TON CULTE FINAL
L ' A .M 0 U R P O f R I" R I N C I F> K , l' O R D R F. POUR BASE, ET LE PROGRKS POL'R BUT.
Commencée le 7 Saiiil-Pfml ()2.
conlinuôe le li;iidemain. et complétée le surlendemain, pour être lue
sur la sainte tombe, le Mercredi suivant.
(Copie améliorée).
Paris, le 7 SHint-PaiiI 62. Saint-Augiislin ! (Lundi 27 mai 1850).
Noble i:t tkxdue épolse,
Au pareil jour d'il y a cinq ans, l'orageuse explosion de mon cœur fit surgir la sainte composition, à la fois privée et publique, où le début de ton culte coïncida spontanément avec l'élan direct du positivisme religieux. Pendant toute notre incomparable année, ce concours naturel se caractérisa pleinement dans l'heureux ensemble de notre féconde correspondance. La fatale catastrophe suspendit d'abord le développement de cette haimonie durant le deuil où ton éternelle existence remplaça graduellement ta vie temporaire. Mais, au milieu même de la douloureuse année, ma dédicace exceptionnelle solennisa directement une connexité sans exemple. Dès ta troisième fête, je pus ainsi célébrer à la fois ton inaltérable renaissance et ma purification finale. Notre suivante expansion annuelle consacra spécialement notre pleine identification, à l'issue de la fondation religieuse où tu m'as tant assisté, et dont la publicité immédiate me permit déjà de proclamer dignement cette vertueuse solidarité. Sous ces auspices décisifs, j'ai
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solennellement systématisé, l'an dernier, ton irrévocable incorporation au vrai Grand-Être.
Cette suite de préparations me conduit aujourd'hui à instituer enfin ton véritable culte, désormais inséparable de la religion universelle. Depuis l'expiration du deuil, trois ans d'épreuves journalières m'ont déjà permis d'en apprécier assez l'etTlcacité privée, tant pour mon intime amélioration que pour ma consolation habituelle. Ce sentiment spontané acquiert maintenant un caractère plus auguste et une nouvelle consistance, d'après sa liaison systématique à la religion finale. Profondément incorporée à l'Humanité, tu m'en offres la meilleure personnification familière. Le culte de la Femme, envers lequel l'admirable instinct du moyen âge devança la conviction moderne, prend désormais sa double destination réelle, comme préambule indispensable et stimulant continu de la grande adoration. Or, le cœur et l'esprit s'accordent à sentir qu'une telle préparation ne devient pleinement efficace que d'après un digne type individuel, seul apte à préserver chacun de toute divagation dans l'affectueuse vénération du sexe aimant. Cette invocation personnelle est surtout décisive quand elle concerne directement une véritable compagne. Sa sainte prépondérance, loin d'affaiblir nos autres affections féminines, nous pousse davantage au culte intime d'une tendre mère et d'une digne fille ou sœur.
La pratique assidue d'une telle adoration privée, de plus en plus liée à ma construction publique de la vraie religion, m'a récemment permis d'en caractériser directement la nature propre. d'après une appréciation positive du germe imparfait qu'olfrit. à cet égard, le catholicisme. Dans sa touchante institution de l'ange gardien, le culte du moyen âge m'olfre une heureuse ébauche de ce précieux intermédiaire personnel, dont les dieux domestiques de l'antiquité fournirent d'abord le type spontané. Mais la construction sociologique surpasse nécessairement ce double prélude théologique, aussi bien pour la spécialité de l'interposition sacrée que pour son homogénéité. L'adoration intermédiaire y concerne l'être le plus analogue au dieu principal, puisque l'Humanité neconi porte qu'une personnification féminine. En même temps, la préparation s'y adapte complètement aux divers besoins individuels.
