‹ Testament philosophique et litteraireChapitre 5 sur 21 · DE L OPTIMISME RELIGIEUX · texte numérisé non relu

DE L OPTIMISME RELIGIEUX

c'est le théisme dans sa pureté, dans ses sublimes espérances. II résulte de l'adoration continue et fervente du Dieu très-grand et très-bon que reconnaissait le polythéisme même. C'est en quelque sorte la paraphrase de ce mot répété dans l'Ecriture sainte : Et Dieu vit que ce quil aidait fait était bon.

Sans doute le mot d'optimisme serait ambitieux et dune cruauté dérisoire, s'il fallait l'appliquer h la condition de l'homme sur la terre. Mais appliqué à l'ouvrage de Dieu dont il ose concevoir un complément caché à l'infirmité de nos sens , c'est le port le plus large et le plus magnifique qu'ait pu creuser la philosophie, ou plutôt qui nous ait été ouvert par la religion.

L'optimiste, quand il répond à la plus pressante objection de l'athéisme, ne nie point le mal qui nous est infligé par le créateur et l'ordonnateur de l'univers; mais il le considère comme une épreuve, comme l'occasion d'un noble combat et la condition d'une conquête. Il en tire dès aujourd'hui le meilleur des biens, la vertu, exercice laborieux, mais doux triomphe de cette liberté morale que l'homme ne partage qu'avec les anges, qu'avec Dieu même.

L'optimisme ainsi confondu avec le théisme

est le commun ralliement de toutes les écoles philosophiques de l'antiquité, moins celle d'Épicure et celle dès sceptiques. On s'en ferait une bien fausse idée si on le considérait comme hostile à la révélation chrétienne. Toutes ces écoles si fières , si bruyantes , se sont senties successivement terrassées par la grandeur et le charme populaire de l'Évangile. Elles lui ont reconnu un pouvoir conquérant qui n'était point leur partage. Bientôt il est sorti de ces écoles , et surtout de l'Académie, de sublimes transfuges qui sont devenus des pères de l'Eglise. Au lieu de faire subir de nouvelles variations , de nouvelles tortures soit à l'ancien, soit au nouveau platonisme, ils se sont chargés de régénéier le monde, glacé par le souffle du scepticisme. Dans cette glorieuse et sainte entreprise ils ont été contrariés par le despotisme cruel de ceux mêmes des Césars qui se déclaraient protecteurs de la foi , par les invasions des barbares, et peut-être plus encore par les discordes sanglantes élevées au sein même du christianisme : et pourtant au milieu de ces iléaux réunis , ils ont achevé la conquête et du monde romain et du monde barbare.

L'optimisme même , quand il s'emporte un peu au delà des croyances les plus sévères de

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