‹ Tesnier, François: Les Cels, 1909Chapitre 4 sur 4 · III. Les frères CELS · texte numérisé non relu

III. Les frères CELS

A la mort si rapide de François Cels, l’indécision des héritiers pour continuer les cultures fut cause qu’un nombre considérable de végétaux rares et précieux furent vendus à bas prix et que le jardin fut à la veille de disparaître. Les conseils et les encouragements d’amis de l’horticulture décidèrent deux de ses fils, Auguste-Louis et Jean-François, a ne pas laisser péricliter l’œuvre de deux générations ; en juin 1833, ils se rendirent adjudicataires des collections de plantes ainsi que du grand terrain connu sous le nom de Pépinière Cels et qui formaient l’établissement de leur père.

Malgré leur jeune âge, Auguste était né en 1809 et François en 1810, ils se mirent résolument à l’œuvre, tenant compte des nouveaux goûts que montraient les amateurs, et réunirent des collections de plantes d’ornement, de serre et de plein air qui devinrent et restèrent pour un temps parmi les principales de l’horticulture marchande. François renoua les relations un moment interrompues avec les horticulteurs de la Belgique et de l’Angleterre et au moyen de cette correspondance qui se prolongea jusque vers 1850, il prirent une part active à l’importation suivie dans les jardins français, des plantes exotiques qui arrivaient toujours plus nombreuses en Europe. On peut mesurer les progrès accomplis en voyant les frères Cels prendre part â l’exposition de Paris en 1835 avec environ 300 plantes, pour arriver à 1846, où ils montrèrent une collection dépassant 500 exemplaires.

Leur établissement, d’une superficie d’environ un hectare, clos de murs, qu’ils exploitaient à l’aide d’une dizaine d’ouvriers tant français qu’étrangers, arriva à comprendre sept serres chaudes, sept serres tempérées ou froides et une orangerie. Les serres chaudes, d’une longueur totale de 70 mètres sur 3 mètres de largeur étaient chauffées par des calorifères

ou chambrés chaudes disposées à 2 nv 66 au-dessous du sol. Trois de ces serres étaient destinées à la multiplication, et l’on aura une idée de .l’importance de cette partie lorsqu’on saura qu’une seule de ces serres contenait 1500 cloches à boutures. Pour le bouturage de bien des végétaux les Cels généralisèrent l’emploi de terrines plates, larges de 0.14 à 0.15, percées au fond d’un seul trou que l’on recouvrait d’un petit godet où se concentrait la chaleur, ce qui facilitait l’émission des racines aux boutures plantées en plus ou moins grand nombre près du bord de la terrine.

Deux autres serres chaudes réunies par un pavillon contenaient une collection de Palmiers, qui dépassait 40 espèces, et d’autres végétaux atteignant une certaine taille, des Cycadées, des Slrelitzia variés dont le Strelitzia juncea qui fleurit en 1845, le Caroiinea princeps, 1 ’Urania. amazonica, des Aroïdées, des Pandanus, surtout le Pandanus utilis dont il avait été fait en 1835 un semis considérable, des Bananiers, le Talauma Plumieri , le Gastonia palmala, le Sirophanthus dichotomus qui fleurit pour la première fois, le Chrysophyllum macrophyllum, 1 ’Amyris hepïapetala et d’autres végétaux rares. Les jeunes exemplaires étaient conservés dans un autre serre, où l’on voyait entre autres le Napoleona impériales, qui était très peu connu bien que découvert depuis longtemps.

Trois serres tempérées de 38 mètres de longueur abritaient les plantes de la Chine, du Cap, du Chili, de l’Australie, dont on voyait quelques beaux exemplaires en pleine terre : Acacia vestita glauca , variété obtenue chez Cels ; Guevina Avellana ; Hovea Celsi ; Colliguya odorï{era, le plus fort pied existant ; Luculia gralisaima. Acacia, Daubentonia, Callistemon , etc.

Trois serres froides d’environ 100 mètres de longueur étaient consacrées aux premières variétés nouvelles d’Azalées de l’Inde (Alba, Gledàlanesii , elegans, Smithii, coccinea, etc.), déjà propagées en quantité et de nombreux Rhododendrons d’origine anglaise ( Altaclarense , Gowenianum , Russclianum , Nobleanum, etc.) importés en 1836 et d’origine belge (Arboreum triumphans , Burggravianum, duchesse de Wurtemberg, etc.) introduits en 1841, et surtout une collection de Camellias qui, comptant près de 200 variétés en 1835, at-

teignit le chiffre de 400 en 1845 et cette culture était une des spécialités des frères Cels. Les serres froides étaient chauffées au moyen de poêles mobiles en fonte.