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d'après sa destination exclusive envers chaque fidèle, f/ancien ange gardien dilîérait trop de nous et son patronage n'était point assez personnel. Au lieu d'un protecteur passager et involontaire, assigné aussi à beaucoup d'autres, chacun acquiert ainsi un tuteur qui lui sera toujours particulier. Pourtant, la pleine individualité de ces divers intermédiaires n'altère point leui- convergence nécessaire vers le sujet collectif de l'adoration finale.
D'après cette sainte théorie, le doux nom consacré parla religion précédente peut désormais servir au nouveau culte pour désigner à chacun le type personnel de sa piéparation sacrée. Te voilà donc, ma Clotilde, à jamais devenue systématiquement mon véritable ange f/fu-dini, comme déjà tu l'étais spontanément. Parmi les ruines catholiques, l'instinct occidental a heureusement recueilli cette suave qualification, pour mieux indiquer le sentiment familier de la perfection réelle. Désormais adaptée au culte final, elle reprend ainsi une destination sacrée, plus complète et plus durable que rancienne : en s'appliquanl aux véritables êtres intermédiaires, (jui nous élèvent habituellement vers la suprême adoration. Comme te le répète, depuis quatre ans, ma prière quotidienne, ton xyGÉUQVE souveîiir présidera toujours à mon inépuisable perfectionnement, en épurant mes sentiments, agrandissant mes pensées et anoblissant ma conduite.
Un tel résultat me fait mieux sentir le prix spécial de notre exceptionnelle pureté. Car, si ce saint office n'appartient qu'à ton sexe, une scrupuleuse chasteté n'importe pas moins à sa pleine efficacité.
Ta juste incorporation au (Îrand-Ètre, déjà sanctionnée par un premier degré d'adhésion publique, me rendra plus salutaire ce patronage habituel. De ton actif ministère émaneront de plus en plus les suprêmes impulsions que l'Humanité doit exercer sur moi, pour m'adapter mieux à la sublime fondation qui m'échoit. Sans ta secrète assistance, je ne pourrais pas même construire assez la vraie logique finale, où les émotions et les images tendront systématiquement à fortifier notre chétive raison. Avant de subir ton admirable ascendant, je sentais déjà la popularité nécessaire d'une philosophie qui d'abord semblait réservée aux pen seurs théoriques. Mais c'est à ta seule influence que je dois main-
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tenant de pouvoir, sans illusion, la regarder aussi comme éminemment appropriée à ton sexe. Le culte des femmes et la lo^if|Me léminine deviennent désormais des attributs caractéristiques de la religion démontrée. Or. sans ton irrésistible intervention, tous mes efforts de cœur et d'esprit n'auraient jamais développé assez ce double privilèp:e. qui doit tant influer sur le prochain avènemeul de la vraie spiritualité.
Après cette nouvelle appréciation, qui systématise dijrnement la sainteté définitive de ton culte, je dois accomplir la douce expansion que mon heureuse coutume rend désormais périodique. Cette révision sommaire de toute mon existence convient à la principale commémoration de l'être qui préside à l'unité exceptionnelle de ma vie privée et publique.
Je t'anuonrais. l'an dernier, que notre solennité serait bientôt suivie d'une seconde phase pralicjue du nouveau culte, parla présentation positiviste du rejeton propre au di^^ie couple prolétaire qui. l'année d'auparavant, inaugura le vrai mariage religieux. Mais l'insuffisance d'une condition essentielle ne m'a pas encore permis d'accomplir u-n tel progrès. La paternité volontaire qu'il exige fut noblement acceptée par mon éminent collègue, sans trouver chez ton sexe un complément indispensable. Je devais donc retarder ce pas important, plutôt que de l'altérer en y admettant un organe mal préparé. Cette sagesse sacerdotale recevra prochainement une digne récompense, d'après une pleine réalisation de toutes les conditions convenables. L'éminent parrain aura bientôt une noble collègue qui, elle-même, offrira d'abord un second exemple solennel de l'union positiviste. Quoique la naïve spontanéité du premier mariage ne puisse jamais se reproduire, celui-ci compensera un tel attrait par une meilleure appréciation des saints engagements qui caractérisent la monogamie finale. Le rang de ce nouveau couple indiquera même l'ascension graduelle de la vraie religion. Ta juste invocation s'y trouve maintenant assez piéparée pour y devenii* explicite. Elle y conviendra d'autant mieux que cette solennité va m'olfrir une précieuse occasion de proclamer dignement le nouveau pas que fait aujourd'hui le culte positiviste par la théorie définitive des anges gardiens.
