SERVANT DE PRÉFACE
Peinture des jouissanoes de la campagne au printemps , pour la vieillesse et la convalescence. — Le professeur s'en<« tretlent encore avec les jeunes auditeurs qu'il quitte ; mais ce n'est plus d'histoire j c'est de philosophie religieuse et pratique. — Il jette un dernier coup d'oeil sur ses travaux historiques.
20 avril 1838.
Ma douce retraite s'embellit pour moi, cette année , du printemps que j'y viens saluer pour la première fois ; mais ce qui lui donne un attrait plus touchant, c'est que ma femme, le second de mes fils et moi , nous venons y jouir d'une I. 1*
triple convalescence. 11 y a quinze jours nous nous disions tout bas et dans le secret de notre cœur : « Reverrons-nous bientôt^ reverrons- (c nous jamais cette campagne si pleine de doux (( souvenirs et de pures jouissances? — Partez ^ « nous a dit un médecin célèbre ' y un médecin (( ami ; allez renaître avec la verdure et les fleurs ; » et Dieu a béni un voyage de cent lieues que la santé de ma femme rendait encore inquiétant, et dont le bienfait s'est prononcé dès le premier jour.
Je visite mes anciennes et récentes plantations comme un père satisfait; je foule avec l'orgueil d'un roi le tapis violet et velouté de la pervenche ; je souris à l'audace de ces jolies tribus de primevères qui percent la neige pour prendre possession du règne des fleurs. Mes nombreux lilas fleurissent pour la première fois sous mes yeux avec un parfum que n'ont pas pour moi ceux des Tuileries bu de Versailles, le parfum de la propriété. Il y a quelques jours mes amandiers, mes pêchers étaient parés de leur pourpre printanière. Bientôt je vais voir le cytise étaler ses graj^s d'or et l'arbre de Judée montrer par son vif éclat qu'il est un digne produit de l'Orient. Salut à mes
' M. le docteur Jules Cloquet, à qui nous ne pouvons trop exprimer notre reconnaissance.
arbres fruitiers, ils ont aussi leurs jours de coquetterie. Le cerisier, si agréablement fécond, rivalise maintenant par l'éclat argenté de ses couleurs avec la boule de neige. Tandis que partout la verdure se renouvelle et fait effort dans les vieux chênes pour supplanter des feuilles flétries qui s'obstinent à rester sur leurs rameaux , les géants de mon jardin , les pins , les picéa , le cyprès pyramidal et jusqu'à mon petit cèdre du inont Liban montrent avec orgueil leur robe toujours verte, qui a bravé courageusement une cruelle température;
Tout est pour nous , pour deux âmes habituées à se confondre, un sujet de joie naïve et d'une reconnaissance religieuse. Moi, que la vieillesse avertit bien plus sévèrement que ne l'a fait une maladie peut-être passagère, je compte mettre à pix>fit chacun des jours qui me sont réservés, pour bénir le Créateur dans ses œuvres. Elle renaît, la douce compagne de mes jours, celle qui en est depuis vingt-cinq ans et le guide et le charme. Il me semble que tout ce que je vois reflète mon bonheur. Il est vrai que les zéphyrs sont encore en retard et que Borée usurpe trop souvent leur place ; il est vrai qu'une neige importune couvre trop souvent le vert tendre des
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arbrisseaux^ et qu'ui)^ cruel hiver a beaucoup diminué la somme de mes jouissances champêtres et humilié la vanité d'un horticulteur fier de ses plantes exotiques ; il est dur de les voir punies de s'être confiées à notre climat^ mais je suis heureux et reconnaissant de tout ce qui me reste. Il me semble qu'à la saison nouvelle je m'essaye à des ailes comme la chrysalide. Toute ma philosophie se convertit en hymne.