L'orangerie renfermait de très forts végétaux variés élevés en caisse, des Camellias, des Rhododendrons, des Conifères Dammara, Phyllocladus, Dacrydium, Araucaria, dont un A. excelsa remarquable ; puis des Chênes du Népaul et du Mexique ( Quercus globosa, annulata, conforta , etc.) récemment introduits et que l’on songeait acclimater dans le Midi de la France..

On utilisait huit bâches froides et des couches à conserver des milliers de jeunes plantes et les mères des végétaux que l’on multipliait par couchage, ainsi que des Thés, et c’est chez les frères Cels, qu’à l’époque où l’on crut que cet arbrisseau pourrait se cultiver en France, que le docteur Mérat qui ■re passionnait pour cette question, se procura les feuilles de Thé qui servirent à ses expériences.

Une culture sur laquelle ics frères Cels attirèrent l’attention fut celle des Orchidées épiphytes ; quoique de nombreuses et importantes collections existassent déjà en Belgique et en Angleterre, elles étaient peu connues en France. Suivant leur propre goût pour ces plantes, les Cels n’hésitèrent pas à faire des sacrifices considérables et à s’adonner spécialement à cette culture ; leur collection qui comprenait 34 espèces en 1832, passa successivement à 52 en 1835 et à près de 150 en 1846, représentées par près de 800 exemplaires et une serre spéciale de 9 mètres de long leur était consacrée. Non seulement ils firent venir des plantes établies des établissements étrangers, mais en introduisant un certain nombre de leur pays natal surtout du Mexique ; ils les décrivirent et en firent connaître la culture dans des notices publiées dans les Annales de Flore et de Pomone et pendant un temps, leurs Orchidées ne furent pas un des moindres attraits des expositions de l'horticulture parisienne.

Les Conifères exotiques que l’on commençait à rechercher furent aussi l’objet des soins des frères Cels ; ils en avaient réuni une collection de près de 40 espèces, comprenant les dernières introductions et riches surtout en Pins et en Sapins. Ils multipliaient aussi une collection choisie de Rosiers

et mirent au commerce en 1836, le Rosa Hardyi à fleurs jaunes ainsi que les autres Roses qui étaient obtenues par Hardy, le jardinier du Palais du Luxembourg. On leur dut aussi le Rhododendron ponticum proli[erum, à Heurs doubles qu’ils obtinrent vers 1837 ; ils propagèrent en quantité le Paulownia imperialis à son apparition.

Les Cactées que leur port insolite et le peu de durée de leur floraison ont fait négliger par les amateurs, furent col-

n’hésitaient pas à acquérir à grand prix les exemplaires rares qui leur étaient signalés, et leurs relations avec Karwinsky et Galéotti, deux voyageurs qui avaient exploré le Mexique, pays riche en Cactées, ainsi que quelques introductions directes, leur permirent de faire connaître en France nombre d’espèces nouvelles. Cette collection fut d’une grande uiSlité pour leurs travaux particuliers sur les Cactées à Charles Lemaire et à Labouret qui témoignent de l’obligeance des frères Cels à mettre ces plantes à leur disposition.

En môme temps que leurs rapports avec les établissements d’Europe, les frères Cels essayèrent de nouer des relations dans 1 Inde ; en 1837, leur jeune frère, qui se rendait à Calcutta, emporta une caisse à la Ward remplie de plantes qu’il devait remettre au docteur Wallich, directeur du jardin botanique de cette ville, mais cette correspondance ne fut pas suivie. Ils furent co-propriétaires des Annales de Flore et de Pomone jusqu’en 1847 et donnèrent dans ce recueil la description et la culture de plantes nouvellement introduites en France surtout dans leur établissement. Ils firent partie de la Société royale d’horticulture de Paris dès 1833 et François, qui paraît avoir ôté le plus connu, fit partie du Comité des Pépinières jusqu’en 1845 et ensuite du Comité des Plantes d'Ornement ; ce dernier avait aussi coopéré en 1841 à la fondation du Cercle général d’horticulture de la Seine.

Vers 1850, les deux frères se séparèrent et on peut dire que ce fut la fin du Jardin Cels ; depuis soixante années qu’il existait, il avait formé de nombreux élèves qui, créant à leur tour des établissements horticoles, vinrent rétrécir son champ d’action ; il avait dû se transformer suivant les besoins du moment, mais l’idée du progrès ne cessa jamais d’animer ceux qui l’ont successivement dirigé.

François Cels, resté seul, s’adonna de plus en plus à la culture des Cactées, Agave et autres plantes grasses, culture pour laquelle il eut de tout temps une prédilection marquée, où sa notoriété était grande et dont il fut l’un des derniers adeptes. Sa collection de Cactées était remarquable par la beauté des exemplaires ; déjà considérables, elle s’accrut encore de formes rares provenant de collections délaissées par les amateurs, ainsi que de quelques formes d ’Echinocactus gibbosus , ferox , des Echinopsis formossima, peciinifera,

armâta , qui lui furent rapportées vers 1885 par le capitaine au long cours Eugène Cels, et du Cereus BeKini, introduit en 1861, de la Patagonie par le capitaine Bertin ; on y admirait une série de 59 variétés de Cereus (Echinopsis) Pentlandi à fleurs rouges, vermillon rose, camé, jaune, orange, violet et provenant pour la plupart de graines envoyées de la Bolivie par Deledévant.

