II. François CELS
Des trois fils de Martin Cels, deux moururent jeunes, l'aîné, qui avait suivi la carrière militaire et le troisième qui était passé en Angleterre ; le second, François Cels, né en 1771, fut élevé dans la culture et. acquit sous la savante et sévère direction de son père, des connaissances pratiques qui, au témoignage de Ventenat, lui permirent de collaborer activement à la conduite de l’établissement de Montrouge ; aussi, à la mort de Cels père, se trouva-t-il préparé pjour recueillir ce lourd héritage ; si les difficultés étaient, moindres qu’au début, la tâche était encore ardue, car cet établissement n’était plus unique en son genre, et l’avoir menée a bien fut le grand mérite de François Cels. Non seulement il continua d’entretenir les relations existantes,mais il les étendit considérablement et pour ne pas laisser déchoir les collections, il s'attacha à réunir et à cultiver tout ce qui paraissait en plantes nouvelles.
Son jardin resta l’école où de nombreux jardiniers s’initièrent à la culture et où l’art de la multiplication et de l’élevage des végétaux fit encore des progrès marqués. Les savants français et étrangers y furent toujours les bienvenus pour l’étude et y trouvaient d’abondants matériaux pour leurs travaux ; Redouté y termina ses Liliacées et Mordant de Launay y fit dessiner plus d’une plante décrite dans l 'Herbier général de l’Amateur. Les amateurs, fort bien accueillis, le visitaient souvent ; ils recherchaient et appréciaient à leur valeur les entretiens de François Cels, et celui-ci se plaisait surtout dans la société de personnes, qui par goût ou par profession, aimaient et cultivaient les plantes.
En 1808, François Cels avait transporté son établissement chaussée du Maine, entre les barrières du Maine et du Mont-
Parnasse ; il avait supprimé les pépinières et s’était borné à la culture des plantes d’ornement de serre et de plein air, et c’était chez lui que le plus souvent se trouvait pour la première fois, en France, la plupart des plantes nouvelles de ces différents pays, mais plus particulièrement d’Angleterre ; aussi, écrivait-il en 1832 : « Jaloux de suivre les progrès toujours croissants de la science horticulturale, mes jardins renferment tout ce que le commerce peut offrir en plantes rares, précieuses et nouvelles introduites en France de toutes les parties du monde. »
On peut se rendre compte de l’importance de ses cultures, ainsi que des goûts des amateurs de l’époque en parcourant le dernier catalogue qu’il publia en 1832, où l’on voit les plantes méritantes anciennement connues à côté des nouveautés les plus récentes et qui énumèrent, sans compter quelques collections spéciales, plus de 4.000 espèces, c’est-àdire un millier de plus que celles contenues dans l’établissement de Cels père ; mais ce qui caractérise le plus les progrès que la science des plantes avait fait dans ce laps de temps, c’est que le nombre des genres a passé de 260 à 1230.
11 coopéra en 1827, à la fondation de la Société d’horticulture de Paris et fut membre de son conseil d’administration ; il se montra un de ses adhérents les plus actifs, aussi à la séance publique de 1832, en témoignage d’estime et pour reconnaître les multiples services qu’il- avait rendus à l’horticulture, elle lui décerna sa grande médaille d’or. Il mourait peu après en 1832, victime du choléra.
Si dans le monde savant, François Cels n’a pas atteint la notoriété de son père, dans le jardinage, il a porté dignement son nom, autant par son zèle, son savoir pratique que par la grande loyauté de ses relations commerciales, et malgré la gêne que lui causèrent les circonstances difficiles du temps, il a conservé au Jardin Cels toute sa renommée et maintenu l'influence qu’il exerçait sur la culture des plantes exotiques.
Il faut dire que dans ses travaux, François Cels fut grandement secondé par Duval, un des jardiniers de Cels père qui était entré au jardin de Montrouge, en 1799, à l’âge de 17 ans ; il lui confia, en 1806, le poste de premier jardinier, se
reposant sur son intelligence et ses connaissances pratiques. Pendant plus de 25 ans, la persévérance de Duval s’exerça utilement dans l’intérêt du jardinage, surtout pour les progrès de la multiplication des végétaux, où sa perspicacité sut trouver plus d’un moyen nouveau, comme l’extension du bouturage aux racines ; aussi, pendant sa longue collaboration, il aida François Cels à répandre le goût des plantes, ce qui lui donne droit à quelque souvenir.