Cette propriété modeste est le prix de mes tra«^ vaux historiques , et pourtant elle m'en a distrait depuis bien des années. J'y arrive avec un cœur trop plein y avec une imagination trop rajeunie par la campagne pour gâter ma joie par le récit des grandes catastrophes de l'histoire. Ne faut-il pas quelque ref^os à celui qui a tracé l'histoire de la révolution française et celle des guerres de religion? Je suis, je l'avouerai^ saturé d'histoire^ moi qui l'enseigne depuis trente ans dans un cours public^ et qui en ai parcouru presque toutes les époques; et puis j'ai pris une habitude dont le bon RoUin a laissé le plus parfait modèle^ c'est d'entremêler à mes leçons historiques des digressions morales et quelquefois des conseils d'une prudence sévère , car nous avons eu h tra-* verser plus d'une grande commotion. Peu d'an-
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nées se sont écoulées sans que l'orage grondât sur quelques points lete l'horizon ^ et combien de fois n'a-t-il pas éclaté sur nos places publiques? Il s'agissait de diriger, sans l'étoufFer, dans la jeunesse, un enthousiasme généreux qui offre trop de prise à des hommes de parti rusés et violents. Je ne craignais pas d'évoquer les souvenirs les plus terribles que puisse présenter l'histoire , ceux des phases les plus sanglantes de notre révolution y ceux dont le cœur se détourne avec effiroi et voudrait se détourner avec incrédulité. Plus souvent j'ai glissé dans des généralités philosophiques le mot qui avertit, qu'on recueille en silence, qu'on s'applique en secret, qu'on médite Picore la nuit et dont oii se souvient dans les jours où le tumulte éclate, où l'arme à feu, placée en embuscade , menace les jours des courageux amis de l'ordre public et des vrais amis de la liberté. Voilà les désordres que j'ai voulu combattre ou prévenir, surtout depuis 1 83o.
Il régnait une sorte d'intimité dans ces entretiens que les murmures ou les rires moqueurs ne troublèrent jamais, succès que je n'aurais pas obtenu si mon amour pour la liberté avait paru équivoque. La doucair de ces conférences était telle pour moi que je croyais les continuer en-
core paidant les: vacances et dans ma solitude. Mon imagination. plaçait autour de moi ou faisait circuler sous mes ombrages ceux des élèves dont le cœur avait le plus répondu au mien ,. ceux-là surtout qui m'avaient confessé que. mes avis les avaient détournés d'une pente fatale.
Pour développer la philosophie de l'histoire^ je sentais le besoin^ de me fortifier dans l'étude de la philosophie même. Quoique assez avancé dans l'âge mûr, je ne l'avais encore étudiée que superficiellement et trop peu a ses véritables sources ; la révolution m'avait arrêté tout court dans l'essor d'une jeunesse paisible, studieuse, livrée aux. douces rêveries , aux espérances JUimitées. Depuis il m'avait fallu soutenir les épreuves de fer de la révolution , supporter les exils et une longue captivité, passer de l'enthousiasme le plus vif à tout ce que la pitié a de plus déchirant, à tout ce que l'indignation a de plus sombre. Pour obéir à ces deux sentiments qui remplissaient mon âme,. j'écrivis l'histoire de cette révolution , en présence de tous ceux; de ses acteurs qu'elle avait. pu épargner, et sous, les verroux même des hommes puissants que j'avais irrités et qui me montraient le Sînamari en perspective.
Je viens de faire des adieux momentanés à
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l'histoire. Gibbon , dans ses Mémoires , exprime avec feu le mouvement de joie qu'il ressentit après avoir écrit la dernière ligne de son Histoire de la décadence et de la chute de Vempire romain. Il venait de parcourir, avec un labeur immense , et souvent même avec génie, les temps les plus obscurs et les plus maudits des annales du monde.. Que de déserts , que de ruines n'avait-il pas eu à . franchir pour retrouver l'origine des monarchies et pour montrer comment de ces ours du Nord , de ces tigi^es tartares, de ces lions arabes naquirent des nations qui devaient retrouver et porter beaucoup plus loin la civilisation grecque, romaine et orientale r
Il y a peu d'années qu'une satisfaction moins exaltée , et qui ne pouvait être mêlée d'orgueil, vint me pénétrer. Je venais d'écrire la dernière ligne d'une histoire qui commence aux dernières années de Louis XIV et finît à la chute de la Restauration \ Sans avoir eu, comme Gibbon, à m'enfoncer dans l'abîme des âges, j'ai remonté comme lui à la source d'un torrent qui entraîna bien des trônes, engloutit encore plus de répu-
' Il est vrai qu'il me reste à remplir une grande lacune dans cet ouvrage historique ; j'ai écrît en grande partie , mais je n'ai point encei'e publié l'histoire du Consulat et de l'Empire.