Cette prochaine compagne de mon principal disciple biologiste
compense déjà l'avortement prévu fie mes premières espérances sur la jeune adepte dont je t'annonçais, l'an dernier, rinsufFisance probable. Quoique professant encore la foi nouvelle, son adhésion, plus relative à l'esprit qu'au cœur, ne me semble pas comporter une vraie consistance. L'épreuve inaperçue que je lui imposai envers toi n'est que trop confirmée par toute sa conduite. Ma loyale appréciation d'un portrait, manqué malgré ma complaisance, me paraît avoir irrévocablement choqué sa vanité artistique. Ses tendances aristocratiques ont aussi lepoussé secrètement mon sage conseil sur la destination prolétaire de ses fils, qui vont, hélas ! grossir le nombre des victimes journalières de nos orgueilleux préjugés. Cette double discordance personnelle, et le peu d'accueil que ses diverses prétentions ont trouvé parmi nous, l'éloigneront peut-être du positivisme. Mais alors la nouvelle église devra plutôt se féliciter de perdre un membre où le cœur ne domine qu'en apparence. D'autres adhésions féminines, dont la pureté est assurée, nous promettent assez l'intime coopération d'un sexe auquel le positivisme semble spécialement destiné. L'une d'elles surtout s'est récemment manifestée pendant mes cordiales visites à l'injuste prison où j'ai tant apprécié son sincère dévouement à un noble époux devenu mon digne ami.
Bientôt après notre dernier entretien, une heureuse correspondance m'a permis d'espérer enfin un vrai successeur dans le plus éminent de mes jeunes disciples, honoré déjà de ma confiance personnelle, et auquel je dus l'annonce spontanée de notre sainte communauté de cercueil. Quoique son énergie soit insuffisante, il réunit tellement toutes les autres conditions essentielles, que je compte sur sa digne substitution dans un milieu devenu moins hostile, où son esprit et son cœur concourent d'ailleurs à lui faire cultiver assez les seules qualités qui lui manquent. L'état présent du positivisme me promet encore d'autres successeurs, jusqu'ici indéterminés. Mais j'aime à fixer ainsi mes vœux de digne continuité, avant que l'âge me conseille de résigner ou de ralentir ma grande mission.
Tandis que cette douce conviction se développait, mon incomparable collègue accomplissait irrévocablement l'installation sociale de la nouvelle doctrine. Ses restes de tendances négatives me fai
saient craindre qu'il ajournât l'adoption du caractère directement religieux que je venais de procurer au positivisme. Mais toutes mes inquiétudes envers cette sanction décisive ont été bientôt dissipées par une adhésion complète et spontanée, autant honorable à sa g-énéreuse loyauté qu'à l'opportunité générale de ce pas définitif. Une telle confirmation a fortement réagi sur ma propre confiance, et je me félicite de plus en plus d'avoir enfin surmonté ainsi les derniers préjugés révolutionnaiies. Quoique la malveillance métaphysique ait privé cette longue manifestation de l'éclat qu'elle méritait, ses résultats nécessaires se font pourtant sentir déjà, par la rapide tendance du positivisme à dominer ouvertement la situation républicaine, antipathique à toute autre doctrine. Avant la fin d'une telle apothéose, son illustre auteur offrit même un type décisif de la vraie fraternité finale, en réunissant des prolétaires et des philosophes à sa modeste table champêtre.
