A MES FUTURS FRÈRES D'ARMES
(D'après une rengaine de Café-concert.)
« Allons, enfants de la Patrie 1 »
On nous mène à la bouch"rie ;
Pourquoi? on n'nousTa pas dit...
Il paraît qu'c'est la Patrie
Qu'a besoin qu'on donn" sa vie I
Marche 1 march" ! c'est la Patrie, Marche ! march' ! que nous servons!
D'ia Patrie on s"bat les zanches.
Les enn'mis on s'fout bien d'eux.
Etr' fusillé si on flanche,
Y a qu' ça qui rend courageux !
Marche! march'! c'est la Patrie, Marche I march" ! que nous servons !
Comme on a vu les tillasses,
Soldat, sous-otï, officier,
De l'amour on gard" les traces
D'ia lèvre jusqu'au fessier!
Marche! march'! c'est la Patrie, Marche ! march' ! que nous servons !
Et nos blessur's nous sont chères:
Copahu, mercur", santal,
Chaud'piss', vérol', chancre, ulcère
Nous ont mangé l'capital !
Marche! mardi"! c'est la Patrie, Marche ! march' ! que nous servons !
Aussi quand on voit les femmes
On s'rappeir c'qu'on a souffert,
Et qu'y a p'us rien dans nos âmes,
C'qui fait qu'on n'peut plus rien fair' :
Marche! march'! c'est la Patrie, Marche ! mardi' ! que nous servons I
Mais quand mêm'faut qu'l'amour aille
L'caporal prend un bécot,
Le capitain' prend la taille,
Au soldat il rest' la peau...
Marche! march" ! bj.est la Patrie, Marche ! march" ! que nous servons !
Et comme elles sont bonn's tilles
Et connaiss't pas mal le loup.
Pour quequ'ronds, e's' font gentilles,
L'pauv'soldat il tir' son coup...
Marche ! march' ! c'est la Patrie, Marche ! march' ! que nous servons !
Le soldat qu'a pas d'pécule Ou qu'les dam"s ont dégoûté, Prend son copain et l'en. ..voûte.
C"est meilleur pour sa santé:
Marche ! mardi'! c'est la Patrie, Marche ! march' ! que nous servons!
Et celui qui n'veut plus d'rhomme Ni d'ia femme, si l'cœur y en dit Avant que de piquer son somme Il peut ... dans son lit...
Marche ! March' ! c'est la Patrie !
Marche! March' 1 que nous servons !
Ceux qui surviv't vaill' que vaille
Et qu'ça n'a pas fait crever,
A la première bataille,
Le plomb saura les ach'ver!
Marche ! march' ! c'est la Patrie, Marche 1 march' ! que nous servons !
Mais notre mission est haute,
Si nous tuons, si nous mourons,
C'est poilr'ils^gros d'ia haute
Dorment sur leurs picaillons!
Marche! march"! c'est la Patrie, Marche ! march' ! que nous servons !
Ma sœur, le vent pleure à la vitre, Pleure comme un petit enfant,
La pluie Le flagelle, il sanglote aux vitres Les bat de ses millions d'élytres, Ecoute pleurer aux vitres le vent!
Qu'il fait froid ! notre chair meurtrie Grelotte, serrons-nous bien fort.
Bien fort.
L'un contre l'autre, ma chérie...
O les soldats au.K mains meurtries.
Qu'ils doivent avoir faim et froid, dehors!
Ma sœur, le vent pleure à la porte, Il tourne autour de la maison
Glacée, Il la secoue, et sous les portes Il glisse ses rauques cohortes Nous envahir par trahison!...
Oh ! la nuit est pesante et noire, Elle s'assied sur notre cœur,
La nuit.
L'étouffé en ses ouates noires...
Pauvres soldats sans feu ni boire.
Perdus, seuls dans la nuit et la douleur.
Endolorissons-nous de leur douleur, ma sœur!