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bliques , fit périr des millions d'hommes ^ éleva bien haut la puissance du crime ^ renouvela celle des Tertusy donna des proportions gigantesques à la gloire militaire , produisit un grand homme qu'elle éleva sur le trône pour le jeter ensuite sur un rocher^ et un grand peuple qui , après aToir perdu ses immenses conquêtes , devient plus que jamais l'un des deux rob de la civili^tion.
Je n^ai connu que dans ma jeunesse ces jours si riches d'illusions et d'espérances ^qui permettaient au solitaire de Lausanne un profond recueillement, et lui facilitaient un brillant coloris. La révolution marchait toujours devant moi , s'avançait par des bonds furieux^ ou rétrogradait par lassitude et par épuisement, mais non sans un reste d'agitation convulsive, tandis que j'en écrivais l'histoire* C'est sous les coups de la tempête que j'en ai commencé le tableau; combien de fois mes tablettes, mes feuilles éphémères n'ont-elles pas été enqiortées par de nouveaux coups de vent!
Sans être infklèle à la liberté, je n'ai point été tinûde envars le crime. D'un autre coté, l'on ne m'a point vu un accusateur aigre ou^ furieux des erreurs dont j'avais à exposer les funestes résultats. Je n'ai connu, je crois, de partialité que
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pour l'infortune; ma plus douce mission a été de consacrer d'admirables dévouements dont la gloire ne fut pas le mobile , et dont elle doit être la récompense. Si j'ai réveillé l'indignation chee mes lecteurs^ je ne les ai point conduits à la misanthropie; j'ai ouvert la route ^ et ceux qui m'y ont suivi et surpassé , à ce que j'entends dire, n'ont pas eu à se défendre de souvenirs aussi déchirants; ils ont pu envisager d'un coup d'œil plus calme et plus politique , des événe-' ments qui ne les ont point fait passer de prisons en prisons, de deuils en deuils, de frémissements en frémissements; maïs, d'un autre côté, ils ont plus faiblement fait entendre le cri de nos souffrances. Placés à une certaine distance des événements, ils en ont développé les vastes résultats ; pour rnoi , j'ai dû examiner de plus près et condamner avec plus de force les mauvaises passions et les détestables moyens qui ont pu amener et prolonger ces terribles catastrophes. L'histoire bien présentée est le cei'tificat de la morale. Sur de tels événements, il est bon d'entendre les témoins et ceux qui ont failli de si près en être les victimes.
Il est temps de faire trêve à cet épanchement de satisfaction : je commence à craindre que Von
n'y voie la prétention d'un exegi monumenium^ prétention qu'on ne peut pardonner qu'à l'audace lyrique , et surtout qu'au génie ; et combien ne serait-elle pas ridicule dans un écrivain qui à touché le prix de ses longs travaux ^ plutôt en estime qu'en gloire. Mais il est bon qu'en commençant un essai philosophique, j'aborde mes lecteurs sans contrainte, et que je les initie au calme de ma retraite , comme à la sérénité de ma vieillesse; ils peuvent se figurer un vétéran de l'instruction publique, un professeur en vacances, confiné par ses goûts bien plus que par le sort dans les honneurs obscurs de cet utile emploi. Il me semble que d'ici je puis rendre encore mes entretiens plus intimes, avec des élèves auprès desquels j'ai fait un usage assez fréquent et quelquefois hardi du franc parler. A ceux que j'ai quittés tout à l'heure , je joins dans ma pensée ceux auxquels ma voix s'est adressée dans le long espace de trente ans. Je renoue avec eux une vieille amitié; je les aborde familièrement, soit dans les postes plus ou moins éminents auxquels plusieurs sont parvenus , soit dans la gloire où ils se sont élevés, soit dans une con* dition plus humble et plus rapprochée de la mienne.
