VI
Le Dahlia à fleurs simples.
, Le Dahlia à collerette
Le Dahlia ' devait se voir appliquer le proverbe que le mieux est l’ennemi du bien : on se lassa de 1a. régularité géométrique de ses
capitules, on les trouva trop monotones, trop lourds et l’on revint aux fleurs simples que l’on dédaignait quelque cinquante ans auparavant. Ce ne fut pas précisément les variétés simples d’autrefois qui revinrent à la mode, mais des variétés du D. gracilis. Celui-ci fut découvert au Mexique par B. Roezl qui, en 1873, l’envoya à E. Ortgies,du jardin botanique de Zurich; c’était une plante naine, buissonnante, donnant de nombreuses fleurs rouge orange brillant de 0.06 à 0.07 de diamètre se détachant bien d’un feuillage élégamment découpé, qui vers 1878, grâce aux soins de Moore, du jardin de Chelsea, donna les premières variétés : gracilis superba, carmin intense, — g. /ulgens , écarlate, g. cuprea, rouge cuivré, — g. lutea jaune de chrome. On mit aussi à contribution le D. coccinea qui était retombé dans l’oubli, après avoir été réintroduit en 1848, de graines reçues du Mexique, par Schechtendal, du jardin botanique de Halle ; une partie de ces graines communiquées au Jardin des Plantes de Paris avaient donné parmi quelques variations des fleurs simples orange clair et jaune auxquelles on ne prêta pas d’attention. Au jardin de Chelsea, où on cultivait les vieilles formes qui furent connues sous les noms de D. coccinea , Ccrvantesi, mcxicana, lutea, on obtint en 1879, deux variétés écarlate orange et jaune brillant qui furent répandues l’année suivante par Cannell (de Swanley) ; ce dernier cultivateur re-
trouva et appela l’attention sur le D. Paragon, plante robuste, à ligules marron velouté bordé cramoisi foncé, une ancienne et des plus belles variétés simples du D. variabilis, obtenue en 1834, par Samuel Appleby (de Doncaster).
Il est aussi fort possible que le D. glabrata, de port nain, ramifié, entièrement glabre eût une part dans la production des Dahlias simples ; en 1840, il donna ses fleurs lilas longuement pédonculées dans le jardin de la Société d’horticulture de Londres qui avait reçu les graines par l’intermédiaire de G. F. Dickson ; mais il partagea le sort des autres espèces à fleurs simples et ne fut guère conservé que dans les jardins botaniques.
Un succès très complet accueillit cette nouvelle forme, dont le port élégant, les nombreuses fleurs sortant gracieusement du feuillage, à ligules très régulières, ne ressemblaient nullement aux Dahlias simples du début de la culture, et qui trouva un emploi spécial dans l’ornementation. Les progrès furent rapides ; dès 1882, des semeurs comme Cannell, T. Ware (de Tottenham), Keynes, Cullingford (de South Kensington) montrèrent des variétés nouvelles qui laissaient prévoir ce que l’on pouvait attendre du nouveau favori qui ne tarda pas à posséder les coloris blancs, roses, rouges, violets, orangés, jaunes dans leufs différentes nuances.
En France, ce fut surtout les semeurs lyonnais qui contribuèrent aux progrès du Dahlia simple. Léonard Lille obtint d’abord des fleurs striées et panachées, sur des plantes dont la taille élevée, en 1887, descendait à 0.90 ei trois ans après à 0.50 ou 0.60, reproduisant fidèlement ses caractères par le semis, et enfin, en 1891, il gagna une race tout à fait naine présentant tous les coloris du blanc au rouge très foncé. Crozy aîné, d’une vieille variété trouvée par Van Houtte (de Gand) curieuse par son feuillage pourpré, mais à floraison tardive et parcimonieuse, gagna en la fécondant par le D. gracilis une race florifère, conservant son feuillage caractéristique et qui parut en 1891 sous le nom de D. à feuilles pourpres laciniées. Vers la même époque parut le D. rouge minium remarquable par son coloris, son port, sa iloribondité : il fut plus connu sous fe nom de D. Jules Chrétien , son obtenteur, l’un des chefs du Parc de la Tête d’Or, qui gagna ensuite des plantes présentant des nuances nouvelles, des panachures inatten- , dues et qui furent répandues par Rivoire sous le nom de D. simples Perfection. En 1899, Rivoire vendit le D. moiré obtenu par Chabanne du jardin botanique du parc de la Tête d’Or, dont les ligules rouges étaient zébrées transversalement de blanc. La même année, Loiseau •de Beaunej lit connaître des variétés dont le disque central jaune était entouré d’un cercle
foncé formé par les macules occupant la base de chaque ligule.
En Belgique, Schreiber (de Tongres) gagna des fleurs dont les ligules étaient régulièrement bordées de nuances se détachant bien sur le fond généralement blanc et qui furent mises au commerce en 1894, par Jacob Makoy (de Liège).
