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d'Homère et de \irgiie? Mais les vices et les crimes débordent dans l'Italie : alors se présente Machiavel , corrupteur profond des princes et des hommes d'État.
La France, après avoir lentement imité l'Italie dans la passion des lettres, des arts et de l'érudition , est fatalement entraînée par le zèle religieux, ou plutôt par les intrigues des cours, dans les vices, les crimes, les meurtres et les atroces coups d'État dont l'Italie a tenu école. Montagne n'ose ou ne sait opposer à ces fureurs que les armes du doute. L'Angleterre, livrée aux mêmes convulsions , produit dans l'athée Hobbes un philosophe encore plus pernicieux peut-être, mais heureusement moins lu que Machiavel.
Tout renaît enfin avec Descartes ; un siècle entier se range sous sa loi , et c'est le siècle du génie et de la gloire. La religion joint un moment ses enseignes avec celles de la philosophie; mais on peut voir qu'elle l'observe avec défiance et comme une rivalequ'elle craint. Cependant que ne peut-elle braver avec des défenseurs tels que Pascal, BossuetetFénelon.^ Mais elle est travaillée par des guerres intestines; elle garde encore son esprit d'intolérance, elle applaudit à des mesures despotiques telles que la révocation de l'édit de Nantes.
Tandis que le mouvement philosophique se ralentit en France, il s'étend en Angleterre et en Allemagne, avec une indépendance mesurée que la religion réformée provoque et maîtrise. Newton, sans avoir spécialement appliqué son génie aux vérités métaphysiques, exalte l'orgueil de l'homme par ses sublimes découvertes, et comme le spectacle de la nature, admirable à notre vue, l'est encore plus à notre télescope, l'observateur s'agrandit autant que le tableau , et une hymne brûlante échappe à son ravissement. Clarke complète la tâche de Newton , son maître et son ami, en démontrant l'existence de Dieu par des preuves merveilleusement enchaînées, dont la réfutation me paraît impossible et n'a encore été tentée que par le baron d'Holbach , avec autant d'impudence que de maladresse. Toutes les bases de l'optimisme religieux sont posées; Leibnitz élève l'édifice dans de magnifiques proportions. L'Allemagne, pendant un siècle, reste illuminée par le génie de Leibnitz. WolfF tente d'appliquer à ce système les rigoureuses démonstrations de la géométrie; mais le théisme, et l'optimisme, qui en est le couronnement, ont surtout besoin d'éloquence. Le juif Mosès Mendenson reproduit Platon , mais en prêtant à son Phédon^
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c'est-à-dire à son Dialogue sur l'immortalité de l'âme, la métaphysique plus forte et mieux armée de Descaries et de Lelbnltz. Le baron Jacob! se voue h la cause du spiritualisme , lorsqu'elle commence à s'ébranler, et la défend avec les mouvements d'une âme noble et candide. Anclllon, après lui, résiste aux efforts d'un nouveau scepticisme, et se montre aussi sage dans sa carrière philosophique que nous l'avons vu depuis dans sa carrière d'homme d'État.
Il serait injuste d'oublier l'Italie dans ce concours de grands et puissants athlètes du théisme. Elle ne nous fournit , il est vrai , qu'un seul nom à inscrire dans cette liste : c'est celui de VI co. Ses écrits ont été longtemps un trésor presque ignoré en France ; M. Michelet les a fait reparaître dans tout leur lustre; et qui de nous n'a été frappé de la hauteur de ses vues en métaphysique , ainsi que des nouvelles lumières qu'il a répandues sur l'histoire ?