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Mais voilà que ma voix affaiblie et par l'âge et par une maladie qui donne des avertissements sévères^ ne pourra plus se faire entendre à des élèves si chéris, et qui m'ont donné plus d'un témoignage d'une vive et candide affection. Pourquoi ne continuerais-je pas de les entretenir à l'aide de ces mêmes écrits dont ils m'ont inspiré la pensée? Qu'ils en reçoivent aujourd'hui la dédicace, comme le testament, comme le faible legs de leur vieux professeur. Mon auditoire va s'élargir : les femmes s'intéressent volontiers à ce qui a pu intéresser les jeunes gens. Je ne sais quel rigorisme, qui m'a toujours semblé un peu puritain, les avait exclues de mon cours. Je puis maintenant m' entretenir avec les mères et les soeurs de mes élèves.
Je dois prévenir mes lecteurs, et ils peuvent voir dès les premiers chapitres que je me ménage beaucoup de liberté dans mes excursions , et un peu de fantaisie dans mes cadres. Goînme j'aurai souvent recours , soit à mes impressions présentes, soit à mes souvenirs, je crains d'être accusé de laisser couler de l'égoïsme dans un ouvrage même où je fais des efforts pour le combattre. Je pourrais me retrancher derrière l'exemple de Montaigne; il a su, ce que je ne
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pourrais faire^ rendre son égoîsme aimable , et soti secret a été de le purger de toute vanité. Dans le portrait qu'il fait de lui-même, il se blesse peu , mais il est loin de se flatter. Il se rend si peu de justice , quand il dit de la gloire : nous ne pouwns y atteindre , vengeons-^nous par en médire^ qu'on croirait Yoir dans ce joli mot un artifice, une coquetterie d'un philosophe gascon. Je veux lui emprunter quelque chose de sa libre allure, si je ne puis lui emprunter la grâce et Toriginalité pittoresque de son style. Mais il est sceptique et je ne le suis pas, aussi ne l'ai-je point rangé parmi les patrons de mon optimisme.
Il n'y a pas pour moi un oreiller plus incommode que le doute , dès qu'il s'agit des vérités qui doivent le plus assurer notre marche dans cette vie. Les pieux et grands solitaires de Port -Royal ont interdit le moi aux auteurs , et l'ont presque frappé d'ana thème. Ce rigorisme n'est plus à la mode aujourd'hui. De tout temps les poètes, mais surtout ceux de nos jours, ont été affranchis de ce scrupule , et nous y avons gagné de délicieux fragments, et ceux peut-être qui se gravent le mieux dans la mémoire. Les orateurs et les philosophes, ^ commencer par Gicéron, pour finir à Chateaubriand , n'ont pas connu cette pusilla-
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nimité. Au fait^ le lecteur aime à connaître qui lui parle et qui s'ingère à lui donner des leçons de morale. Le grand point ^ c'est que le moi ne soit pas emphatique.
Je balançais ^ il y a quelque temps , pour savoir si je continuerais des 'mémoires déjà commencés, de mon humble vie , ou si je terminerais ma caiv rière par un ouvrage de philosophie. J'étais sûr d'agacer libraires et lecteurs par le premier, et de les trouver très-froids pour le second. Un auteur de mémoires fait. toujours espérer quelque peu de scandale; on lui pardonne sa vanité en faveur de ses médisances. Le lecteur, qui n'est pas dupe y lui fait ensuite sa part à lui-même comme il l'a faite aux autres , et presque toujours on se fait estimer un peu moins en voulant se faire estimer un peu trop. Prendron le parti de s'exécuter franchement comme l'a fait J.-J. Rousseau y en trois ou quatre endroits de ses Gonfes$ions , c'est jouer un peu le rôle d'un fakir qui amuse les passants de ses flagellations. Pour J.-J. Rousseau,, il a bien pris ses précautions quand il fait sonner la trompette du jugement dernier,, et défie un seul homme de dire : je fus meilleur que cet homme-là. Je n'aime ni tant de faste ni tant d'humilité. Quelque plaisir que je trouve à lire
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ses Confessions f elles ne m'ont jamais donné le goût d'en faire.