Ces diverses satisfactions publiques furent d'abord troublées d'après la crise privée que je t'annonçais envers le précieux domicile consacré par toi. Mes embarras matériels étaient alors devenus assez graves pour me faire prochainement craindre la triste fatalité à laquelle je venais de me résigner d'avance sous ta sainte invocation. La loyauté et la fermeté de ma conduite ont heureusement déterminé bientôt de meilleures résolutions chez un digne propriétaire. Rassuré par des satisfactions partielles après des épreuves décisives, il semble avoir irr*évocablement accueilli mes justes vœux. Je ne crains plus d'être privé du saint domicile où naquirent à la fois, sous ton admirable ascendant, la religion finale et ma propre régénération. Si je subissais une telle douleur, ce ne serait maintenant que d'après ma vertueuse volonté, librement émanée d'une sage appréciation de quelque surcroît de détresse, devenu désormais invraisemblable.
L'unique souvenir fâcheux que paraisse devoir me laisser cette crise domiciliaire, concerne l'épreuve trop décisive qu'elle suscita pour la sincérité des nouvelles démonstrations fraternelles. Ma triste sœur apprit alors que j'allais être cruellement expulsé d'un domicile justement chéri, et même exposé à perdre mon mobilier. Quand je fus rassuré sur ce double danger, je m'abstins de lui mander l'issue finale, sans qu'elle m'ait jamais témoigné la moin-
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dre sollicitude à cet égard, ni encore moins offert leur intervention quelconque. Depuis cette expérience involontaire, je me fixe irrévocablement à la résolution que je t'annonçais de ne maintenir envers eux que des relations vulgaires, sans aucune entrevue personnelle. Ces ménagements provisoires seront d'ailleurssubordonnésentièrement à la caduque existence du faible père qui-seule me les inspire.
Pendant ce mélange de succès publics et de troubles privés, j'ai diguement poursuivi ma grande exposition orale. La vraie religion l'ut alors systématisée directement dans tous ses éléments fondamentaux, le dogme, le régime, et même le culte. Un zèle incomparable accueillit surtout la théorie décisive des sept sacrements positivistes, qui lie intimement chaque phase naturelle de la vie personnelle ou domestique à rimmense et éternelle évolution sociale. Une brutalité olficiellc vint inopiuément interdire les deux dernières séances du cours annoncé. Mais ce complément reparut bieutôt. sauf un moindie au<litoire, dans les deux soirées exceptionnelles (|ui me furent spontanément demandées.
Cette anomalie passagère me piocure finalement une acquisition durable, d'après la noble attitude du nouveau pouvoir spirituel envers l'autorité temporelle. Mes efforts pour obtenir une juste réparation ont d'abord provoqué l'intervention décisive du puissant adhérent qui. depuis mon début philosophique, surveille le long essor du positivisme avec une sollicitude vraiment civique. Sa rare loyauté et son zèle infatigable m'ont enfin valu un plein succès, que déjà j'ajournais après la demi-oscillation rétrograde. Ce précieux résultat, maintenant en pleine activité, semble à l'abri de toute atteinte nouvelle. Il est d'autant plus décisif que je ne l'ai acheté par aucune concession, même de forme. Au contraire, ces longues négociations m'ont d'abord conduit à menacer dignement la résistance temporelle d'un blâme systématique, au nom du passé et de l'avenir. .l'ai pu ainsi lui adresser ensuite, sans faiblesse, les remerciements non moins solennels que méritait sa décision finale, et qui viennent d'être convenablement reproduits par un noble organe espagnol. Quoique le silence d'une presse hostile altère encore la publicité de ce second cours, sa solennité mieux reconnue offre déjà un caractère vraiment décisif, même envers la digne sanction de ton sexe.