1. Note sur les genres de plantes cutlivées chez François Cels.
F. Gels culIVvait plus de 800 espèces ligneuses distribuées dans 190 genres environ : les grands arbres, Erables, Micocouliers, Frênes, Bouleaux, Piètres, Peupliers, Châtaigniers, Tilleuls, Ormes, Charmes, Robiniers comprenaient toutes les espèces et variétés connues ; les Chênes étaient représentés par 14 espèces de l’ancien continent et 18 espèces américaines ; les Noyers d’Amérique étaient au nombre de 10. La collection de Conifères aussi était complète avec 8 Abies, 18 Pins, le Cunninghamia sinensis , le Cyprès Chauve, le Gingko biioba, 7 Cyprès, 19 Génevriers dont le Juniperus drupacea , le Cèdre du Liban, des l.arix, des Taxus, des Thuya.
Les plantes de terre de bruyère étaient nombreuses et c’était la meilleure collection que l’on pouvait trouver à Paris et aux environs ; on y trouvait le Rhododendron ponticum en 16 variétés ; autant de R. Azaloïdes ; les R. punctatum , terrugineum, hirsv.lum , dahuricum , caucasicum ; — 16 espèces et variétés de Bruyères rustiques ; — les Azalea aurantiaca, pontica, calendulacea, viscosa , nudi[lora, glauca avec plus de cent variétés ; — 14 espèces de Magnoliers dont quelques-uns très rares comme le Magnolia auriculata ; le Magnolia grandi[lora avec 12 variétés ; puis de nombreux Andromèdes, les Clethra alnifolia et arborea, le Gaultheria procumbens, 8 espèces et variétés de Kalmia, des Arbutus, 5 espèces de Lédon, le Rhodora canadensis , environ 20 espèces de Vaccinium , etc. ; de plus, beaucoup de plantes étaient cultivées en pleine terre de bruyère dans des bâches non chauffées, abritées l’hiver avec des planches et des paillassons.
De nombreuses séries de Viburnum, de Cornus , de Spirées,
de Ribes, de Sumacs, de Nerpruns, de Prunus , de Berberis, de Cratægus, de Chèvrefeuilles, de Houx dont 12 variétés du Houx commun, de Fusains, de Daphné, de Clématites, de Cytises, etc., que l’on eut trouvé difficilement réunis autre part. Il s’y trouvait aussi la Glycine de Chine cultivée d’abord en serre ; le Maclura aurantiaca, dont le premier pied femelle avait été donné par Michaux en 1823 ; l’dcacia Julibrissin ; un Jujubier qui avait fructifié en 1828 ; VAristotelia Macqui foliis variegatis, YAnona grandiflora, le Calycanthus præcox grandiflorus, le Ca.ragana jubala, les Diospyros lucida et virginiana , le Coriaria sarmentosa, la Pivoine en arbre, le Liquidambar imberbe, le Liriodendron tulipilera integrifolia, le Phüadelphus coronarius flore pleno, le Bumelia reclinata, le Sorbier des oiseleurs panaché, les Stewartia penlagyna et Malachodendron, un Merisier à branches fastigiées, etc., etc. Il faut y ajouter une collection d’environ 300 variétés de Rosiers. , ’,
La collection de plantes vivaces de pleine terre comptait plus de 700 espèces et variétés renfermant les Cypripedium Calceolus, pubescens, spectabile ; 28 espèces et variétés de Pivoines herbacées ; nombre de variétés de Campanules, d’iris, de Phlox, d’Aster ; 23 espèces de variétés de Lis dont les Lilium japonicum, longiflorum philadelphicum, pumilum ; le Lobelia speciosa, le Lupinus polypliyllus, le Liatris spicaia, 1 ’Osmunda regalis, le Chelone digitalis, le Bocconia cordata, le Phlomis laciniata, le Pontederia crassipes, le Rhexia virginica, le Rheum Ribes, le Sarracenia purpurea en nombreux exemplaires.