En 1894, on recommanda en Angleterre une race très naine de 0 m. 22 à 0 m. 35 de hauteur, de coloris variés, le D. Thom Thumb , obtenue par T. N. Girdlestone, de Sunningdale, et l’on peut rapprocher cette obtention de la race naine gagnée la même année à Lyon, par L.
Lille. ■ : .
Un autre curieux changement fut le D. à collerette caractérisé par l’apparition autour du disque d’une collerette formée d’organes pétaloïdos qui se développaient à la base de chaque ligule sur laquelle ils étaient plus ou moins appliqués ; quelques chose de similaire à cette transformation s’était déjà montré dans les premiers 'semis de Dahlias mais sans attirer l’attention. Elle se produisit en 1898, à Nancy, chez Gerbeaux qui gagna le D. Gloire de Nancy à fleurs rouge violacé avec une collerette de petits pétales blancs ; l’année suivante dans un semis fait à Lyon, au jardin botanique du Parc de la Tête d’Or, Chabanne et Goujon trouvèrent deux variétés mieux caractérisées : le D. Président Viger à ligules rouges et à collerettes blanches et le D. Joseph Goujon , à ligules rouge écarlate
et collerette jaune strié rouge ; elles furent mises au commerce par Rivoire, qui en obtint de nouvelles variétés les années suivantes.
Le Dahlia Cactus
En 1872, arriva accidentellement en Hollande, le D. Juarezi, déjà transformé, à fleurs doubles et qui rendit la popularité au Dahlia double. J. T. Van der Berg, de Juxphaas, près d’Utreoht, reçut d’un de ses amis résidant à Mexico, un envoi de graines et de tubercules qui arriva en fort mauvais état ; un tubercule seul développa un bourgeon dont on fit une bouture que l’on conserva en serre pendant l’hiver et qui plantée en plein air en 1873, donna une plante vigoureuse d’un port compact, à fleurs écarlate vif, cachées dans le feuillage, mais qui attirèrent l’attention par leur conformation singulière, tous les fleurons semblables aux ligules de la circonférence étaient aplatis, allongés, terminés en pointe plus petits au centre, montrant une forme fort différente des Dahlias doubles globuleux que l’on possédait.
Le Dahlia Juarezi passa en France, en 1876, où il fut connu sous les noms de D. Corne du Diable, Etoile du Diable, en souvenir d’une plante du même genre qui fut montrée sous ce nom en 1847, par Mézard ; puis, il retourna
tv l
-en Hollande, chez Ant. Roozen, d’Overveen, qui l’envoya en Angleterre à W. H. Cullingford, de Kensington, et quand en 1879, H. Cannell l’exposa à Londres, il fut très remarqué et de la ressemblance de sa fleur avec celle d’un Cactus. il prit le nom de D. à {leur de Cactus quil a conservé.
A partir de ce moment le D. Cactus fit d’étonnants et rapides progrès en Angleterre, où les premières variétés furent exclusivement obtenues d’abord par T. Ware de Tottenham, W.
Keynes qui en 1884 firent connaître des coloris nouveaux. Ensuite, Cannell, Cheal, Wyatt, West, Burrell, Stredwich, Turner, etc., qui outre des nuances où des dispositions de nuances nouvelles, gagnèrent des variétés où la forme des ligules varia grandement et influa sur celle des fleurs, soit qu’elles fussent disposées symétriquement ou plus ou moins irrégulièrement ; quelquefois très grosses, ou fines et même effilées, enroulées à leur extrémité ou dans toute leur longueur ; ayant la forme d’un tube ; entières, mucronées ou échancrées plus ou moins profondément à leur extrémité ; de plus, la floraison devenait plus hâtive et les fleurs plus érigées se détachaient mieux du feuillage.
En France, quelques semeurs comme André Charmet, de Lyon, Cayeux et Le Clerc, de Paris ont bien gagné quelques D. Cactus distincts, mais ce fut plutôt dans l’obtention d’une série
que l’on désigna sous le nom de D. décoratifs; que les producteurs français eurent du succès. Ces plantes provenaient du croisement des anciennes formes et de D. Cactus et se faisaient remarquer par la grandeur et la régularité des fleurs. En 1892, Coûtant, secrétaire de la Société d’horticulture de Douai, obtint dans cette voie des plantes, dont une le D. Grand Duc Alexis est encore recherchée ; à Lyon, on produisit de remarquables variétés, telles que le D. Perle de la Tête d’Or , gagné par Chrétien en 1893 et qui fut longtemps la seule variété réellement blanche.
l’I n’est pas jusqu’au D. Cactus à fleur simple qui fit son apparition en Angleterre, en 1891, chez E. J. Lowe, de Chepstow et qui fut cultivé et répandu par Dobbie, en 1894.
On voit qu’en près d’un siècle le Dahlia a subi de grands changements et fait de grands progrès; et chaque fois que la vogue fut près de l’abandonner il surgissait une nouvelle forme qui le remettait en faveur et lui permettait de maintenir dans les jardins sa réputation de roi de l’automne.
Le Texnier.