‹ Testament poétiqueChapitre 28 sur 112 · PREFACE XXIX · texte numérisé non relu

PREFACE XXIX

savante pour être goûtée toujours du grand public. » —

Je ne saurais mieux que réminent comédien caractériser les aptitudes de Delair pour le théâtre. Peut-être l'appréciation de son ami nous expliquerait-elle, au moins en partie, les réserves de ce public à l'égard de certaines de ses pièces, d'autant plus estimées des lettrés délicats. Deux tempéraments très distincts, l'un dramatique, l'autre lyrique, se disputaient son talent. Chacun remplissait toutes les conditions de son genre, mais par leur voisinage ils s'influençaient mutuellement. Le premier, dominant, risquait d'y perdre ; le second, au contraire, ne pouvait qu'y gagner. L'art du théâtre, avant tout, requiert le mouvement naturel et la vraisemblance du dialogue, la précision des réparties, leur rapide et juste rencontre d'où jaillissent les éclairs de l'esprit, ou les éclats de la passion. Le poète lyrique, exempt des soucis propres à cet art, apporte au choix des mots et des effets musicaux un soin plus curieux, comme si les proportions de la strophe lui en laissaient le loisir. Aussi ne pouvait-il, chez Delair, qu'affaiblir le dramaturge en l'ennoblissant, tandis que l'ani-

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