DE LA RUE DE FLANDRE
Ho ! hohél petites raffineuses, Mes raffineuses délicieuses !
La fine fleur de sucre qui s'éparpille Et scintille En nuages précieux de fumées neigeuses, Cristallise Et pleut sur vos chers corps savoureusement canailles Et les poudrederize En marquises de quels Versailles !
Ho ! ohé I Lucindes et Primroses, Athénais et Cydalises !
— Mais marquises artificielles, Combien et combien plus belles De leur apparaître irréel ! — Et la si fine tieur de sucre se dépose Sur vos cheveux blonds du blond des sucres d'orge, Et qui drôlement frisent, Sur vos grasses joues cruellement roses,
Sur ces jupes folles Et ces camisoles Qui voilent vos gorges Et vos autres choses De rouge hardi et bleu puissant.
Dépose sur ces flamboiements Ardents comme les couleurs, Des gâteaux flambant Aux vitrines des confiseurs Se dépose la vaporeuse, La fine fleur saccharine Et fait de vous, mes divines, De velouteuses pralines.
Bonbons coulés en figurines.
De délicieux bonbons acides, framboises Et qu'on s'attend à voir fondre sous le baiser... — Ainsi, mes suaves raffineuses.
Vous penserait-on évadées De pâtisseries compliquées.
Edifiées en scènes de mythologie, Décorant l'apparat des tables fastueuses. Aux soupers de gala des vieilles monarchies !
Mais...
Mais.ô mes chers reflets des vieux Louvres. Quels désastres, mes amoureuses, Quand le destin veut que s'entr'ouvrent Vos jeunes bouches rouges, Fraichement savoureuses, Epaisses gelées de framboises 1 A travers un éboulis, monstrueux chaos
De dents en ruines, Un écroulement de chicots Noircis, jaunis et verdis.
Corrodés, rongés et pourris Sous l'envahissement De la charmante fleur de sucre, si divinement fine, Comme sous une hypocrite et féroce vermine, Et se désagrégeant en purulents morceaux ! A travers cette vivante et vivace pourriture. Comme par le grillage effrité d'un vieil égout S'échappe et coule, et roule, infecte.
Avec un flot débordé de puanteurs, De gros gargouillements de paroles abjectes Qui fleurent l'énorme horreur D'immondes excréments en décomposition !...
... Ah ! ce n'est plus alors les petites marquises
Et lesgourmandises savoureuses.
Et plus les sucreries exquises Que vous nous évoquez, suaves raffineuses ! Mais des bidets royaux en porcelaines rares
Galamment enluminées et peintes.
De sujets artistement libertins, Autels d'unCupidon hygiéniste et bibeloteur d'art, Montés sur luxeux socle...
O bidets ! bidets savoureux !
— Et d'où débonde, quand se lève le couvercle. Le résidu punais de l'égout amoureux !