Je ne veux pas faire entrer dans ce résumé fout ce qu'on vient de lire sur la philosophie du dix-huitième siècle; mais je ne puis trop déplorer qu'un génie tel que Voltaire, qu'un homme destiné à imprimer un mouvement si hardi à sa nation , à
son siècle, se soit glacé par la philosophie de Locke, et que ses dédains indiscrets se soient étendus jusque sur Platon, Descaries et Leibnitz, les seuls philosophes qui auraient pu le diriger, l'inspirer et le contenir dans une audacieuse réforme. Je regrette même que J.-J. Rousseau , dont la gloire serait sans tache s'il avait été toujours et avec une mission mieux suivie le plus éloquent interprète d'une doctrine si sublime, se soit laissé distraire d'une telle entreprise par l'amertume de ses chagrins et par la triste et infertile originalité de ses paradoxes. Il voyait venir une révolution , il la jugeait formidable , et prévoyait qu'elle serait un bouleversement universel; cependant il lui prêtait le plus dangereux des leviers par les doctrines tranchantes du Contrat social. Sa dialectique le conduisait tout droit à l'impossible, c'est-à-dire à la souveraineté du peuple presque directement exercée par le peuple même. Il fractionnait l'univers en petites républiques, en petites communautés de deux h trois mille âmes, et exagérait la république de Platon en la réduisant à des fractions presque imperceptibles. Les jeunes gens admiraient , et malheureusement ils se prennent encore trop souvent à préconiser une telle chimère; et c'est ainsi qu'on perdait les
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traces de Montesquieu et la possibilité du gouvernement représentatif.
Dans une esquisse historique de la philosophie, il faut franchir, d'un saut impétueux, le gouffre de la Révolution pour arriver à une renaissance qui ne date réellement que du xix^ siècle. Il est vrai que Bernardin de Saint-Pierre, avant ce terrible événement , avait tenté ce retour vers le spiritualisme, et je ne crois pas qu'aucun des écrivains modernes ait reproduit avec plus de pureté les couleurs de Platon ; mais il s'égara dans des hypothèses physiques qui , combattues avec succès par les savants, décrièrent son autorité et le détournèrent du plus noble but. Il aurait fallu que M. de Chateaubriand parût alors, c'està-dire avant la Révolution, dans toute la puissance de son génie; mais il ne devait paraître qu'après la plus terrible catastrophe. Je me garderai bien de rapporter à lui seul tout l'honneur d'avoir ranimé le souffle religieux qui, sans doute, par la loi de Dieu , par l'effet de notre nature , et par la nécessité de la société, devait renaître de lui-même quel qu'en fût le provocafeur. Nous ne sommes pas encore arrivés à la moitié du xix*" siècle, et cependant nous pouvons juger avec certitutic que ce mouvement philosophique qui re^ient à
Dieu, sera le ressort dominant d'une époque où nous pouvons profiter de toutes les autres. Aux noms que j'ai cites il faut joindre ceux de M. Ballanclie , dont le style harmonieux est un pur et continuel reflet d'une âme noble et tendre ; de madame Necker- Saussure, digne parente, digne amie de madame de Staël, à qui j'ai entendu dire sur elle ce mot d'une aimable exagération : « Ma « cousine a toutes les qualités qu'on m'attribue « sans aucun des défauts qu'on me reproche » ; de M. Rossi , qui joint les plus hautes vues de la jurisprudence aux principes de la métaphysique la plus élevée et de la morale la plus pure; de M. Aimé-Martin, qui se montre aussi jaloux de continuer l'oeuvre de Bernardin de Saint-Pierre, que de faire bénir sa mémoire. Ce nouveau mouvement est surtout présidé aujourd'hui par M. de Lamartine, qui réunit le triple pouvoir d'un grand poëte , d'un éloquent orateur, d'un philosophe religieux, et qui prouvera que ces éminentes facultés dont l'accord est si rare n'ont rien d'incompatible, et peuvent servir d'appui aux pensées les plus fermes de l'homme d'État.