Parmi les plantes que l’on abritait dans l’orangerie, le plus grand nombre avait été fourni par les flores de la Nouvelle Hollande et du Cap. De la première, Gels père avait reçu du Muséum, des graines rapportées par le capitaine Baudin, en 1804, et les plantes qui en provinrent ne fleurirent que du temps de François Cels. Quelques familles étaient largement représentées, telles les Légumineuses avec les Acacia, dont l’A. vestita, qui fut bien connu sous le nom d'.l caria de Sainte-Hélène et qui était multiplié en nombre; les Dillwynia, les Kennedya, les Gompholobium dont le G. Celsianum qui fleurissait pour la première fois, les Hovea, les Pultenæa, les Goo'dia, le Mirbelia reticulata,
etc. Les Myrtacées étaient nombreuses aussi avec 16 espèces de Metrosideros, 30 Melaleuca, 20 Leptospermum, 4 Tristania, 18 Eucalyptus, les Calistemon, les Beaufortia pinifolia et decussata, le Fabricia laevigata, etc. Les Protéacées dont on cultivait alors avec succès de nombreuses espèces étaient représentées par 9 Banksia, 8 Dryandra, 20 Hakea, des Grevillea, des Lambertia, des Lomatia, etc. ; pour la petite famille des Epacridées, c’étaient les Aslrolsma, les Leucopogon et les Epacris, ce dernier étant le seul qui se trouve encore dans les jardins : dans les Diosmées, se trouvaient le Crowea saligna, les Eriostemon, les Correa, les Boronia, etc. On trouvait ayant la même origine le Dianella cœrulea, les Pittosporum undulatum et revolulum, les Pimelea, les Goodenia, le Doryanthes excelsa, les Billardiera, les Pomaderis, etc.
Le Cap avait fourni toute une série de plantes bulbeuses appartenant surtout aux Liliacées et aux Iridées ; pour les premières c’était des Albuca, des Lachenalia, VAgapanthus umbellatus et ses variétés, des Ornithogales, les Tritoma uvaria, et media, VEucomis punctata, des Drimia, etc.' pour les secondes, 24 espèces de Glaïeuls, dont les Gladiolus blandus, cardinaüs, carneus ; des Watsonia, des Babiana, des Antholyza, des Ferraria, plus de 30 espèces de variétés d'Ixias, etc.
C’était aussi de nombreuses Ficoïdes, 33 espèces d'Aloe, des Stapelia., un certain nombre de Crassulacées. comme le Rochea talcala , des Cotylédon, 29 espèces et variétés de Crassules que l’on collectionnait sous le nom de Plantes grasses. Nombreuses étaient les espèces de Protea, de Diosma, A'Helychrysum, de Polygala, de Phylica, de Gnidia et bien d’autres qui ne sont que peu cultivées ou tombées dans l’oubli.
Parmi les autres plantes de serre froide provenant d’autres contrées, on peut en citer certaines qui se trouvent encore dans les jardins : YAnagyris fœtida, YAnagallis Moneli, le Cistus laurifolius, le LAnaria trîornithophora, de l’Europe méridionale ; le Cistus purpurcns, YHypericum olympicum, le Michauxia companuloides, du Levant ; — l’Echium candicans, le Piltosporum. coriaceum, le Solanum pseudo- Capsicum, le Musschia aurea de Madère ; — YArbutus canariensis, le Canarina campannlala, VEchium giganteum, le
Fig. 4. — Types de plantés introduites par F. Cels : A. Mimulus variegatus. B. Agératum cœlestinum. C. Calceolaria corym'bosa.
Buscus androgynus, le Sempervivum Labulare, des Canaries;
— l'Ardisia crenulala, plusieurs variétés d ’Azalea indica, le Nandina dumestica, le Lagerstrœmia indica, le Slerculia platanifolia, de la Chine ; — le Camphrier, YUovcnia dulcis, du Japon ; — le Myrsine capilellata , le Menispermum laurifolium, du Népaul ; — le Solandra scandens, le Duranta Plumieri, des Antilles ; — le Buddleia globosa, le Tupa Feuillei, les Calceoria coryrnbosa, rugosa, racerrcosa, VA'uraucaria imbricata, le Calandrinia grandijlora, du Chili ; — le Datura arborea, 1 ’Alonzoa linearis, le Buddleia spicata, du Pérou ;
— Y Agératum cœlestinum, le Lophospermum scandens, le Ceanothus cœruleus, le Maurandia Berclaynia, le Cobœa scandens, du Mexique. Deux autres raretés étaient l'attrapemouche ( Bionœa muscipula) qui ne se trouvait que chez Cels et YAraucaria excelsa que l’on multipliait de boutures.