L'auditrice exceptionnelle que je t'indiquais l'an dernier a maintenant acquis destilies spéciaux aux sympathies positivistes, d'après sa participation sincère et efficace au succès officiel. Quoique son adhésion ne cesse pas de me sembler plus personnelle que sociale, j'ai lieu de penser que réellement elle comprend l'aptitude exclusive du positivisme à terminer convenablement la révolution occidentale. Son esprit peut même suppléer assez à l'insuffisance de son cœur pour lui indiquer les propriétés sentimentales de la nouvelle foi. Mais, son adhésion fùt-elle complète, jamais elle n'affaiblirait la sage résolution que je te soumis l'an dernier envers celle dont la conduite ne peut tirer d'un nom fatal que de simples titres pécuniaires, que je sus toujours accepter dignement.
Avant de concourir à la négociation positiviste, elle s'est efforcée d'obtenir la restriction habituelle de mon juste silence. Malgré l'alfectation de ses prières et l'imperfection de ses aveux, j'aurais cru manquer de pitié, et même sembler craindre ma propre irrésolution, si j'eusse entièrement repoussé ces tristes supplications d'une malheureuse désormais privée d'attraits et déjà condamnée à un sombre isolement. J'ai donc consenti à lui répondre exactement, mais après lui avoir directement rappelé l'irrévocable consécration de toute mon àme à la chaste compagne éternelle qu'une sainte tombe assidûment honorée rend plusexcfusivement inséparable. Tous ses efforts ultérieurs pour étendre cette condescendance au delà d'une généreuse compassion ont été aussitôt repousses, et détermineraient, au besoin, mon silence définitif. Quoique naturellement émanées d'une situation irrévocable, ces sages limites ne seront pas, peut-être, respectées assez pendant la durée encore échue à cette santé délabrée. En ce cas, je reprendrais entièrement ma juste attitude antérieure, sauf l'extrême adieu que je te promis d'accorder. Je saurais, à tout prix, conserver intacts le calme qu'exige mon urgente mission et le culte intime qui m'améliore en me consolant. Mais j'espère encore que ma générosité exceptionnelle ne me suscitera point de nouveffes tracasseries.
Notre dernier entretien se terminait par l'annonce d'une piochaine reprise de la grande composition à laquelle préside la
chère dédicace que j'ai ouvertement promise dans le prélude fondamental déjà publié. Cet espoir se réalisa bientôt, quand ma difficile exposition orale fut pleinement achevée. Alors je terminai, en quatre mois, le premier volume de mon second ouvrage capital, lequel sans être aussi indispensable que le précédent, constituera certainement ma principale construction. Une systématisation sommaire mais définitive de toute la philosophie naturelle, spécialement accomplie envers la biologie, y forme un admirable contraste avec la synthèse essentiellement alîective du discours prélimi naire. Ainsi, le même volume, qui d'abord termine systématiquement la fatale insurrection de l'esprit contre le Cd'ur. montre ensuite l'immense et saint essoi- que cette nouvelle discipline religieuse imprime déjà à l'intelligence régénérée par sa digne soumission. Ce précieux complément théorique m'a déterminé à publier immédiatement ce tome premier, quoique j'eusse résolu jusqu'alors de ne point le séparer du suivant. La sainte dédicace doit ainsi recevoir une divulgation plus prochaine, sans que j'aie à me reprocher d'avoir consulté mes prédilections personnelles dans une décision seulement relative à mon office social. Quand cette nouvelle résolution a été généralement approuvée, je l'ai bientôt complétée en renonçant irrévocablement à tout profit matériel envers l'ensemble des (juatre volumes de ma construction religieuse. Ma détresse actuelle devant naturellement rehausser une telle inauguration des véritables mœurs sacerdotales, je l'ai convenablement annoncée dans mes dignes remerciements écrits aux divers coopérateurs du patronage collectif noblement institué pour moi. Quoique cette protection soit encore insuffisante, elle semble devoir bientôt équivaloir à mes modestes exigences. Je ne saurais pourtant espérer qu'elle me permette jamais d'accomplir seul une telle publication. Mais ma généreuse innovation ne tardera point à me procur-er un digne éditeur, si la gêne industrielle ne s'aggrave pas trop. Toutefois, même en ce cas, ta juste glorification pourrait encore trouver une prochaine issue, par l'intervention d'un loyal adepte dont le zèle paraît correspondre à l'indépendance de sa fortune.
