard Forsyth, de Stoke-Newington, collaborèrent aussi a la vulgarisation des variétés obtenues à

Guernesey.

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