Il est bon d'être pourvu d'une gloire éclatante pour écrire des mémoires; on vient y épier Ips secrets .du génie ou ceux d'un grand caractère, et plus d'un jeune Promélhée espère y dérober le feu du ciel. Que voulez-vous qu'ils apprennent de moi ? J'ai pourtant quelques secrets utiles à leur communiquer pour savoir supporter de longues persécutions, et, certes, un peu plus dures que celles qui ont fait pousser tant décris aux philosophes, du dernier siècle et aux jeunes mélancoliques de nos jours, On ti'ouvera peut-être quelque intérêt, et, si j'ose le dire, quelques leçons dans le récit de mes aventures de proscrit et de prisonnier : ce. que je voudrais surtout apprendre aux jeunes gens, c'est l'art de se contenter d'un genre de bonheur qui excite, peu l'envie. Cette dernière partie , je puis la remplir dans les chapitres que j'ébauche aujourd'hui ; or, l'un dés secrets de ma philosophie ^casanière , de ma philosophie de vieillard, c'est de faire un chpix entre mes souvenirs: et d'en former un bouquet. Je me garderai bien de m'appesantir sur des péchés ou des peccadilles: qui, me causeraient plus de confusion que dé remords ; il faudra bien en compter avec Dieu ,
mais je ne serai point assez sot pour en compter avec des hommes qui ne me rendent point confidence pour confidence. Un souvenir touchant m'entretient encore mieux qu'un souvenir de fête ; c'est une évocation familière des êtres qu'on a tendrement chéris et honorés. Mon jardin me fait l'effet de champs Éljsées où je les appelle , et d'où ils m'appellent eux-mêmes vers un autre séjour >^plus vaste, plus serein.
Pourquoi ferais-je ^ en écrivant d'un ton dogmatique f la guerre à ces rêveries qui sont mes plus douces inspirations? Soit que je m'abandonne à mes souvenirs avec une faiblesse de vieillard , soit que je prenne mon point de départ dans des impressions présentes, soit que je ne craigne point les hasards d'une rêverie aventureuse, soit que j'essaie de fortifier mes armes pour combattre les vieux ou les derniers athlètes de doctrines sombres , désespérantes , abrutissantes, j'espère donner à ces essais le lien commun d'une philosophie accorte, familière, qui aille au cœur. Vous n'avez rien fait en morale ni même en métaphysique par les démonstrations les plus puissantes , si le cœur n'est pas ému, si la volonté ne se sent pas entraînée et prête à l'action. C'est sans le moindre scrupule
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que j'insérerai quelques pièces de vers dans ces excursions philosophiques. Elles vont à un même but y émanent d'un même gentiment , et j'avouerai que souvent je me sens plus à Taise dans ce mode d'ei^primer mes pensées. J'écris pour des jeunes gens et j'ai pu, pendant trente ans, faire une étude sérieuse , et des épreuves répétées des impressions qu'on reçoit le mieux à cet âge.
J'écris aussi pour ceux qui , comme moi , sentent le besoin de se rajeunir par la pensée en revenant à leurs impressions les plus pures. Rien ne vieillit avec la pensée de Dieu. On marche vers la mort sinon en habit de fête , du moins avec un cœur serein, et l'espérance rayonne plus que jamais sur un front chauve.
L'optimisme religieux est la base de cet ouvrage , et doit lui donner unité de conception. —' Ce mot est assez moderne , mais cette doctrine est ancienne ; elle se confond avec le théisme ; elle a inspiré tous les philosophes adorateurs de Dieu ; c'est la base de toutes les religions qui ne s'abandonnent point à des dogmes sombres et fantastiques et à des pratiques sanguinaires. — Il j^ a un optimisme chrétien ; c'est chez les mystiques qu'il se manifeste avec le plus de douceur et d'évidence. — Le matérialisme est incompatible avec cette doctrine. — La grande erreur de plusieurs philosophes dii xviii® siècle, c'est d^avoîr confiné sur la terre leur prétendu optimisme. — Réponse à diverses objections. tirées de l'existence du mal. — La liberté de l'homme l'élève à Dieu , et pourtant elle crée des maux divers dont la Providence divine ne doit point être accusée. — Les fléaux de la nature sont des épreuves. — Examen des e£Fets moraux qu'a produits parmi nous le choléramorbus.