J'avais terminé ce volume initial le jour même du glorieux anniversaire i^publicain. Cinq semaines après, le début du tome
suivant a saintement ouvert le mois consacré au souvenir annuel de notre fatale catastrophe privée, dont le retour se trouve ainsi marqué encore, comme les trois autres fois, par un progrès philosophique vraiment digne de toi. Quoique la réouverture imprévue de mon cours hebdomadaire ait aussitôt interrompu ce grand travail, j'avais déjà formulé le plan général d'une construction statique qui forme la partie la plus difficile et la plus décisive de mon système total de politique positive. Mes prédications étant aujourd'hui instituées complètement, j'espère achever notre semaine sacrée en reprenant irrévocablement cette importante composition, de manière à finir ce nouveau volume avec l'année actuelle. Je sens que notre doux épanchement me procure, comme toujours, une précieuse réaction philosophique. Quand j'ai récemment systématisé l'intime combinaison de la logique du coeur avec celle de l'esprit, j'avais longtemps éprouvé déjà son efficacité spontanée. Sa consécration dogmatique doit désormais m'en faire mieux utiliser la puissance normale, ainsi démontrée par le concours habituel de l'exemple avec le précepte.
Pendant mon élaboration finale du volume initial, un touchant hommage collectif m'a heureusement ouvert l'année. Une cordiale solennité, présidée par mon illustre collègue, m'a spontanément témoigné la sincère alîection de la grande famille régénérée dont j'ai déterminé la formation décisive. Nos soirées hebdomadaires ont dès lors offert longtemps un puissant attrait dans la révision systématique de notre plan caractéristique pour la transition occidentale, d'après les importantes mesures que mon dernier cours venait d'y ajouter. Ma précieuse abnégation personnelle va bientôt procurer ainsi une nouvelle gloire à mon principal confrère. Puisse-t-elle déterminer l'élévation politique que je lui ai promise, et dont il ferait un si noble usage, sans altérer jamais l'indispensable pureté de mon attitude philosophique! Cette scrupuleuse révision de notre lien essentiel avec les urgences actuelles a été dignement installée par l'adoption réfléchie du drapeau systématique que j'ai construit pour l'Occident, et qui écarte à jamais le fatal emblème des niveleurs. La formule sacrée de la religion finale s'y décompose en deux devises caractéristiques, l'une politique, l'autre morale, respectivement propres à fournir des cachets
décisifs aux positivistes des deux sexes. Je me féliciterai toujours d'avoir ainsi iuiidé enfin des signes sociaux que les femmes puissent directement avouer sans compromettre leur véritable attitude. Le positivisme annonce par là sa tendance nécessaire à faire essentiellement rei)oserla terminaison léellede la révolution occidentale sur rintime participation de ton sexe, (^es emblèmes vraiment systématiques, où l'occidentalité du fond n'elîace aucune forme nationale, conviendront surtout aux populations où la femme a le mieux conservé son iulluence chevaleresque. Nos charmantes sœurs du Midi seront ainsi conduites bientôt à bénir ton saint nom, qui me semble devoir y trouver son principal avènement. Le doux enthousiasme des Espagnoles te procureia peut-être la tardive reconnaissance des Fran(;aises. Je conserve de plus en plus mon espoir primitif de voir ta chère image fouinir un jour l'emblème usuel de l'Humanité sur les bannières occidentales.
Mon dernier acte sacerdotal a dignement proclamé la subordination fondamentale de l'esprit envers le cœur, quand la triste fin d'un éminent biologiste m'a récemment conduit à exercer convenablement un office imprévu. La publication actuelle de ce discours funèbre me procure une précieuse occasion de caractériser le principe nécessaire de la vraie religion, d'après une application personnelle aussi décisive qu'op})ortune. En voyant une grande carrière théorique essentiellement manquée par la seule insuffisance du cd'ur, malgré les supériorités réunies de l'esprit et du caractère dans une situation favorable, chacun doit mieux apprécier l'induence morale et respecter davantage la dignité féminine.