J'entends dire que le partage du xix^ siècle sera d'être un siècle industriel. En vérité ce voeu est trop modeste. Le mouvement industriel dont
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je ne suis point le détracteur, et qui est sans doute un nouveau témoignage de la puissance humaine, me laisserait pourtant froid, inquiet, et même profondément consterné, s'il venait se substituer à toute direction philosophique, et surtout aux espérances religieuses. Il excite l'esprit d'invention , mais dans une sphère subordonnée aux plus hautes pensées de l'esprit, aux plus nobles mouvements du cœur. La cupidité lui sert trop souvent d'aiguillon; elle s'empare de ses résultats pour les livrer à un jeu où la fraude est admise. En accroissant les délices des classes aisées , délices imparfaites qui ne vont point au cœur, elle multiplie une population misérable qui, vouée à l'accablante uniformité d'un travail mécanique toujours le méme^ s'appauvrit de pensées et se gonfle de passions ignobles et quelquefois furieuses. Il faut le secours de la foi, et celui d'une philosophie pralique à un siècle industriel. 11 lui faut même une poésie qui réveille l'imagination perdue dans un labyrinthe de chiffres, ou consumée dans les creusets de la chimie. Quelle merveille n'accomplissez -vous pas, puissants continuateurs, ambitieux rivaux des Newton, des Franklin, des Lavoisier, des Priestley, des Gay-Lussac, des Papin, des What,,
des Fultoii, des Jacquart, des Cook et des Bougainville ! Eh bien, je vous le déelare, la religion, l'c'loquence et la poésie s'élanceront toujours plus loin et planeront plus haut que vous. Vos plus belles inventions accroissent nos jouissances et les étendent quelque peu vers les classes condamnées à un travail rigoureux. La philosophie religieuse, l'éloquence et la poésie qui lui servent d'interprètes, savent créer et rajeunir des jouissances d'un ordre plus élevé, plus pur, plus intime, plus abordable h l'indigence, au malheur, et même au désespoir. Vous reproduisez, vous fixez avec art, vous multipliez à votre gré des images fugitives qui ont charmé nos yeux et qui ornent notre esprit. Mais Homère, Platon, Virgile, Le Tasse, Racine, et même des philosophes, des chrétiens austères, tels que Fénelon, Massillon et saint François de Sales, savent créer des images plus ravissantes, et dont l'empreinte est plus inaltérable. Que dis-je ? Il est donné à chacun de nous d'embellir toutes les saisons de la vie, de parfumer tous les plus âpres climats par la puissance d'un coeur tendrement exalté. Riches, vous ornez vos longues et somptueuses galeries des tableaux des grands maîtres, et vous méritez bien de l'art en secondant le génie naissant des artistes.
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Eh bien , ce jeune poète qui parcourt, solitaire, ce parc où vous venez souvent rêver, possède, lui , dans son esprit , une galerie mobile de tableaux qu'il renouvelle à son gré, dont il accroît le lustre avec amour, et dont il va charmer ou sa mère ou ses sœurs, et surtout celle qu'il aime. Le tableau reste fixé sans qu'il emprunte l'art merveilleux de Daguerre, et brille de couleurs que cet art si puissant ne donne pas encore. Il va voler d'un hémisphère à l'autre, et peut-être lui sera-t-il donné de traverser une longue suite de siècles, d'être répété dans une foule de traductions, d'imitations, qui en seront des copies animées, et que la chaleur du sentiment pourra rendre originales. Mais pourquoi viens-je de supposer que la richesse éteignait le feu de l'imagination, ou pouvait l'empêcher de créer des talents enchanteurs? Ces tableaux-là sont à la disposition des riches, et peuvent n'avoir rien de fantastique, comme le sont les rêves du poëte ! Rien n'est plus doux au monde que de se mirer dans le bien qu'on fait autour de soi. Savez-vous ce qui en redouble le charme? c'est qu'aujourd'hui surtout la bienfaisance n'est plus seulement une inspiration d'un cœur tendre et religieux , une prodigalité qui jette au liasard des fruits précieux; c'est une
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étude, u!i puissant travail de la reflexion, qui se porte non -seulement sur l'avenir de celui qu'on soulage , mais sur l'avenir du pays el de la société. Eh bien, connaissez-vous rien de mieux pour ce que nous nommons la fertilité de l'esprit, qu'un travail vigoureux et habile qui se combine avec une noble impression du cœur. Dieu vous voit et vous suit, ainsi qu'il assiste le semeur dont il va faire prospérer les graines. Quelques-unes avorteront ; qu'importe, si votre labeur n'est point avorté devant Dieu.