Fig. 6. — Jean-François Cels

La collection d ’Agave des plus complètes comprenait près de 60 espèces, dont beaucoup de très fortes dimensions et qu’il eût été difficile de rencontrer autre part ; plusieurs, ont fleuri comme les A. atrovire'ns , Dêledevanti , Scolymus ;

c’est là aussi que se trouvait VA gave Celsi, sans qu’on put préciser son pays natal, et aux expositions de 1855 et de 1867 ces collections reçurent les plus hautes récompenses. F. Cels recommandait vivement l’emploi des Agaves les plus robustes pour l’ornement des jardins en les élevant en pleine terre et en les garantissant l’hiver du froid.

Les connaissances théoriques de F. Cels étaient très étendues ; il avait, dès 1841, publié une énumération descriptive des Cactées et une note sur leur culture ; on lui doit la détermination d’un certain nombre d'espèces et il remit au rang de variétés un certain nombre d’espèces peu distinctes ; il fit paraître en 1858, une classification des Cactées qu’il modifia en 1865, où il fit rentrer dans le genre Cereus , les Echinocereus, Echinopsis, Pilocereus, Phyllocactus considérés comme genres particuliers par d’autres auteurs ; en 1867, il donna au Nouveau Jardinier illustré , les articles relatifs aux Cactées et aux Agaves et ce fut là son dernier travail, car, en 1870, les collections de F. Cels furent dispersées aux enchères.

11 mourut en 1888, précédant de dix ans dans la tombe, Auguste Cels, son frère aîné, et tous deux, dans leur tranquille retraite, avaient conservé un souvenir aussi vif qu’exact des plantes qu’ils avaient cultivées avec tant de soin.

1. Note sur les plantes introduites en France par les frères Cels.

La liste des plantes que, pendant quinze années, ils ont répandues dans le commerce, soit seuls ou simultanément avec d’autres horticulteurs, serait celle des progrès de l’horticulture française. Ce fut entre autres, en 1833 : le Monarda rosea , le Dianthus arbuscula ; en 1834 : Nepenthes disiillatoria qui n’existait que chez eux, le Chorizema Henchmanni, VAnemone vilifolia , le Syringa Josikea, VEpacris impressa ; en 1835 : le Gaillardia aristata, le Crinurn giganteum , le Deutzia crenaia, le Symphoricarpos mexicana , le Ribes speciosum, VEpacris variabilis, les Mahonia aquifolia et glumacea ; en 1836 : le Deutzia scabra , le Carrcellia Donkelaari , le Phlox Drummondi, le Ca.lceolaria excelsa, le L ychnis Bungeana, le Brugmansia sanguinea et sa variété

/lava ; en 1837 ; l'Ipomœa iruncata, reçu du Muséum, le Barbacenia purpurea, les Acacia longi[olia et brcvissima, le Ole rodai'b-on spcciosvm, le Ribe s publia lu ni, le Ciiàntlvus puniceus, le Kennedy a nigricans et il vint de Belgique, le Lilium speciosum punclalum, des variétés récentes du Vcrlena puchella et les Clê.mutis florida, bicolor, azurea granditlora. ; en 1838 : le Ceropegia clegans, VAslelmia exirnia, le Campanule verbeni [olia, le Gesnerla Sellou'i, les Euphorbia iacquinire liera et pulchcrrima ; en 1839 : le Castanca nepatensis, VAnigosanthos coccinea, l’Acacia glaucescens, VAdesmia ghv'.inosa ; le l.onicera longi[lora : en 1840 : le Rondclelia spcciosa, le Chorizema cordatum, 1 ’Echevena grandiflora, le Ribes sanguineum, le Cosmelio.i rubra, le Rhododendrum dahuricum grandi(lorum ; en 1841 : le Benthamia acuminata, le Siphocampylus rugosus ; en 1842 : le Gesncria zebrina , le Lemonia ’spectabilis, les Bignonia speciosa et Tweediana ; en 1843 : l'Habrothamnus / ascicularis , le Bégonia peltala, le Candollea Cunninghami, le Brachysema Celsianum, le Franciscea hydrangæformis ; en 1844 : le Talranema mexicana, 1 ’Hechtia etenopetala , le Colummea crassifolia, le Kennedya Maryatlæ, le Pitcairnia furfuracea, VArthrostemma parietaria ; en 1845 : le Gesnerla discolor, l 'Acacia dentifera, le Tillandsia splendens , le Mitscherlichia spectabilis, le Stalice arborescens, le Tradescantia zebrina.

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