Cette sommaire indication annuelle ne concerne que mes actions et mes pensées, puisque mes sentiments n'ont jamais besoin d'une explication spéciale comme moteurs suprêmes de toute mon existence. Ton irrévocable incorporation au vrai Crand-Ètre systématise la coïncidence spontanée de leur centre social avec leur foyer personnel. Non plus un simple dogme philosophique, mais aussi un véritable élan du cœur, te rendent maintenant le saint inteimédiaire habituel entre l'Humanité et son pontife. Je puis même prévoir déjà que bientôt tu seras pareillement invoquée, pour cet auguste ministère, par d'autres adorateurs sincères, à mesure que l'on sentira mieux ce que te doit ma grande construction religieuse.
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Notre solennité privée vient aujouid'liui de provoquer un nouveau progrès dans le culte universel, en me poussantà incorporer dignement au dogme final une précieuse inspiration théologique. En t'adorant désormais comme mon (iiii/c f/dnlini. je lierai mieux mes aiïections personnelles avec mes émotions sociales.
Depuis que cette forme définitive commence à me devenir familière, ton culte journalier acquiert à la fois plus d'énergie et de sainteté. Cet idéal accroissement de beauté et de vie que Dante supposait à Béatrice dans chaque nouvelle ascension céleste, ton image sacrée me l'olîre réellement ; à mesure que le temps consolide et purifie mon adoration d'après une meilleure appréciation. Notre lien exceptionnel est à la fois plus complet et plus pur que celui de ce couple immortel. Sa réaction nécessaire sur le service fondamental de l'Humanité sera toujours jugée plus directe et plus durable. J'apprécie de plus en plus sa pureté caractéristique, à mesure que je la sens davantage exciter en moi les meilleures impulsions morales, dégagées de toute personnalité. Ce surcroît de sainteté m'offre une compensation partielle de la catastrophe qui nous a matéliellement séparés. Les elîorts même qu'exige un commerce moral où je suis toujours actif et passif à la fois tendent maintenant à mieux développer mon cœur. Outre la satisfaction de donner et de recevoir, il peut ainsi créer sans caprice, d'après l'immuable fondement que lui fournissent nos souvenirs de la grande année, nettement fixés par notre précieuse correspondance. Depuis que ton culte est pleinement régularisé, il m'olfre chaque jour une partie spéciale fondée sur tes images respectives, et puis une invariable succession de nos principaux fragments épistolaires. Toutes les divisions de l'année prennent aussi vers toi leursdirec lions propres outre leur tendance commune. Je sens aujourd'hui, par exemple, une spécialisation définitive de cette sainte semaine, dont le début fait heureusement coïncider l'anniversaire de ma première composition sacrée avec la fête positiviste de mon principal patron catholique. Sa fin me rappelle à la fois tes touchants remerciements pour ce saint hommage et mon institution spontanée de ton culte régulier. Elle se liera maintenant à la leprise décisive de la grande construction interrompue par mon nouveau cours, et mieux préparée par cette întime elïusion.
K;:! TESTAMKXT l)"Al (il'STE COMTK.
AHïanclii désormais de toute loite élaboration envers la science préliminaire, je me voue exclusivement, surtout dans ce second volume, à la systématisation directe del'unité humaine. Depuis la (in du moyen âge. la vraie connaissance de notre nature n'a fait au(Hni progrès essentiel, jusqu'à la précieuse impulsion émanée de mon jHinriiJal piécurseur scientifique. Je viens de rectifier et de compléter, d'après la sociologie, sa grande tentative biologique.