L’ensemble renfermait plus de 1400 espèces et environ 440 genres ; il faut y ajouter quelques genres alors bien plus recherchés qu’ils ne l’ont été depuis ; le Myrte commun avec une dizaine de variétés : — le Laurier-rose avec 16 va, riétés ; — une collection de Bruyères autrefois bien plus considérable, mais comptant encore près de 80 espèces et variétés ; — le Pélargonium avec 76 espèces et variétés ; — l’Oranger qui présentait près de 80 formes en beaux et forts sujets, mais dont il •était fait une culturel importante en plantes marchandes ; — le Camellia avec 86 variétés et qui étaient probablement la collection la plus complète de Paris. François- Cels était réputé un cultivateur habile dans ce genre et un des rares écrits qu’il a laissés traite de leur culture : il recommande pour le remportage l’emploi de la terre concassée, mais non tamisée, de bassiner le feuillage chaque jour après le coucher du soleil et de laisser les plantes exposées au soleil si l’on peut garantir les pots ou les caisses de la chaleur.
La culture des plantes de serre chaude, grâce à l’amélioration des moyens de chauffage, fit à cette époque de grands progrès. F. Cels en avait réuni plus de-1.000 espèces, la plupart en petits exemplaires. On y trouvait une collection de plantes utiles et d’arbres fruitiers exotiques très importante pour l’époque : l’Avocatier ( Persea gratissima 1, le Sapotillïer (Achras Sapota), le Bancoulier ( Aleurites moluccana), la
Noix d’Acajou (Anacardium occidentale le Cachimentier (Anona muricala ), le Chérimolier (Anona Cherimolia ), l’Arbre à pain dont il possédait un des rares exemplaires alors existants, le Rocouyer, les Averrhoa Bilimbi et Carambola , le Bois de Sappan (Cœsalpinia Sappaiv , le Bois du Brésil (Cœsalpina brasiliensis), le Calophyllum (Calaba), le Papayer, le Carludovica palmata, le Calebassier (Crescentia Cuiele), le Faux-Acajou (Cedrela odorata), le Caféier, le Copayer ( Capaïfeva o[[icinalis) t le Litchi (Nephelium Litchi ), le Flacourtia Ramontchi, le Gaïac, le Bois de C.ampêche ( I-Iaematoxlon campechianum), le Courbaril, le Jatropha Curcas , l’Abricotier d’Amérique (Mammea americana), le Manguier, le Poivrier, le Piper Betel, le Goyavier, la Canne à sucre, le Quassia amara , le Dattier, le Prunier d’Espagne (Spondias Monbin), la Noix Vomique ;Strychnos Nux vomica), l’arbre à Acajou (Sioietenia Mahogoni), le Tamarinier, le Cacaoyer, le Terminalia Catappa, la Vanille.
Il commença aussi ces collections spéciales qui, grâce aux introductions nouvelles, prirent plus tard une si grande extension ; les Palmiers étaient au nombre de 34, dont quelques-uns comme le Cocotier, le Palmier à sucre (Arenga saccharilera), le Doum (Hyphaene thebaica ) se trouvent rarement dans les cultures ; les Cycadées comprenaient 8 Zamia et les Cycas rexoluta et circinalis ; les Broméliacées atteignaient 22 espèces dans les Tillandsia , les Pitcairnia, les Bromelia , mais ont été remplacées par d’autres ; il y avait 11 Fougères dent le Gymnogramma chrysophylla, le Poly podium aureum , le Platycerium alcicorne, etc. ; les Orchidées comptaient 34 espèces dont VOncidium Papilio , le Brassia maculata , les Dendrobium speciosum et Harrisoni , le Calanthe veratrifolia, les Cypripedium venustum et insigne.
Parmi les autres plantes, on distinguait des genres dont il avait réuni le plus grand nombre possible d’espèces, comme les Passillores, les Pancralium , les Melastoma , les Malpighia, les Justicia , les Eugenia, les Hedychium , les Euphorbes, les Crinum , les Coccoloba, les Banisteria, les Ardisia , les Amaryllis, d»nt les A. equestris à fleurs doubles, solandrae[lora, equestris , Verreauxi, cette dernière déposée chez Gels par les fils Verreaux à leur retour du Cap ; les Ficus, dont l’un des premiers Ficus elastica, introduits en
France, en 1816, le fat par Cels au prix de 1.000 francs ; les Bégonia , parmi lesquels les B. nilida , incarnata, heraclei(o~ lia, Y Aponogeton distachyon, le Bambou { Bambusa arundinacea), YHedysarum gyrans , le Manlisia saltatoria, le Maranta zebrina, divers Rananiers, le Baobab, le Mancenillier, des Ixora, le Nymphœa cœrulca, YErythrina Crista galli, etc.