Ma théorie subjective du cerveau et de l'àme me conduit ainsi à construire maintenant la conception linale de la nature humaine. Son piincii)e allectif e.vige donc en moi une profonde culture habituelle, d'ajuès les émotions les plus pures et les plus puissantes, •le suis ainsi de plus en plus conduit à caractériser ton adoration l)articuiièrepar la foiinule fondamentale (jue j'ai d'abord consacrée à la religion universelle: L'Ainaur pour piincipc, l'Ordre pour hiisc, ri If l'roi/ri's pour hiil. Les deux termes extrêmes en sont aussi directement applicables;! tout digne hommage privé qu'au véritable cidte public, .jamais la suprématie de l'allection ne peut même ressortir autant ([uc dans le lien le plus volontaire et le mieux circonscrit. La tendance au progrès caractérise spécialement l'impulsion qui s'adiesse directement au perfectionnement moral, sans procéder de bas en haut. Quoi(|ue la formule sacrée paraisse moins convenir ici dans son terme moyen, il n'est pas moins applicable léellement à ton saint culte. Le besoin de rattacher, autant ({ue possible, le cours sj)ontané de nos émotions intérieures à l'immuable i)ré[)ondérance de l'ordre extérieur, comporte même une vérification plus facile et plus décisive envers les affections privées, qui ne sauraient autrement acquérir une consistance salutaire. C'est surtout en t'adorant que je pratique le mieux la vraie logique humaine, quand l'image involontaire, rappelée par le signe volontaire, ranime l'intime effusion, qui, à son tour, développe, en sens inverse, cette connexité fondamentale.
Alors je sens combien il importe de ne laisser aucun arbitraire dans la culture du cœur, pour y prévenir toute fluctuation énervante. Nos épanchements annuels, qui jamais ne seront lus de [)ersonne. me font davantage apprécier le charme suprême de la
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véritable unité liumaiiie, quand l'intelligence et l'activité assistent à la fois le sentiment. Je souhaiterais alors que les saints devoiis de la vie réelle me permissent toujours de cultiver ainsi les facultés spéculatives qui conviennent le mieux au principe affectif de toute notre existence, quoique les fatalités extérieures nous en interdisent le doux ascendant continu.
Ma vie journalière empêche d'ailleurs le caractère trop exclusif que pourrait susciter une vicieuse concentration de ton saint culte, au détriment des autres affections vraiment dignes de m'animer encore. Tu sais déjà combien ton adoration a ranimé celle de l'admirable mère d'où dérivent d'abord toutes mes qualités essentielles, non seulement de cœur, mais aussi de caractère, et même d'esprit. Son nom et son image se trouvent inséparables de toi dans mes prières quotidiennes et hebdomadaires, par une tardive compensation de mon insuffisance à consoler ses injustes chagrins.
Cette double adoration est aussi liée irrévocablement à l'affectueuse vénération que m'inspire de plus en plus l'incomparable assistante oîi tu sus apprécier une véritable sœur, et que je chéris comme une tendre fille. Son parfait dévouement m'a récemment disposé à des projets confus d'une adoption légale, analogue à celle que je rêvai pour toi avant de connaître sans équivoque ta véritable affection. Quoique la situation permette peu de régula riser jamais ces vœux du cœur, j'espère du moins consolider après moi la position de notre Sophie, surtout envers les vrais positivistes, qui tous apprécient déjà cet admirable type féminin. Si je puis instituer assez une adoption religieuse indépendante de l'adoption civile, cette éminente prolétaire mérite beaucoup d'en fournir le premier exemple, qui ne saurait être plus caractéristique.
Outre la providence matérielle que je lui dois, le contact habituel d'une telle amie préserve mon cœ'ur d'une concenlration vicieuse. Je suis ainsi disposé à mieux seiitii' toujours l'heuieuse excitation mutuelle qui appartient à toutes les impulsions vraiment sympathiques. Telle est l'intime conviction dans laquelle j'achève à regret ma ciiuiuième effusion funèbre, à l'heure même où mon culte hebdomadaire me ramène sur ta sainte tombe.
1()4 TESTAMENT D'AldlSTE COMTE.
poui- te répéter-, avec une mtuvelle feiveur, notre chère devise familière.
Amour et respect éternels.